A N A LYS E Siaka Sidibé Octobre 2025 Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre (2015-2025) Imprint Editeur Friedrich-Ebert-Stiftung Faso Kanu BP. 428 Bamako- Mali Tel.+223 44 90 60 30- 44 90 60 29 E-Mail: info@fes-mali.org Site web: ↗ www.mali.fes.de Département d’édition Département Afrique Responsables Svenja BODE, Représentante Résidente Abdourhamane DICKO, Directeur des programmes Contact Svenja BODE Svenja.Bode@fes.de Design/Layout Abdoul Malick ALMAIMOUNE Conception de la première page Abdoul Malick ALMAIMOUNE Impression et production Les opinions exprimées dans cette publication ne sont pas nécessairement celles de la Friedrich-Ebert-Stif tung(FES). L’utilisation commerciale des médias publiés par la FES n’est pas autorisée sans le consente ment écrit de la FES. Les publications de la FES ne peuvent pas être utilisées à des fins de campagne électorale. Octobre 2025 © Friedrich-Ebert-Stiftung, Bureau Mali, 2025 ISBN 978-99952-75-51-8 D’autres publications de la Friedrich-Ebert-Stiftung sont disponibles ici: ↗ www.fes.de/publikationen Siaka Sidibé Octobre 2025 Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre (2015-2025) Sommaire Liste des figures ...................................................  3 Liste des abréviations ..............................................  4 Liste des tableaux .................................................  5 1. Introduction ....................................................  6 2. Méthodologie ...................................................  7 3. Inégalités d’accès aux services sociaux ..............................  9 4. Inégalités de participation citoyenne et gouvernance .................  17 5. Inégalités de perception et conscience citoyenne face à la justice et à la gou vernance ......................................................  23 6. É volution des inégalités(2015-2025) ...............................  28 7. Recommandations opérationnelles ................................  38 8. Conclusion ....................................................  39 Liste des figures Les chiffres contenus dans les figures sont exprimés en pourcentage. Fig. 1 Part des citoyen.ne.s citant la santé parmi les trois défis principaux, selon la région(2025) .............................................. 9 Fig. 2 Proportion des répondant.e.s considérant la santé comme un défi, selon leur statut professionnel(2025) .............................. 10 Fig. 3 Répartition par sexe des citoyen.ne.s percevant l’accès à la santé comme l’un des trois principaux défis(2025) ........................ 10 Fig. 4 Proportion des citoyen.ne.s citant la santé parmi les trois principaux défis, selon le niveau de formation(2025) .......................... 11 Fig. 5 Proportion des citoyen.ne.s citant la santé parmi les trois principaux défis,  ................................................ 11 Fig. 6 Part des citoyen.ne.s citant la santé parmi les trois défis principaux, selon la région(2025) ........................................... 12 Fig. 7 Proportion des citoyen.ne.s citant l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le niveau de formation(2025) .......................... 12 Fig. 8 Proportion des citoyen.ne.s citant l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le statut socio-professionnel(2025)  ...................... 13 Fig. 9 Proportion des citoyen.ne.s citant l’éducation parmi les trois principaux défis, selon la tranche d’âge(2025)  ................................ 13 Fig. 10 Proportion des citoyen.ne.s déclarant une confiance totale ou nulle en la justice, selon la région(2025) ................................ 14 Fig. 11 Proportion des citoyen.ne.s exprimant une confiance totale ou nulle en la justice, selon le niveau d’instruction(2025)  ..................... 14 Fig. 12 Proportion des citoyen.ne.s se sentant en sécurité dans leur environnement immédiat, selon la région(2025)  ..................... 15 Fig. 13 Proportion des citoyen.ne.s se sentant en sécurité dans leur environnement immédiat, selon le sexe(2025) ...................... 15 Fig. 14 Proportion des citoyen.ne.s se sentant en sécurité dans leur quartier, selon le statut socio-professionnel(2025)  ........................... 16 Fig. 15 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon le sexe(2025)  ............................................. 17 Fig. 16 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon la tranche d’âge(2025).................................................... 18 Fig. 17 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon la région(2025)............................................ 19 Fig. 18 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon le statut socio-professionnel(2025) ....................................... 20 Fig. 19 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon le niveau de formation(2025)................................. 20 Fig. 20 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon le sexe(2025).............................................. 