PERSPEKTIVE CHANGEMENT CLIMATIQUE, ÉNERGIE ET ENVIRONNEMENT LA STRATÉGIE ­ALLEMANDE DE ­L’HYDROGÈNE Préserver la compétitivité de l’industrie dans le cadre de la transition énergétique mondiale Définie en 2020, la stratégie hydrogène allemande considère l’hydrogène vert, produit à l’aide d’électricité issue d’énergies renouvelables, comme la pierre angulaire pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à horizon 2045. En 2023, la stratégie a été revue à la hausse par le gouvernement actuel qui prévoit de doubler la production d’hydrogène vert sur le territoire allemand. Rainer Quitzow et Hannah Lentschig Septembre 2024 Dans le cadre de cette stratégie, l’Allemagne prévoit d’importer jusqu’à 70% de sa demande en hydrogène d’ici à 2030. LA STRATÉGIE ALLEMANDE DE L’HYDROGÈNE Préserver la compétitivité de l’industrie dans le cadre de la transition énergétique mondiale L’hydrogène joue un rôle crucial dans la réalisation des objectifs de décarbonation complète des secteurs de l’industrie et de l’énergie d’ici 2045, en particulier dans les secteurs industriels difficilement électrifiables comme la production d’acier. Bien que l’hydrogène« vert»(à partir d’énergies renouvelables) soit prioritaire, cette stratégie n’exclut pas l’hydrogène« bleu» produit à partir de combustibles fossiles avec capture et stockage du CO 2 (CSC). Actualisée en juillet 2023 et dotée d’une enveloppe de 7 milliards d’euros, la stratégie nationale allemande repose sur la mise en service de 10 GW de capacité d’électrolyse sur son territoire d’ici à 2030. Cette production domestique ne couvrira toutefois qu’une part minoritaire des besoins de l’industrie, des transports et des bâtiments. Afin de couvrir ce besoin en hydrogène vert, le gouvernement mise sur une véritable diplomatie de l’hydrogène à travers la mise en place de partenariats d’importation à l’international. La France en particulier, en tant que pays de transit potentiel, joue un rôle central dans la sécurité de l’approvisionnement de l’Allemagne en hydrogène en provenance de pays européens et extra-européens. Plus de détails sous ce lien: https://paris.fes.de/ FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – La stratégie ­allemande de ­l’hydrogène CHANGEMENT CLIMATIQUE, ÉNERGIE ET ENVIRONNEMENT LA STRATÉGIE ­ALLEMANDE DE ­L’HYDROGÈNE Préserver la compétitivité de l’industrie dans le cadre de la transition énergétique mondiale CONTENU Contenu 1 RÉSUMÉ 2 2 LE« TOURNANT ÉNERGÉTIQUE »(ENERGIEWENDE) DE L’ALLEMAGNE ET LE(NOUVEAU) RÔLE DE L’HYDROGÈNE 2 3 LES CHAMPS D’ACTION RÉCENTS DE LA STRATÉGIE ALLEMANDE EN MATIÈRE D’HYDROGÈNE 3 4 DIPLOMATIE DE L’HYDROGÈNE : L’ENGAGEMENT DE L’ALLEMAGNE EN MATIÈRE DE POLITIQUE ÉTRANGÈRE 6 5 LE RÔLE DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE EN VUE DE LA CRÉATION D’UN MARCHÉ MONDIAL DE L’HYDROGÈNE 6 6 CONCLUSION : LES DÉFIS ET LES PERSPECTIVES DE L’ALLEMAGNE 7 1 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – La stratégie ­allemande de ­l’hydrogène Depuis de nombreuses années, l’hydrogène suscite un intérêt accru de la part des industriels, gouvernements, producteurs d’énergies et institutions internationales. Les scénarios dans lesquels l’objectif de neutralité carbone serait atteint uniquement par l’électrification impliqueraient très probablement des défis techniques et des coûts élevés. Dans ce cadre, l’hydrogène peut représenter une solution de décarbonation dans un certain nombre de secteurs dits difficiles à décarboner. Par ailleurs, l’hydrogène permet d’offrir des solutions de flexibilité pour le réseau électrique. Actuellement, la production d’hydrogène, qui atteint globalement environ 95 millions de tonnes(en 2022) est essentiellement carbonée et doit être décarbonée. Tout comme l’électricité, l’hydrogène est un vecteur d’énergie généralement produit à partir d’autres sources d’énergie ou par électrolyse à l’aide d’électricité exempte de CO 2 . Des solutions de décarbonation doivent donc être trouvées dans ce domaine. Pour ce faire, 61 stratégies ont déjà été publiées dans le monde(situation en mai 2024). Elles diffèrent en termes de moyens de production, de secteurs d’utilisation, d’ambitions en termes d’échanges sur un potentiel marché global de l’hydrogène et positionnement des industries dans la chaîne de valeur. La France et l’Allemagne, quoique voisines en sont un bon exemple. 