Les travailleurs et travailleuses protestataires, un groupe éphémère ne regroupant pas plus de 15 à 20 personnes à la fois, ont fini par occuper près d’une semaine le bureau du géant britannique de la livraison de repas. Ils ont accroché à la fenêtre une banderole portant l’inscription« Slaveroo»(« esclavoo»). Les coursiers et coursières ont commencé leur action spontanément, à l'initiative d’un noyau de coursiers et coursières militantes, bien qu’au fil du temps, des syndicats établis se soient impliqués de façon ponctuelle. Martin Willems de United Freelancers, la section dédiée aux travailleurs et travailleuses indépendantes du syndicat belge ACV, déclare avoir établi les premiers liens avec les coursiers et coursières de Deliveroo en 2017, deux ans après le lancement de la société dans la capitale belge. Il a accompagné les coursiers et les coursières pendant l’occupation du siège de l’entreprise. M. Willems dit que le travail avec les coursiers et les coursières de Deliveroo n’a pas été facile:« les canaux traditionnels de notre syndicat ne fonctionnaient pas ici», ditil. La rotation du personnel est souvent très élevée parmi les coursiers et coursières qui travaillent à la tâche(gig economy) pour des plateformes très précaires comme Deliveroo et Uber Eats, qui servent d’intermédiaires numériques entre les restaurants et les coursiers et coursières. En général, les coursiers et coursières ne travaillent sur une plateforme que pendant quelques mois, et ces jeunes travailleurs et travailleuses, souvent migrantes, expriment parfois leur méfiance envers les syndicats.« Ils et elles ne savent pas vraiment ce qu’est un syndicat», explique M. Willems.« Ils pensent qu’ils sont destinés aux travailleurs et travailleuses traditionnelles avec un contrat à durée indéterminée, certainement pas pour eux.» Et puis, au départ, le problème a été de les contacter. Les coursiers et les coursières ne se réunissent pas uniquement sur un lieu de travail ou dans une usine. Ce groupe de travailleurs et de travailleuses très mobiles communique davantage par des services de messagerie comme WhatsApp ou par des contacts informels dans la rue. Pourtant, petit à petit, les syndicats ont réussi à établir des contacts avec les coursiers et les coursières. M. Willems raconte comment il a traversé Bruxelles à vélo avec des tracts, les distribuant à chaque coursier ou coursière qu’il croisait. En d’autres occasions, les syndicats ont commandé de grandes quantités de pizzas, juste pour pouvoir parler aux coursiers ou coursières qui les livraient. Chacun son tour, les syndicats ont offert leur soutien aux coursiers et coursières. Ils les ont aidées devant les tribunaux, ils ont établi des contacts avec d’autres mouvements sociaux et les ont soutenus lorsque les choses se sont durcies, comme lors de l’occupation du siège bruxellois de Deliveroo par les coursiers et coursières. 72 Les cavaliers et cavalières de la tempête
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Syndicats en transformation 4.0 : histoires de syndicats qui confrontent le nouveau monde du travail
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