21 Fig. 21 Perception de l’inclusivité du dialogue inter-maliens selon l’âge(2025) .............................................. 21 Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 3 Fig. 22 Perception de l’inclusivité du dialogue inter-maliens parmi les participant.e.s, selon la région(2025) ........................................... 22 Fig. 23 Perception de l’inclusivité du dialogue inter-maliens parmi les participant.e.s selon la profession(2025)  ........................................ 22 Fig. 24 Perception de la corruption selon le niveau d‘instruction .......... 24 Fig. 25 Perception de l’impunité au Mali selon le sexe(2025) ............ 25 Fig. 26 Perception de l’impunité au Mali selon la région(2025)  ........... 26 Fig. 27 Perception de l’impunité au Mali selon le niveau d’instruction (2025) ....................................................... 26 Liste des abréviations FES INSTAT MM NSP ODHD ONG PBSG PNUD PRODEC PTF Friedrich-Ebert-Stiftung Institut National de la Statistique Mali-Mètre Ne sait pas Observatoire pour la défense des droits de l’homme et de la Démocratie au Mali Organisation non-gouvernementale Stratégie nationale de Planification et de Budgétisation Sensible au Genre Programme des Nations Unies pour le Développement Programme Décennal de Développement de l’Education Partenaires Techniques et Financiers 4 Bureau Mali Liste des tableaux Les chiffres contenus dans les tableaux sont exprimés en pourcentage. Tab. 1 Perception de la corruption dans la justice selon les régions(2025) .. 23 Tab. 2 Perception de l’impunité au Mali selon le statut socio-professionnel(2025) ....................................... 27 Tab. 3 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à la santé parmi les trois principaux défis, par région et par année(MM8 à MM16)  .............. 28 Tab. 4 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à la santé parmi les trois principaux défis, selon le sexe et par édition du Mali-Mètre (MM8 à MM16) ................................................ 29 Tab. 5 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à la santé parmi les trois principaux défis, selon la tranche d’âge et par édition du Mali-Mètre (MM8 à MM16) ................................................ 29 Tab. 6 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à l’éducation parmi les trois principaux défis, selon la région et par édition de Mali-Mètre (MM8 à MM16) ................................................ 30 Tab. 7 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le niveau d’éducation et par édition de Mali-Mètre(MM8 à MM16)  .................................... 31 Tab. 8 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le groupe d’âge et par édition du Mali-Mètre (MM8 à MM16) ................................................ 32 Tab. 9 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le sexe et par édition du Mali-Mètre (MM8 à MM16) ................................................ 33 Tab. 10 Proportion de citoyen.ne.s ayant totalement confiance en la justice malienne, selon la profession et par édition du Mali-Mètre (MM8 à MM16) ................................................ 34 Tab. 11 Proportion de citoyen.ne.s ayant totalement confiance en la justice malienne, selon la région et par édition du Mali-Mètre (MM8 à MM16) ................................................ 36 Tab. 12 Proportion de citoyen.ne.s ayant totalement confiance en la justice malienne, selon le niveau d’instruction et par édition du Mali-Mètre(MM8 à MM16) ................................... 37 Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 5 1. Introduction Contexte Au Mali, les inégalités perçues ou vécues en matière d’ac cès aux services essentiels – éducation, santé, justice, sécu rité – ainsi que dans la gouvernance et la participation ci toyenne, constituent des enjeux centraux dans la construc tion d’un État inclusif et légitime. Dans un contexte marqué par des crises politiques répétées, des défis sécuri taires persistants, et une recomposition des alliances insti tutionnelles et sociales, la question de l’équité territoriale, sociale et générationnelle mérite d’être interrogée. Depuis 2012, Mali-Mètre, l’enquête d’opinion de la Frie drich-Ebert-Stiftung(FES), constitue un outil de référence dans la collecte et l’analyse des opinions citoyennes sur la gouvernance, les politiques publiques et les dynamiques sociétales au Mali. À travers des éditions régulières, Ma li-Mètre permet de suivre l’évolution des perceptions dans certains domaines, de capter les attentes prioritaires des ci toyen.ne.s et d’identifier les dynamiques de confiance, de satisfaction ou de rejet envers les institutions. Ce suivi dans le temps offre une lecture précieuse sur les tendances de fond qui structurent le rapport entre l’État et la société. Justification Une analyse récente des données brutes du Mali-Mètre met en lumière des inégalités marquées en lien avec la pro blématique de l’emploi des jeunes. Ces disparités, loin d’être