1 RÉSUMÉ En juin 2020, l’Allemagne est devenue le septième pays(après le Japon, la France, la Corée du Sud, l’Australie, les Pays-Bas et la Norvège) à adopter une stratégie gouvernementale officielle de promotion de l’hydrogène. Cette démarche s’inscrit dans sa politique à long terme de« tournant énergétique » ( Energiewende), qui vise une décarbonation complète des secteurs de l’énergie et de l’industrie d’ici 2045. Dans ce cadre, l’hydrogène joue un rôle crucial dans la réalisation de ces objectifs, en particulier dans les secteurs industriels difficilement électrifiables comme la production d’acier. Bien que l’hydrogène« vert »(à partir d’énergies renouvelables) soit prioritaire, cette stratégie n’exclut pas l’hydrogène« bleu » produit à partir de combustibles fossiles avec capture et stockage du CO 2 (CSC). Afin de soutenir la demande en hydrogène et décarboner les processus industriels, le gouvernement fédéral a mis en place des contrats d’écart compensatoire appliqué au carbone, un instrument financier essentiel, ainsi qu’une norme sur l’acier à faible teneur en carbone. Appliquer cette norme pour stimuler la demande en acier« vert «, notamment via les marchés publics, constituerait un acte décisif. Il serait aussi possible d’envisager des mesures réglementaires pour imposer une part minimale d’acier« vert » dans certains marchés de niche. Ceci constituerait un élément important dans le cadre de la coopération internationale avec d’autres pays pilotes. En outre, le gouvernement fédéral prévoit d’importer 50 à 70% de l’hydrogène nécessaire par la mise en œuvre d’une stratégie avisée d’importation qui suppose une coopération bilatérale en dehors de l’UE. Au sein de l’UE, l’Allemagne s’est engagée à mener une politique ambitieuse en matière d’hydrogène, même si les pratiques bilatérales avec d’autres États membres sont moins évidentes. La France, par sa situation géographique entre l’Allemagne et l’Espagne, pourrait jouer un rôle important dans la politique d’importation de l’Allemagne. Une coordination plus active avec la France, pays influent au sein de l’UE, favoriserait une approche paneuropéenne de la politique internationale de l’hydrogène. La stratégie internationale de l’Allemagne vise à développer la production d’hydrogène à l’étranger pour multiplier et sécuriser ses sources d’approvisionnements en hydrogène (et ses dérivés). Elle ne cherche pas à établir des partenariats industriels élargis. Cette approche conservatrice risque de dissuader les décideurs politiques et économiques de nouer des alliances industrielles au-delà des frontières nationales. Ces dernières sont pourtant capitales pour assurer le leadership et l’influence de l’industrie allemande et européenne dans une économie décarbonée. Elles sont d’ailleurs fondamentales pour maintenir l’intérêt des exportateurs potentiels d’hydrogène, y compris au sein de l’UE. Pour assurer le succès de cette stratégie, la mission du gouvernement fédéral sera de convaincre ses partenaires européens et internationaux des avantages de l’hydrogène dans le développement de leurs économies respectives. 2 LE« TOURNANT ÉNERGÉTIQUE » (ENERGIEWENDE) DE L’ALLEMAGNE ET LE(NOUVEAU) RÔLE DE L’HYDROGÈNE L’Allemagne est un acteur central de l’industrie européenne, notamment grâce à son secteur automobile, à la forte spécialisation de ses entreprises de taille moyenne et à ses industries du secteur primaire. Son rôle primordial de pôle industriel va de pair avec une politique pionnière en matière de« tournant énergétique «. Cette approche a été initiée à la fin des années 1990 par la coalition gouvernementale composée des Verts et des sociaux-démocrates. L’abandon de l’énergie nucléaire et le développement d’énergies re2 Les champs d’action récents de la stratégie allemande en matière d’hydrogène nouvelables respectueuses de l’environnement ont constitué le moteur de la transition énergétique. Les Verts, issus du mouvement antinucléaire allemand en 1980, ont ainsi répondu à l’une des principales préoccupations de leurs fondateur·trice·s et d’une partie importante de leurs membres et de leur électorat. Alors que le camp conservateur considérait cette décision avec scepticisme, tout a changé après l’accident de Fukushima, qui fut un tournant dans la politique nucléaire allemande. Depuis, la mise en œuvre de la transition énergétique reposant sur la décarbonation du secteur de l’énergie à l’aide d’énergies renouvelables, tout en assurant à l’Allemagne son rôle de leader industriel et technologique, constitue un enjeu transpartisan.(Quitzow & Thielges, 2020). Actuellement, la transition énergétique forme l’épine dorsale d’une stratégie qui vise la neutralité carbone d’ici 2045. Fixés en 2021 dans la loi sur le climat, les objectifs climatiques prévoient une réduction des gaz à effet de serre de 65% d’ici 2030(comparés aux émissions de 1990), et de 88% à l’horizon 2040(BMF, 2021). En parallèle, 80% de la consommation d’électricité devrait provenir d’énergies renouvelables d’ici 2030. Cet objectif demande un déploiement massif et rapide du solaire et de l’éolien dans les années à venir. Il ne s’agit pas seulement de décarboner le secteur de l’électricité dans un contexte de demande croissante d’électricité pour la mobilité et la production de chauffage. La production industrielle, difficilement électrifiable, doit atteindre la neutralité carbone d’ici 2045. Dans les secteurs de l’acier et de la chimie notamment, l’élimination des gaz à effet de serre nécessite des quantités considérables d’hydrogène, neutres d’un point de vue climatique(IEA, 2019). L’industrie sidérurgique