marginales, traduisent des formes d’exclusion so ciale, économique et territoriale qui méritent d’être ri gou-reusement analysées. Ce rapport propose de thémati ser ces inégalités afin d’en apprécier l’ampleur et d’en exa miner les implications sur la gouvernance publique, tant du point de vue de l’État que des citoyen.ne.s. L’analyse se concentre sur les effets de ces inégalités sur l’accès et l’uti lisation des services essentiels tels que la justice, l’éduca tion, la sécurité et l’information, tout en mettant en lumière les perceptions et attentes vis-à-vis des institutions et des acteur.e.s de gouvernance. Objet de l’analyse Cette analyse porte sur l’exploitation des données brutes du Mali-Mètre couvrant la période 2015–2025, dans le but de comprendre les dynamiques d’inégalités au sein des dif férentes catégories sociales et entre les localités. L’objectif est d’évaluer ces inégalités à travers le prisme de l’accès aux services essentiels – notamment la justice, la sécurité, l’éducation, la santé, l’information, la gouver-nance, ainsi que le processus électoral – et d’en dégager les impli-ca tions potentielles sur la cohésion sociale et la confiance institutionnelle. L’analyse s’appuie sur les axes suivants: → Identifier et catégoriser les formes d’inégalités existantes; → Analyser les causes probables de ces inégalités; → Examiner les conséquences de ces inégalités, en particu lier sur les jeunes et les femmes; → Formuler des recommandations concrètes en faveur d’une gouvernance plus équitable et d’un meilleur accès aux services pour tous. 6 Bureau Mali 2. Méthodologie La présente étude repose sur une approche méthodo-lo gique rigoureuse alliant analyse statistique, comparaison longitudinale et lecture thématique croisée. Elle vise à do cumenter les inégalités perçues ou vécues par les Malien. ne.s dans l’accès aux services essentiels et la gouvernance, en s’appuyant sur les données issues des différentes édi tions du Mali-Mètre produites entre 2015 et 2025. Sources de données La source principale de cette étude est constituée par les bases de données issues des éditions du Mali-Mètre, no tamment les éditions 8 à 16, accessibles sous format SPSS (.sav). Ces données sont complétées et enrichies par: → Les questionnaires structurés de Mali-Mètre, harmonisés pour permettre des analyses comparatives sur la période; → Les rapports thématiques précédemment publiés par la FES; Des références secondaires pertinentes, notamment: → l’étude de l’ODHD sur les inégalités freinant la crois sance inclusive(2020), → les publications statistiques de l’INSTAT(ex.: Enquête Modulaire et Permanente auprès des Ménages, 2023), → les analyses Afrobarometer de 2020 sur les inégalités et violences, → et les documents politiques et exploratoires liés aux ser vices sociaux de base et à la gouvernance. Échantillon et représentativité Mali-Mètre repose sur des échantillons représentatifs au ni veau national, construits selon un tirage aléatoire stratifié. Chaque édition couvre généralement environ 2 000 à 2 200 individus âgés de 18 ans et plus, sélectionnés à travers les capitales régionales. L’échantillon respecte la diversité ré gionale, le genre et la structure démographique du pays. Les poids d’échantillonnage ont été pris en compte dans les analyses statistiques pour garantir la représentativité. Démarche analytique La démarche d’analyse repose sur plusieurs niveaux com plémentaires: → Analyse descriptive: exploration des variables clés, dis tribution des opinions et comparaisons selon les carac téristiques sociodémographiques(sexe, âge, niveau d’éducation, statut matrimonial, région, etc.); → Analyse longitudinale: mise en perspective des évolu tions temporelles entre 2015 et 2025, afin de détecter des tendances, ruptures ou continuités; → Analyse multivariée: application de techniques statis tiques avancées(tests de khi-deux 1 , régressions logis tiques, analyses factorielles, le cas échéant) pour identi fier les corrélats des perceptions d’inégalité et mesurer l’effet indépendant de certaines variables explicatives; → Approche sensible au genre et à la jeunesse: désagrégation systématique des indicateurs selon le sexe et les classes d’âge afin de mettre en évidence les inégalités spécifiques vécues par les femmes et les jeunes; → Croisement thématique: articulation entre les dif fér-entes dimensions d’inégalité(éducation, santé, sécu rité, justice, gouvernance) et les perceptions de partici pation citoyenne, de confiance institutionnelle ou d’ac cès aux services. Limites méthodologiques Malgré la richesse des données et la rigueur de l’approche, certaines limites doivent être soulignées: → L’analyse repose sur des perceptions subjectives, qui peuvent être influencées par le contexte ou les ex pér-iences individuelles; → Les variations de formulation entre certains rounds ont nécessité des opérations de recodage ou d’harmonisa tion pour garantir la comparabilité; → Les zones rurales profondes sont sous-représentées dans 1 Le test du khi²(ou chi carré) est un test statistique permettant de déterminer si une différence observée entre plusieurs groupes(ex.: hommes et femmes, régions, niveaux d’instruction…) est significative ou due au hasard. Une valeur de p< 0,05 signifie que l’écart observé est statistiquement significatif, c’est-à-dire qu’il reflète une réelle disparité. Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 7 certaines éditions, ce qui peut affecter l’exhaustivité de l’analyse territoriale. Cependant, cette limitation ne re met pas en cause la représentativité globale des échan tillons, qui respectent les standards méthodo-logiques du Mali-Mètre. 8 Bureau Mali 3. Inégalités d’accès aux services sociaux Accès à la santé L’analyse du Mali-Mètre révèle que la santé est perçue comme un défi prioritaire par certaines catégories de popu lation. Cette préoccupation varie selon la région(écarts marqués entre zones), le statut socio-professionnel(les non-salariés et précaires sont plus inquiets), le sexe(les hommes plus que les femmes), le niveau d’instruction(les moins instruits sont les plus concernés) et l’âge(surtout les 36–55 ans). Région de résidence: de fortes disparités territoriales Les proportions les plus élevées de personnes identifiant la santé comme un défi majeur se trouvent à Sikasso(25,4%), Kayes(16,3%), Ségou(17,7%) et Mopti(15,8%). En revanche, les régions de Gao(0,5%), Kidal(0%) et Ménaka(0,5%) af fichent les taux les plus faibles. Ces différences peuvent s’expliquer par plusieurs raisons. Dans les régions dites du Nord, comme Gao ou Ménaka, l’insécurité est très présente. Les gens sont donc plus in quiets pour leur sécurité, et la santé passe après. Dans le Sud, même dans les villes, beaucoup de personnes continuent de dire que la santé est un vrai problème. Cela montre qu’il y a trop peu de centres de santé en dehors de Bamako. D’après le rapport de l’ODHD(2020), Bamako, qui regroupe seulement 13 % de la population du pays, possède plus de 60 % des cliniques privées et tous les grands hôpi taux nationaux. Fig. 1 Part des citoyen.ne.s citant la santé parmi les trois défis principaux, selon la région(2025) 25,4 17,7 16,3 15,8 11,5 9,1 2,4 1,0 0,5 0,5 0,0 Sikasso Ségou Kayes Mopti Bamako Koulikoro Tombouctou Taoudenni Gao Menaka Kidal Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Statut socio-professionnel: vulnérabilité des travailleurs/euses du secteur informel La santé est perçue comme un défi majeur par 39,7% des travailleurs à leur propre compte, 12% des salarié.e.s du pri vé, et 16,7% des femmes au foyer. En revanche, seulement 2,9% des élèves/étudiants et 3,8% des sans-emploi citent la santé parmi les trois défis. Ce faible taux chez les personnes sans emploi ou les étu diant·e·s peut s’expliquer par un accès relativement plus fréquent aux structures publiques subventionnées(écoles, soins gratuits pour certains cas), ou par le fait que d’autres priorités(emploi, sécurité, pouvoir d’achat) dominent leurs préoccupations. En revanche, les personnes en situation de travail informel, en particulier les indépendant·e·s, sont beaucoup plus nombreux/ses à considérer la santé comme un problème prioritaire, ce qui souligne leur exposition accrue aux risques sanitaires. Ceux-ci n’ont souvent pas accès à une couverture santé ou à des dispositifs de protection sociale, Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 9 contrairement aux salarié·e·s du secteur formel. 2 Selon l’EMOP(INSTAT, 2023), moins de 15 % des Ma lien·ne·s bénéficient d’une couverture sanitaire, ce qui ac centue les inégalités selon le statut professionnel. Cette si tuation plaide pour un renforcement de la sécurité sociale, notamment en faveur des travailleurs du secteur informel, des femmes non salariées, et des jeunes. Fig. 2 Proportion des répondant.e.s considérant la santé comme un défi, selon leur statut professionnel(2025) Autre 6,7 Retraité 5,7 Sans emploi/à la recherche d’emploi 3,8 Aide-ménagère 1,0 Femme au foyer 15,8 16,7 Elève/Etudiant 2,9 Apprenti/Aide au patron 9,8 7,7 Patron à son propre compte 9,0 39,7 Salarié non étatique/salarié privé 12,0 Fonctionnaire(Etat, collectivités)/Salarié 3,8 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Sexe: perception plus forte chez les hommes rendre l’accès aux soins plus urgent pour eux; Paradoxalement, 57,9% des répondants ayant cité la santé sont des hommes, contre 42,1% de femmes. Cette diffé rence est statistiquement significative 2 . Plusieurs hypo thèses peuvent expliquer cette tendance: → l’activité économique plus soutenue des hommes peut → les femmes, souvent reléguées aux soins familiaux, pourraient considérer les défis de santé comme un sujet ordinaire et non prioritaire; → une faible déclaration des besoins sanitaires due à des normes de genre. Fig. 3 Répartition par sexe des citoyen.ne.s percevant l’accès à la santé comme l’un des trois principaux défis(2025) Féminin 42,1 57,9 Masculin Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 2 p=0,014 10 Bureau Mali Niveau d’instruction: un