s’est érigée en défenseur incontournable et pionnier de la politique allemande de l’hydrogène. Elle a déjà annoncé des projets impliquant l’utilisation d’environ 450 000 tonnes d’hydrogène« vert «. Outre les entreprises sidérurgiques et du secteur des énergies renouvelables, la stratégie fédérale reçoit également l’aval de l’industrie de l’électrolyse en plein essor et des entreprises qui exploitent le réseau de gaz naturel(Schlund et coll., 2022). Le renforcement des infrastructures de transport et de stockage de l’hydrogène profite à ces dernières, même si l’extraction de gaz naturel ne revêt guère d’importance en Allemagne. Le développement de véhicules à piles à combustible et de carburants de synthèse(e-fuels) à base d’hydrogène intéresse aussi une partie de l’industrie automobile allemande. Les premiers laissent entrevoir des créations de valeur et d’emploi plus importantes que les véhicules électriques à batterie. Les seconds représentent une alternative possible aux véhicules haut de gamme équipés d’un moteur à combustion traditionnel. L’emploi de carburants de synthèse dans le secteur automobile, préconisé actuellement par les libéraux allemands, est toutefois très controversé sur le plan politique, notamment en raison de son inefficacité énergétique par rapport aux carburants électriques(Fraunhofer ISI, 2023). 3 LES CHAMPS D’ACTION RÉCENTS DE LA STRATÉGIE ALLEMANDE EN MATIÈRE D’HYDROGÈNE Les intérêts économiques et l’approche de l’Allemagne en matière de transition énergétique ont jeté les bases d’une stratégie ambitieuse pour l’hydrogène. Cette approche doit soutenir la décarbonation industrielle du pays et affirmer son rôle de leader dans les technologies et composants liés à l’hydrogène. La stratégie en matière d’hydrogène, révisée en 2023, s’articule autour de quatre domaines d’action : assurer la disponibilité de l’hydrogène, construire une infrastructure efficace, mettre en œuvre des applications de l’hydrogène et créer des conditions-cadres efficaces(BMWK, 2023a). L’Allemagne prévoit de dynamiser l’économie de l’hydrogène en deux étapes. La première se focalise sur le déploiement d’un marché national, tandis que la seconde prévoit une utilisation accrue des ressources en hydrogène européennes et internationales. Bien que l’accent porte sur l’hydrogène renouvelable(« vert «), l’hydrogène« bleu » à base de combustible fossile associé à la capture et au stockage du carbone(CSC) n’est pas exclu. Contrairement à d’autres pays européens, l’Allemagne refuse l’hydrogène produit à partir d’électricité nucléaire. De plus, le gouvernement fédéral s’est opposé à ce que l’hydrogène nucléaire et à faible émission de CO 2 soit étiqueté« vert » dans le cadre de la réglementation européenne adoptée en 2023. Bien qu’un retour au nucléaire soit improbable en Allemagne, des voix s’élèvent, dans l’industrie pour critiquer la sortie du nucléaire ; la qualifiant d’» erreur historique » en raison des prix élevés de l’énergie depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie(Sieben, 2024). Le gouvernement fédéral estime que d’ici 2030, l’Allemagne aura besoin de 95 à 130 TWh d’hydrogène pour les utilisations définies dans sa stratégie(BMWK, 2023a). Ce chiffre correspond à environ un quart des besoins actuels en électricité, dont 56% provenaient de sources d’énergies renouvelables en 2023(schéma I). Différents scénarios et études sur la réduction des gaz à effet de serre montrent que la demande attendue en hydrogène et produits de synthèse (comme l’ammoniac et le méthanol) varie beaucoup d’un secteur à l’autre(Wietschel et coll., 2021). En principe, pour une réduction des gaz à effet de serre de 65% d’ici 2030, les besoins concernent principalement l’industrie, puis les transports d’ici 2040 et le bâtiment(chauffage) d’ici 2050 (scénario de réduction des gaz à effet de serre de 95%). Les prévisions de demande pour ces deux derniers secteurs varient particulièrement en raison de la concurrence entre l’électrification, la biomasse et l’utilisation d’autres énergies renouvelables(schéma I)(Wietschel et coll., 2021). On estime que 50 à 70% des besoins prévus pour 2030 seront couverts par des importations en provenance d’Europe et d’autres pays, notamment sous forme d’hydrogène et de dérivés d’hydrogène(BMWK, 2023a). Cela signifie que l’Allemagne prévoit d’importer de grandes quantités d’hydrogène d’ici 2030 et considère la coopération internationale comme une condition préalable essentielle. Dans le cadre de la réactualisation de la stratégie, le gouvernement fédéral a également annoncé une politique d’importation spécifique pour l’hydrogène et ses dérivés. 3 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – La stratégie ­allemande de ­l’hydrogène À l’issue d’un débat houleux, une loi sur la promotion d’une infrastructure allemande de l’hydrogène a été adoptée en avril 2024. Elle établit le cadre juridique pour l’intégration du réseau central dans la planification du développement du réseau d’hydrogène et de gaz naturel(BMWK, 2024b). Le réseau central d’hydrogène, qui doit relier les grandes régions de consommation et de production en Allemagne, sera progressivement mis en service entre 2025 et 2032. Le financement sera assuré pour l’essentiel par des tarifs plafonnés, afin d’éviter que l’extension du réseau ne soit retardée par des coûts trop élevés. Les premiers projets pourraient voir le jour à l’été 2024(BMWK, 2024b). Dans l’ensemble, le développement du réseau central d’hydrogène devrait accélérer le démarrage de la filière hydrogène en Allemagne et dans l’UE, en fournissant une infrastructure de transport de l’hydrogène en Europe et en soutenant l’intégration des énergies renouvelables au système énergétique. Afin de stimuler la demande en hydrogène et ainsi favoriser la décarbonation de l’industrie, l’Allemagne a mis en place des contrats d’écart compensatoire appliqué au carbone (Carbon Contracts for Difference, CCD). Ces contrats doivent permettre d’investir dans la décarbonation de secteurs industriels énergivores, comme l’acier et la chimie, et ainsi favoriser la demande en hydrogène. En mars 2024, le gouvernement fédéral a lancé une première série d’appels d’offres pour les CCD avec une enveloppe de quatre milliards d’euros(BMWK, 2024a). D’autres appels d’offres suivront à l’automne 2024 et en 2025(BMWK, 2024a). L’Allemagne est ainsi le premier État membre de l’UE à introduire cet instrument sous une forme aussi aboutie. Avant même l’introduction des contrats d’écart compensatoire, le gouvernement fédéral avait accordé des subventions d’environ 2,6 milliards d’euros pour la construction d’installations de réduction directe, destinées à une production d’acier à base d’hydrogène(BMWK, 2023d). Le vaste projet SALCOS(cf. encadré) pour la production d’acier« vert «, soutenu massivement par l’État fédéral, illustre bien la volonté actuelle de stimuler la demande dans ce secteur. En outre, le gouvernement fédéral et la fédération allemande de l’acier (Wirtschaftsvereinigung Stahl) ont développé une norme portant sur l’acier à faible teneur en carbone. Cette norme doit servir de base à l’établissement d’un marché pilote de l’acier« vert «. Toutefois, aucune mesure n’a encore été prise pour promouvoir l’utilisation de l’acier« vert » dans des marchés de niche ou dans les marchés publics(Wirtschaftsvereinigung Stahl, 2024). Au-delà du secteur de l’acier, il existe une multitude de programmes de soutien et d’incitations financières pour la production et l’utilisation d’hydrogène, par exemple par le biais de subventions accordées à des projets de recherche et d’innovation tels que le« Campus hydrogène de Salzgitter » (Wasserstoff Campus Salzgitter), dans lequel s’inscrit le projet SALCOS(cf. encadré). Au total, la stratégie en matière d’hydrogène alloue 9 milliards d’euros aux investissements dans le secteur de l’hydrogène. Les mesures et les évolutions mentionnées ci-dessus traduisent l’orientation essentiellement conservatrice du gouvernement fédéral dans sa stratégie de décarbonation des industries à forte consommation d’énergie. Elles visent à préserver, dans une large mesure, la structure industrielle existante afin de sauvegarder les emplois et garantir la stabilité économique. Ainsi, les technologies de l’hydrogène seront progressivement intégrées aux processus et applications industrielles existantes, pour éviter une rupture avec le paysage énergétique et industriel actuel. Dans ce contexte, l’Allemagne mise largement sur les importations d’hydrogène afin de garantir un approvisionnement énergétique plus respectueux du climat, sans pour autant modifier en Schéma I : Production d’électricité en 2023 et estimations des besoins en hydrogène des secteurs demandeurs en Allemagne pour 2030–2050. 600 500 Demande d’énergie (TWh) 400 Sources d’énergie conventionnelles 300 200 Sources d’énergie renouvelables 100 0 2023 Production d’électricité total 2030 2040 2050 Demande d’hydrogène et de produits de synthèse dans les secteurs de la demande Industrie Trafic Bâtiment Graphique des auteurs. Données d’après Wietschel et coll.(2021) et Office fédéral de la statistique(2024). 4 Les champs d’action récents de la stratégie allemande en matière d’hydrogène Acier vert d’Allemagne du Nord L’un des projets industriels les plus importants actuellement pour les applications de l’hydrogène est le projet SALCOS (Salzgitter Low CO 2 Steelmaking) de Salzgitter AG, l’un des plus grands groupes sidérurgiques et technologiques d’Europe. Chaque année, la production d’acier dans l’usine sidérurgique de Salzgitter génère environ huit millions de tonnes de CO 2 pour des raisons techniques jusqu’à présent inévitables. L’objectif est de réduire drastiquement les émissions de CO 2 à l’aide d’hydrogène« vert ». SALCOS est le premier projet allemand d’utilisation d’hydrogène dans la production d’acier. Il est soutenu par le gouvernement fédéral dans le cadre des projets importants d’intérêt européen commun( Important Projects of Common European Interest, IPCEI) avec un peu plus d’un milliard d’euros(BMWK, 2023b). Cette aide permet à Salzgitter AG de mettre en œuvre ce projet phare qui constitue un pas décisif vers la production d’acier« vert » en Allemagne. ArcelorMittal et thyssenkrupp Steel Europe AG, deux autres géants de la production allemande d’acier, ont obtenu récemment une promesse de subvention du gouvernement fédéral, après que le financement des deux projets dans le cadre« l’IPCEI H2 » ait obtenu l’accord de la Commission européenne(BMWK, 2023 c; 2024 c). SALCOS DRIBE2 tkH2steel 1 mrd.