enjeu plus cité par les moins éduqués Les personnes sans instruction formelle sont celles qui citent le plus la santé comme défi(40,2%), suivies des per sonnes ayant un niveau primaire(36,4%). Les proportions chutent chez les personnes instruites au secondaire(11%) et au supérieur(12,4%). Ce constat traduit une prise de conscience plus forte des barrières à l’accès aux soins chez les populations moins éduquées, souvent plus exposées à l’automédication, au manque d’information sanitaire ou aux coûts prohibitifs. Fig. 4 Proportion des citoyen.ne.s citant la santé parmi les trois principaux défis, selon le niveau de formation(2025) Supérieur 12,4 Secondaire 11,0 40,2 Aucun Primaire 36,4 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Tranche d’âge: la santé, préoccupation croissante avec l’âge La perception de la santé comme défi augmente avec l’âge jusqu’à 55 ans: 19,6 % chez les 18–24 ans, 29,2 % chez les 25–35 ans, 33,5 % chez les 36–55 ans, avant de baisser à 17,7 % après 56 ans. Cette progression reflète une vulnéra bilité croissante aux besoins médicaux avec l’âge actif, pé riode durant laquelle les charges familiales et profession nelles augmentent. Les adultes en activité sont souvent confrontés au coût élevé des soins, à la faible couverture maladie et à la qualité des services disponibles. Selon l’INSTAT(2021) et l’ODHD(2020), l’insuffisance d’in frastructures et le coût des médicaments sont parmi les principales causes de renoncement aux soins. Le recul de cette perception après 56 ans pourrait s’expliquer par une résignation ou par un moindre recours aux soins faute de moyens ou de mobilité. Fig. 5 Proportion des citoyen.ne.s citant la santé parmi les trois principaux défis, selon la tranche d’âge(2025) 33,5 29,2 19,6 17,7 18-24 ans 25-35 ans 36-55 ans Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 56 ans et plus Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 11 Accès à l’éducation Région: disparités régionales marquées L’analyse statistique des données du Mali-Mètre(édition 16) montre que la perception de l’éducation comme défi national prioritaire varie significativement 3 selon la région de résidence, le niveau d’instruction, le statut socio-profes sionnel et l’âge des enquêté·es. Ces résultats indiquent une sensibilité différenciée aux enjeux éducatifs en fonction des profils sociodémographiques. La proportion de personnes déclarant l’éducation comme un défi est significativement plus élevée dans certaines ré gions comme Ségou(21,1%), Sikasso(19,1%) ou Tombouctou (8,2%), et quasiment absente à Kidal et Taoudenni(0%). Cela reflète des disparités territoriales persistantes dans l’accès aux services éducatifs, exacerbées par les conflits, l’insécurité ou l’éloignement des infrastructures scolaires. Les régions du nord sont particulièrement touchées, comme le montre également l’étude de l’ODHD(2020) sur les inégalités territoriales. Fig. 6 Proportion des citoyen.ne.s citant l’éducation parmi les trois principaux défis, selon la région(2025) 21,1 19,1 16,0 12,4 10,3 9,3 8,2 3,1 0,5 0,0 0,0 Ségou Sikasso Koulikoro Kayes Mopti Bamako Tombouctou Menaka Gao Kidal Taoudenni Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Niveau d’instruction: une critique plus marquée chez sonnes sans instruction. Ces résultats peuvent sembler les instruits contre-intuitifs, mais ils révèlent que les individus plus ins truits, mieux informés sur les standards éducatifs, sont plus L’accès à l’éducation est davantage perçu comme un pro critiques face à la qualité ou à l’équité du système éducatif 7 blème par les personnes ayant atteint un niveau secondaire (28,9%) ou supérieur(21,1%), contre 22,2% chez les per malien, rejoignant les constats d’Afrobarometer(2020) sur la perception des services publics. Fig. 7 Proportion des citoyen.ne.s citant l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le niveau de formation(2025) 27,8 28,9 22,2 21,1 Aucun Primaire Secondaire Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 3 tests du khi² significatifs, p<0,05 12 Bureau Mali Supérieur Statut socio-professionnel: les jeunes en formation et actifs plus préoccupés Les élèves et étudiant·es(27,8 %) sont les plus nombreux à percevoir l’éducation comme un défi prioritaire, suivis par les femmes au foyer(16 %) et les salariés du privé(10,3 %). À l’opposé, les fonctionnaires(5,7 %) et les sans emploi (4,6 %) expriment cette préoccupation de manière moins marquée. Ce contraste souligne une sensibilité accrue des jeunes en formation ou récemment insérés sur le marché du travail, directement exposés aux lacunes du système éducatif(qualité, accessibilité, débouchés). En revanche, les catégories plus stables ou éloignées du système éducatif formel semblent moins concernées, probablement en rai son d’attentes moindres ou de priorités différentes(reve nus, soins, sécurité). Cette lecture confirme l’importance d’un regard générationnel et statutaire sur les inégalités perçues en matière d’éducation. Proportion des citoyen.ne.s citant