€ 1,4 mrd.€ 2 mrd.€ Salzgitter AG, Fraunhofer Gesellschaft, Paul Wurth S.A., Sunfire GmbH, RWE AG, ministère fédéral de l’Économie et de la Protection du climat(BMWK) ArcelorMittal Bremen GmbH, swb AG, Université de Brême, Fraunhofer Gesellschaft, BMWK Thyssenkrupp Steel Europe, Air Liquide, Fraunhofer Gesellschaft, RWE AG, BMWK Wasserstoff-Campus Salzgitter Les premières étapes de la production d’hydrogène ont déjà été franchies, notamment la construction d’éoliennes dans le cadre du sous-projet WindH2 et d’électrolyseurs à vapeur dans le cadre du sous-projet GrInHy2.0. SALCOS prévoit par ailleurs le passage de la technique des hauts fourneaux à celle de la réduction directe. Contrairement aux hauts fourneaux à base de charbon, la réduction directe consiste à réduire le minerai de fer en fer à l’aide d’agents réducteurs gazeux(du gaz naturel d’abord, puis, progressivement, de l’hydrogène). Grâce à cette technologie, l’hydrogène devrait à l’avenir remplacer complètement le charbon utilisé jusqu’alors pour la fabrication de l’acier, ce qui permettrait une réduction des émissions de CO 2 de plus de 95%. L’installation de réduction directe déjà construite dans le cadre du projet fonctionne de façon flexible à l’hydrogène et au gaz naturel. Elle est la première du genre dans le monde. Le modèle SALCOS est élaboré depuis 2015 en collaboration avec des partenaires(WCS, n.d.). Le« Campus hydrogène de Salzgitter », dans lequel s’inscrit le projet SALCOS, est un programme régional ambitieux. Il est piloté en Basse-Saxe par un grand nombre d’acteurs politiques, économiques, et scientifiques, parmi lesquels des entreprises de renom comme Bosch, Volkswagen, Linde, Avacon, des instituts de recherche comme l’Institut Fraunhofer pour les techniques de fabrication et la recherche appliquée sur les matériaux(IFAM) et le Centre aérospatial allemand(DLR)(WCS, s.d.). Le campus se concentre sur différentes applications, la mobilité et l’industrie étant considérées comme prioritaires. D’autres applications font également l’objet de recherches, comme l’utilisation de l’hydrogène pour stocker l’énergie et remplacer les combustibles fossiles dans l’approvisionnement énergétique. Le campus sert de terrain d’essai pour des technologies et des concepts innovants qui doivent contribuer à développer l’économie de l’hydrogène et à faire progresser la transition énergétique. Source: Salzgitter AG 5 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – La stratégie ­allemande de ­l’hydrogène profondeur les structures industrielles actuelles. Cette ligne est largement approuvée par les secteurs et les syndicats concernés. Les représentant·e·s de l’industrie plaident pour une plus forte incitation à l’emploi de l’hydrogène dans les transports ainsi que pour une ouverture à un large panel d’applications possibles. Parallèlement, ils soulignent que la réalisation d’objectifs ambitieux dans les secteurs demandeurs dépend de la mise en œuvre rapide d’une stratégie d’importation(BDI, 2023). 4 DIPLOMATIE DE L’HYDROGÈNE : L’ENGAGEMENT DE L’ALLEMAGNE EN MATIÈRE DE POLITIQUE ÉTRANGÈRE En raison de l’importance des besoins d’importation en hydrogène, les partenariats jouent un rôle décisif dans la stratégie allemande(schéma II). En Europe, l’Allemagne est le pays qui accorde le plus d’importance aux partenariats d’importation. Au plan international, seuls la Corée et le Japon ont des stratégies qui privilégient autant les importations(Lambert& Schulte, 2021). La politique extérieure de l’Allemagne en matière d’hydrogène s’appuie sur une série de partenariats bilatéraux bien développés, axés sur les questions énergétiques. Ils ont été initiés au cours des quinze dernières années et étendus à plus de vingt pays(Quitzow et coll., 2019). Plusieurs partenariats, notamment avec l’Australie, les Émirats arabes unis(EAU) et le Chili, reposent sur la filière hydrogène. En outre, de nouveaux partenariats ont été conclus. Ils mettent l’accent sur la coopération dans le domaine de l’hydrogène. L’initiative H2Diplo du ministère allemand des Affaires étrangères complète ces efforts grâce à ses bureaux en Angola, au Kazakhstan, au Kenya, en Colombie, au Nigeria, en Arabie saoudite et en Ukraine. Elle encourage notamment le dialogue avec les exportateurs de combustibles fossiles sur le passage à une économie décarbonée. 