l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le statut socio-professionnel(2025) Autre 5,2 Retraité Sans emploi/à la recherche d’emploi Aide-ménagère 2,6 4,6 Femme au foyer 15,8 16,0 Elève/Etudiant 27,8 Apprenti/Aide au patron 5,2 Patron à son propre compte 9,0 22,7 Salarié non étatique/salarié privé 10,3 Fonctionnaire(Etat, collectivités)/Salarié 5,7 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Fig. 8 Tranche d’âge: l’éducation, priorité des plus jeunes Les jeunes de 18–24 ans(37,6 %) sont nettement plus nom breux à percevoir l’éducation comme un défi, loin devant les personnes de 56 ans et plus(9,3 %). Cette différence marquée traduit une préoccupation directe des jeunes, qui sont en formation ou en recherche d’opportunités profes sionnelles, donc particulièrement exposés aux insuffisances du système éducatif. À l’inverse, les adultes plus âgés, sou vent hors du cycle éducatif, semblent accorder moins d’im portance immédiate à cette problématique. Cette tendance est confirmée par les don-nées de l’INSTAT, qui indiquent que les jeunes expriment davantage d’attentes en matière d’éducation et d’employa-bilité, éléments essentiels pour leur insertion sociale et économique. L’éducation constitue ainsi un enjeu générationnel central, à la croisée des aspi rations personnelles et des défis structurels du pays. Fig. 9 Proportion des citoyen.ne.s citant l’éducation parmi les trois principaux défis, selon la tranche d’âge(2025) 37,6 28,4 24,7 9,3 18-24 ans 25-35 ans 36-55 ans Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 56 ans et plus Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 13 Accès à la justice L’analyse statistique du Mali-Mètre(édition 16) révèle que la perception de la justice malienne varie significativement 4 selon deux facteurs: la région de résidence et le niveau d’instruction. Ces différences montrent des inégalités dans la confiance accordée au système judiciaire, en fonction du contexte territorial et du capital éducatif. Région: confiance très variable selon les territoires La région de Kayes concentre la plus grande part de per sonnes déclarant une totale confiance(22,5%) en la justice. À l’inverse, Bamako(19,4%) et Gao(11,6%) comptent plus de personnes exprimant une absence totale de confiance, illustrant une défiance marquée dans les zones urbaines ou en proie à l’instabilité. Ces résultats reflètent les déséqui libres d’accès et la perception d’un système judiciaire inégal selon les territoires, un constat partagé par l’étude de l’OD HD(2020). Proportion des citoyen.ne.s déclarant une confiance totale ou nulle en la justice, selon la région(2025) 7,0 6,2 3,1 0,8 0,7 20,2 17,8 14,0 6,6 2,7 11,6 5,4 7,6 20,3 10,6 10,0 16,3 3,2 14,9 8,3 14,2 15,8 6,8 15,6 22,5 20,0 8,5 8,5 4,6 0,5 5,3 14,2 7,1 2,8 3,7 3,3 19,4 3,2 16,6 9,8 3,0 7,6 Fig. 10 Kayes Koulikoro Sikasso Ségou Mopti Tombouctou Gao Kidal Menaka Taoudenni Bamako Totalement confiance Partiellement confiance Pas confiance Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Pas du tout confiance Niveau d’instruction: les plus éduqués plus critiques Les personnes sans instruction sont plus nombreuses à avoir totalement confiance(42%) que les personnes ayant un niveau supérieur(9,2%). À l’opposé, 24,8% des per sonnes instruites au supérieur déclarent ne pas du tout faire confiance à la justice. Cela montre une exigence ac crue chez les instruits, souvent mieux informés des pra tiques judiciaires et donc plus critiques face aux dysfon tionnements. Proportion des citoyen.ne.s exprimant une confiance totale ou nulle en la justice, selon le niveau d’instruction(2025) 42,0 39,4 34,6 30,2 30,4 29,4 27,6 22,5 24,3 22,5 19,5 19,9 24,8 13,6 10,4 9,2 Fig. 11 Aucun Primaire Secondaire Totalement confiance Partiellement confiance Pas confiance Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 4 La région de résidence(p<0,001, V de Cramer=0,206) et le niveau d’instruction(p<0,001, V de Cramer=0,090). Supérieur Pas du tout confiance 14 Bureau Mali Accès à la sécurité L’analyse statistique des données de Mali-Mètre(édition 16) révèle des différences significatives dans la perception de la sécurité selon trois principales variables: la région de résidence, le sexe et le statut socio-professionnel des per sonnes interrogées. Ces écarts mettent en lumière des dis parités d’expériences de l’insécurité, souvent liées au contexte géographique ou aux conditions de vie, comme le montrent les données de l’Afrobarometer(2020) et de l’OD HD(2020). À l’inverse, les différences ne sont pas statisti quement significatives selon l’âge ou le niveau d’instruc tion. Région: des perceptions fortement marquées par le contexte local La sécurité est davantage perçue comme accessible dans les régions de Koulikoro(14,3%), Sikasso(15,2%), et Ségou (13,6%). En revanche, les régions comme Gao(4,2%), Ména ka(4,2%), Taoudenni(2,4%) et Tombouctou(4,4%) rap portent des perceptions nettement plus faibles. Ces dispari tés illustrent les effets directs de l’insécurité, déjà docu