5 LE RÔLE DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE EN VUE DE LA CRÉATION D’UN MARCHÉ MONDIAL DE L’HYDROGÈNE Les efforts diplomatiques décrits ci-dessus sont renforcés par une série de programmes visant à encourager la création de chaînes d’approvisionnement européennes et internationales d’hydrogène. En dehors de l’UE, l’Allemagne investit dans la production et l’utilisation d’hydrogène« vert » dans le cadre de la fondation H2Global. Cette dernière bénéficie de l’appui du gouvernement fédéral. Son mécanisme d’enchères pour l’achat et la vente d’hydrogène et de produits dérivés devrait également servir de modèle pour les activités internationales de la Banque européenne de l’hydrogène. Les contrats conclus sont calculés sur la base d’un prix de livraison dans un port des Pays-Bas, de Belgique ou d’Allemagne, ce qui encourage les investissements privés sur toute la chaîne d’approvisionnement. La première vente aux enchères d’ammoniac« vert » a été lancée en novembre 2022, suivie de deux autres pour le méthanol« vert » et le carburant d’aviation durable en 2023(HINT, 2023). Les gouvernements allemands et néerlandais envisagent de mener une vente aux enchères conjointe pour les importations d’hydrogène renouvelable à partir de 2027 par H2Global, avec un financement public de 600 millions d’euros(Martin, 2023). Schéma II : L’engagement de l’Allemagne sur l’hydrogène dans les pays partenaires. GREENLAND CANADA UNITED STATES MEXICO CUBA BELIZE JAMAICA HONDURAS DOMINICAN REPUBLIC HAITI PUERTO RICO GUAT VA E DO M R ALA L AR E A L G SA UA NIC COSTA RICA PANAMA VENEZUELA TRINIDAD A & TOBAGO N E YA AM GU URIN FRENCH S GUIANA ECUADOR COLOMBIA PERU BRAZIL Germany EU Menber States partner countries in Europe and the Mediterranean partner countries BOLIVIA PARAGUAY CHILE ARGENTINA URUGUAY Source: Quitzow, Nunez& Marian(2024). ICELAND NORTHERN IRELAND NORWAY SCOTLAND DENMARK SWEDEN FINLAND ESTONIA LATVIA LITHUANIA RUSSIA IRELAND PORTUGAL NETHERLANDS UNITED E K N IN G G LA D N O D M WALES GERMANY BELGIUM POLAND LUXEMBOURG CZECHIA SLOVAKIA BELARUS UKRAINE FRANCE SWITZ. LIECHTENSTEIN ITALY AUSTRIA HUNGARY MOLDOVA SLOVENIA CROATIA ROMANIA & HERZ. BOSNIA SERBIA ANDORRA S PA I N MONACO MONTENEGRO KOSOVO BULGARIA NORTH MACEDONIA ALBANIA GREECE TÜRKIYE KAZAKHSTAN GEORGIA ARMENIA AZERBAIJAN UZBEKISTAN TURKMENISTAN KYRGYZSTAN TAJIKISTAN WESTERN SAHARA ROCCO MO ALGERIA TUNISIA MALTA LIBYA MAURITANIA SENE THE GAMBIA GAL GUINEA-BISSAU GUINEA MALI BURKINA FASO NIGER CHAD CYPRUS LEBANON PALESTINIAN TERRIT. ISRAEL SYRIA JORDAN IRAQ IRAN KUWAIT EGYPT SUDAN BAHRAIN SAUDI ARABIA ERITREA YEMEN QATAR UNITED ARAB EMIRATES AN OM DJIBOUTI ANISTAN AFGH PAKISTAN NEPAL INDIA MONGOLIA CHINA BHUTAN BANGLADESH MYANMAR LAOS HONG KONG THAILAND CAMBODIA VIETNAM NORTH KOREA SOUTH KOREA TAIWAN PHILIPPINES SIERRA LEONE LIBERIA COTE D' IVOIRE GHANA O NIGERIA ON ER CAM EQ. GUINEA CENTRAL AFRICAN REPUBLIC GABON SOUTH SUDAN ETHIOPIA RWANDA NDA UGA KENYA DR CONGO BURUNDI SOMALIA SRI LANKA BRUNEI M A L AY S I A SINGAPORE INDONESIA TANZANIA TIMOR-LESTE ANGOLA ZAMBIA MALAWI JAPAN PAPUA NEW GUINEA TOG BE O NIN CONGO MADAGA SCAR ZIMBABWE NAMIBIA BOTSWANA MOZAMBIQUE LESOTHO ESWATINI SOUTH AFRICA AUSTRALIA NEW ZEALAND Created with mapchart.net 6 Conclusion : les défis et les perspectives de l’Allemagne Malgré la priorité accordée à l’hydrogène« vert «, le gouvernement fédéral a aussi signé des accords de coopération avec la Norvège et les Émirats arabes unis pour permettre l’importation d’hydrogène« bleu » et de ses dérivés(BMWK, 2022 ; BMWK, 2023e). L’hydrogène produit à partir de gaz naturel associé au CSC(capture et stockage du carbone) est considéré comme une technologie à faibles émissions et comme une technologie de transition. Elle devrait permettre de couvrir les besoins en hydrogène à court et moyen terme, jusqu’à ce que l’hydrogène exclusivement renouvelable soit disponible en quantité suffisante. Dans le cadre de la révision de sa stratégie, le gouvernement allemand s’est dit favorable à la création de normes d’émission contraignantes pour la production d’hydrogène« bleu «, afin de garantir un bilan climatique positif lors de l’utilisation de ce vecteur énergétique. Cependant, l’Allemagne n’a toujours pas, à ce jour, participé activement à la définition de normes pour la production d’hydrogène bleu(Quitzow et coll., 2023). L’Allemagne soutient aussi d’autres initiatives pour promouvoir et renforcer les capacités et les investissements liés à l’hydrogène en dehors de l’UE. Il s’agit notamment des projets Power-to-X(PtX) et des projets relatifs à l’hydrogène couvrant toute la chaîne de valeur dans les pays en développement et les économies émergentes(BMWK, 2020). Le gouvernement allemand encourage en outre les coopérations en matière de recherche et d’innovation, et ce, afin de stimuler le développement d’un large éventail de connaissances et d’expertise en termes d’économie future de l’hydrogène. Le partenariat avec la Namibie est particulièrement étendu et bénéficie d’une enveloppe