mentés par l’ODHD(2020) et l’Afrobarometer(2020). Proportion des citoyen.ne.s se sentant en sécurité dans leur environnement immédiat, selon la région(2025) 15,2 14,3 13,6 11,8 11,8 10,8 7,2 4,4 4,2 4,2 2,4 Fig. 12 Kayes Koulikoro Sikasso Ségou Mopti Tombouctou Gao Kidal Menaka Taoudenni Bamako Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Sexe: une perception plus positive chez les hommes D’après les résultats, 50,2 % des hommes disent se sentir en sécurité, contre 49,8 % des femmes. Même si l’écart est petit, il est statistiquement important 5 . Cela signifie qu’il n’est pas dû au hasard. Cette différence peut s’expliquer par les risques spécifiques que vivent certaines femmes, comme le harcèlement, les violences à la maison ou l’insé curité dans la rue. Ces situations peuvent faire en sorte que les femmes ressentent moins de sécurité, même si elles vivent dans les mêmes lieux que les hommes. Des en quêtes comme Afrobarometer ont déjà montré que les femmes perçoivent souvent les espaces publics comme moins sûrs, surtout la nuit ou lorsqu’elles sont seules. Fig. 13 Proportion des citoyen.ne.s se sentant en sécurité dans leur environnement immédiat, selon le sexe(2025) Féminin 49,8 50,2 Masculin Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 5 Le test du khi²(ou chi-deux) permet de vérifier si une différence entre deux groupes est réelle ou due au hasard. Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 15 Statut socio-professionnel: les actifs et étudiants plus confiants Les apprentis(7,6 %), les fonctionnaires(3 %) et les étu diant.e.s(10,3 %) sont ceux/celles qui disent le plus souvent se sentir en sécurité. Au contraire, les sans emploi(8,4 %) et surtout les femmes au foyer(23,2 %) se sentent moins en sécurité. Cela pourrait venir de plusieurs raisons: → Certaines personnes sortent moins souvent de chez elles, donc connaissent moins les lieux publics; → D’autres, comme les fonctionnaires ou étudiants, peuvent avoir plus d’information ou de contacts pour se protéger; → L’accès à la police, aux autorités ou aux services de sécu rité peut aussi dépendre du statut social. Ces différences montrent que le ressenti de sécurité n’est pas le même pour tout le monde, et qu’il pourrait être op portun d’adapter les actions selon les groupes. Fig. 14 Proportion des citoyen.ne.s se sentant en sécurité dans leur quartier, selon le statut socio-professionnel(2025) Autre 4,1 Retraité 3,1 Sans emploi/à la recherche d’emploi 8,4 Aide-ménagère 1,9 Femme au foyer 15,8 23,2 Elève/Etudiant 10,3 Apprenti/Aide au patron 9,8 7,6 Patron à son propre compte 9,0 31,1 Salarié non étatique/salarié privé Fonctionnaire(Etat, collectivités)/Salarié 7,1 3,0 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 16 Bureau Mali 4. Inégalités de participation citoyenne et gouvernance Participation au dialogue inter-Maliens L’étude révèle que les inégalités d’information concernant la participation au dialogue inter-Maliens sont statistique ment liées au sexe, à l’âge, à la région de résidence, au sta tut socio-professionnel et au niveau de formation des ci toyen.ne.s. Ces résultats suggèrent que certaines catégories de la population, en raison de leur profil sociodémogra phique, sont moins bien informées ou moins invitées à par ticiper, ce qui traduit une inégalité structurelle dans l’accès aux espaces de participation citoyenne. Sexe: les femmes moins informées ou exclues Parmi les personnes ayant manqué d’information ou d’invi tation pour participer au dialogue inter-maliens, 56,1 % sont des femmes, contre 43,9 % d’hommes. Cela montre que les femmes sont plus souvent exclues des espaces de partici pation citoyenne. Ce décalage peut s’expliquer par des bar rières sociales, un accès limité aux réseaux d’information ou un manque de prise en compte dans les canaux officiels de communication. Selon Afrobarometer(2020), ce manque d‘accès à l’information pour les femmes est un frein majeur à leur engagement citoyen, renforçant les iné galités de genre dans la gouvernance. Fig. 15 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon le sexe(2025) Féminin 56,1 43,9 Masculin Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 17 Tranche d’âge: un manque/insuffisance d’information touchant davantage les jeunes adultes L’analyse révèle que les 18–24 ans sont les plus nombreux à avoir été exclus du dialogue inter-maliens pour manque d’information ou d’invitation(31,9 %). Ils sont suivis de près par les 25–35 ans(29,5 %), tandis que cette proportion diminue chez les 36–55 ans(26,8 %) et atteint son plus bas niveau chez les 56 ans et plus(11,7 %). Plusieurs sources externes corroborent cette tendance et expliquent ce phénomène. Selon une étude du PNUD et de Tuwindi.io(2024), 39,91% des femmes et 60,09% des hommes estiment que les jeunes ne sont pas suffisamment impliqués dans la gestion des affaires publiques contre 48,67% de femmes et 51,33% d’hommes qui estiment qu’ils le sont. Cette perception est aggravée par une« crise de confiance entre jeunes et