de 40 millions d’euros de la part du gouvernement fédéral. Il contribue à la stratégie nationale en matière d’hydrogène, au développement d’infrastructures de qualité, à l’édiction de normes ainsi qu’à des programmes de bourses pour les étudiants namibiens. De plus, quatre projets de recherche et de démonstration à grande échelle sont financés à hauteur de 30 millions d’euros. Le Hub PtX de l’Agence de coopération internationale allemande pour le développement(GIZ – Deutsche Gesellschaft für internationale Zusammenarbeit) a participé au renforcement des compétences et au dialogue avec les décideur·euse·s et les expert·e·s namibien·ne·s. D’autres projets de recherche et de développement de grande envergure sont en cours au Chili, en Australie et en Arabie saoudite. En Allemagne, ces projets sont suivis par une société civile critique qui exige, entre autres, la prise en compte de critères de durabilité contraignants pour les importations d’hydrogène(Bukowski, 2022). Au sein de l’UE, la présidence allemande du Conseil a lancé une initiative visant à soutenir des« projets importants d’intérêt européen commun »(IPCEI) sur les technologies et les systèmes d’hydrogène. Depuis lors, le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux allemands ont approuvé 62 projets pour un financement d’environ 11 milliards d’euros. Avec ses voisins belges, danois et néerlandais, le gouvernement fédéral a signé en mai 2022 la Déclaration d’Esbjerg pour faire de la mer du Nord la centrale d’énergie verte de l’Europe. Il s’est engagé à développer en partenariat 65 GW d’énergie éolienne en haute mer et 20 GW de production d’hydrogène vert dans la mer du Nord d’ici 2030. La coopération bilatérale avec les pays de l’UE n’en est qu’à ses débuts. Actuellement, le gouvernement fédéral se concentre surtout sur le développement d’infrastructures d’importation, d’abord dans la région de la mer du Nord(BMWK, 2024a). Les Pays-Bas, en particulier, sont un partenaire important pour les ambitions de l’Allemagne en matière d’hydrogène : outre une vente aux enchères commune prévue pour les importations à partir de 2027, qui sera gérée par la fondation H2Global, les deux pays ont décidé d’accélérer le développement et l’interconnexion des infrastructures transfrontalières pour le transport transnational d’hydrogène(BMWK, 2023f). Le gouvernement fédéral a également adopté un plan d’action avec l’Italie et entend coopérer plus étroitement à l’avenir pour faire évoluer un corridor d’importation d’hydrogène depuis l’Afrique du Nord vers l’Allemagne. Les désaccords sur l’hydrogène nucléaire, pour lequel l’Allemagne et la France ont des avis divergents, et la forte orientation à l’import de la politique allemande, expliquent la lenteur de la coopération avec la France et la Pologne(Bouacida, 2023 ; Smolen& Zelisko, 2023). L’Union chrétienne-démocrate(CDU), parti d’opposition à l’actuel gouvernement, réclame cependant une initiative plus forte pour une politique européenne commune de l’hydrogène ainsi qu’une coopération avec des pays comme la France, la Pologne, l’Espagne et le Portugal(Rottach, 2023). 6 CONCLUSION : LES DÉFIS ET LES PERSPECTIVES DE L’ALLEMAGNE La stratégie allemande représente un effort considérable pour promouvoir une économie mondiale de l’hydrogène centrée sur la décarbonation de l’industrie et sur la satisfaction des besoins d’importation à venir. Du côté de la demande, une attention particulière est accordée à l’industrie sidérurgique. Outre les incitations financières, le gouvernement fédéral a introduit une norme sur l’acier à faible teneur en carbone en collaboration avec l’industrie sidérurgique. Une prochaine étape cruciale consisterait à utiliser cette norme pour promouvoir l’acier« vert «, par exemple par le biais des marchés publics. Des mesures réglementaires seraient envisageables pour imposer une part minimale d’acier« vert » dans certains segments de marché. Il s’agirait également d’un outil important pour la coopération internationale avec d’autres pays pionniers. La stratégie allemande en matière d’hydrogène se caractérise par sa forte implication dans le développement d’un marché mondial de l’hydrogène(Albrecht et coll., 2020). Au sein de l’UE, l’Allemagne s’est engagée en faveur d’une politique de l’hydrogène ambitieuse, mais les activités bilatérales avec les autres États membres sont encore limitées. Aucun projet commun d’envergure n’a encore été mené, en particulier avec les grands pays voisins comme la France et la Pologne. La France en particulier, en tant que pays de transit potentiel entre l’Allemagne et l’Espagne, joue un rôle potentiellement important pour la politique allemande orientée vers les importations. Une concertation plus active avec la France, pays influent au sein de l’UE, pourrait également stimuler la 7 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – La stratégie ­allemande de ­l’hydrogène coopération internationale et favoriser une approche paneuropéenne de la politique de l’hydrogène. La politique internationale de l’Allemagne consiste également à encourager la production et l’exportation d’hydrogène(et de dérivés tels que l’ammoniac et les carburants synthétiques) dans des pays partenaires, en vue d’une utilisation sur le marché allemand. Elle ne vise pas explicitement la mise en place de partenariats industriels plus larges. L’objectif de l’Allemagne est bien d’importer de l’hydrogène pour la décarbonation, et de préserver les industries allemandes existantes et la valeur ajoutée nationale, même si l’utilisation locale de l’hydrogène produit est parfois encouragée comme dans une installation pilote de réduction directe du minerai de fer en Namibie. Cette approche conservatrice risque de détourner les décideurs politiques et économiques de la formation d’alliances industrielles plus larges au-delà des frontières nationales. Ces dernières ne sont pas seulement importantes pour assurer le leadership et l’influence de l’industrie allemande et européenne dans une économie neutre en carbone. Elles peuvent s’avérer aussi primordiales pour capter l’intérêt des exportateurs potentiels d’hydrogène, y compris au sein de l’UE. Cela offrirait également des possibilités de promotion active des normes allemandes et européennes dans les chaînes de valeur vertes émergentes. Enfin, l’évolution du climat politique au sein de l’UE constitue un défi majeur pour l’avenir de la stratégie allemande en matière d’hydrogène. Les partis verts ont enregistré des pertes significatives lors des élections européennes de 2024, alors que les partis conservateurs de droite sont sortis vainqueurs. Une coalition entre le Parti populaire européen(PPE), l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates(S&D), Renew Europe et les Verts favoriserait la poursuite des objectifs climatiques et énergétiques et, par conséquent, les efforts de l’Allemagne en matière d’hydrogène. Cependant, une participation des Conservateurs et réformistes européens (CRE) conduirait peut-être à un assouplissement des objectifs climatiques et à des incertitudes en matière d’investissements. Quoi qu’il en soit, le gouvernement allemand aura pour tâche essentielle de convaincre ses partenaires européens des avantages de l’hydrogène dans le développement de leurs économies et de définir les approches communes d’une politique de soutien appropriée. Le point de départ crucial serait l’élaboration d’une stratégie européenne de financement des investissements en matière de production et d’utilisation de l’hydrogène, en particulier dans les pays où la production d’énergie renouvelable est potentiellement excédentaire. 8 Conclusion : les défis et les perspectives de l’Allemagne BIBLIOGRAPHIE Albrecht, D. U., Bünger, D. U., Michalski, D. J., Raksha, T., Wurster, R.,& Zerhusen, J.(2020). International Hydrogen Strategies(Stratégies internationales de l’hydrogène). World Energy Council. BDI.(2023).«Nationale Wasserstoffstrategie: Weiterentwicklung dringend erforderlich»(La stratégie nationale en matière d’hydrogène : une évolution urgente s’impose), Stellungnahme(Avis), März 2023. https://bdi. eu/artikel/news/nationale-wasserstoffstrategieweiterentwicklung-dringend-erforderlich BMF.(2021). 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Hannah Lentschig a notamment travaillé comme collaboratrice scientifique à l’Institut de recherche pour le développement durable, Centre Helmholtz de Potsdam, et s’intéresse en particulier aux implications de la politique énergétique allemande et européenne pour la coopération internationale. Éditeur: Friedrich-Ebert-Stiftung e. V. Godesberger Allee 149| 53175 Bonn| Allemagne E-Mail: info@fes.de Département d’édition: Friedrich-Ebert-Stiftung Paris 41 bis, bd. de la Tour-Maubourg| 75007 Paris| France Responsable: Adrienne Woltersdorf| FES Paris 41 bis, bd. de la Tour-Maubourg| 75007 Paris| France Tel.:+33(0)1 45 55 09 96 https://paris.fes.de/ Contact: info.france@fes.de La Fondation Friedrich-Ebert(FES) est une fondation politique dont l’action est guidée par les valeurs fondamentales de la social-démocratie: la liberté, la justice et la solidarité. Organisation à but non lucratif, la FES travaille de manière autonome et indépendante. La FES a un réseau de plus de 100 bureaux dans le monde et de 15 bureaux régionaux en Allemagne. Le bureau parisien de la FES a été fondé en 1985. Il a pour objectif de renforcer le dialogue franco-allemand entre les acteurs de la société civile et les décideurs p­ olitiques. Twittter: @fes_paris Composition: Ludger Stallmeister, Wuppertal Traduction par Pascal Pierron| Voxeurop L’opinion exprimée dans cette analyse n’engage pas nécessairement la position de la FES. L’utilisation commerciale des publications de la Friedrich-Ebert-Stiftung n’est autorisée qu’avec l’accord préalable de la FES. Les publications de la Friedrich-Ebert-Stiftung ne doivent pas être utilisées à des fins de propagande électorale. © 2024 www.fes.de/bibliothek/fes-publikationen