représentants de l‘État», comme le souligne un rapport du HD Centre(2020), qui rapporte que les jeunes considèrent souvent les forums de discus sion comme du simple« folklore». De plus, un article de Studio Tamani(2024) indique que malgré leur participation au dialogue inter-malien, les jeunes ont le sentiment de ne pas avoir été suffisamment intégrés dans les commissions de décision, ce qui alimente ce sentiment d‘exclusion. Ces éléments illustrent une déconnexion entre les jeunes adultes et les structures institutionnelles, en dépit de leur rôle central dans la société. Fig. 16 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon la tranche d’âge(2025) 31,9 29,5 26,8 11,7 18-24 ans 25-35 ans 36-55 ans Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 56 ans et plus 18 Bureau Mali Région: disparités territoriales flagrantes L‘inégalité d‘accès à l‘information citoyenne se manifeste de manière inégale à travers les régions du Mali. Les ré gions de Ségou(15,8%), Koulikoro(16,4%) et Tombouctou (6,3%) affichent des taux d‘inégalité plus élevés. Cette fracture se perçoit même au sein de la capitale, Bamako, où 11,1% des habitants sont touchés par cette inégalité, malgré la concentration des institutions et la mise en œuvre du processus de participation dans cette ville. Ces chiffres mettent en évidence un décalage prononcé entre les régions dites du Nord du pays et les autres, signalant une distribution inéquitable des opportunités de dialogue et d‘information à l‘échelle nationale. Fig. 17 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon la région(2025) 16,4 13,6 15,8 13,3 11,7 11,1 6,3 4,8 3,6 2,1 1,2 Kayes Koulikoro Sikasso Ségou Mopti Tombouctou Gao Kidal Menaka Taoudenni Bamako Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 19 Statut socio-professionnel: les femmes au foyer et les étudiant.e.s en marge D‘après l‘analyse, les inégalités d‘accès à l‘information pour le dialogue inter-maliens touchent de manière significative les patrons à leur propre compte(28,8%) et les femmes au foyer(27,7%). Les étudiants et élèves sont également forte ment impactés, avec un taux d‘exclusion de 12,2%. À l‘in verse, les fonctionnaires(2,1%), les retraités(2,5%) et les aide-ménagères(0,8%) sont très peu concernés. Cette disparité suggère que le manque d‘accès à l‘informa tion est étroitement lié au statut professionnel ou social. Les catégories sociales éloignées des circuits d‘information officiels, y compris les étudiant.e.s, sont les moins repré sentées dans les processus de concertation nationale. Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon le statut socio-professionnel (2025) Autre Retraité 3,3 2,5 Sans emploi/à la recherche d’emploi 9,3 Aide-ménagère 0,8 Femme au foyer 15,8 27,7 Elève/Etudiant 12,2 Apprenti/Aide au patron 8,5 Patron à son propre compte 9,0 28,8 Salarié non étatique/salarié privé Fonctionnaire(Etat, collectivités)/Salarié 4,7 2,1 Fig. 18 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Niveau d’instruction: plus d’exclusion chez les enquêté.e.s avec moins d’instruction L’inégalité d’information est nettement plus marquée chez les personnes sans instruction(40,5 %) et celles ayant un niveau primaire(27,8 %). En comparaison, seules 9,9 % des personnes ayant un niveau supérieur déclarent ce motif. Ce résultat met en évidence un accès inégal à l’information ci toyenne selon le niveau d’instruction. Les moins éduqués sont souvent éloignés des canaux d‘information officiels, ce qui limite leur participation aux espaces de dialogue na tional. Cela confirme la nécessité de stratégies de commu nication adaptées aux publics faiblement alphabétisés. Fig. 19 Proportion des citoyen.ne.s n’ayant pas participé au dialogue inter-maliens par manque d’information ou d’invitation, selon le niveau de formation (2025) Supérieur 9,9 Secondaire 21,9 40,5 Aucun Primaire 27,8 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 20 Bureau Mali Perception d’inclusivité ou d’exclusivité du dialogue Une lecture attentive des données du Mali-Mètre(Round 16) révèle que la perception du dialogue inter-malien comme étant inclusif ou exclusif varie significativement se lon le sexe, l’âge, la région de résidence et le statut so cio-professionnel des enquêté·es. Ces écarts reflètent des inégalités de participation ou de représentation perçue dans les processus de concertation nationale. Sexe: perception d’exclusion plus forte chez les femmes Les hommes sont plus nombreux à juger le dialogue inclu sif(74,7 %) que les femmes(64,7 %). Ces dernières expri ment davantage de doute(16,4 % NSP) ou d’exclusion (19 %), contre respectivement 8,1 % et 17,2 % chez les hommes. Ces écarts révèlent une inégalité d’expérience du processus participatif, où les femmes semblent avoir moins de visibilité, d’implication ou de reconnaissance dans les mécanismes de concertation. Cette lecture rejoint les constats d’Afrobarometer(2022) sur les barrières de genre dans la participation citoyenne. Perception de l’inclusivité du dialogue inter-maliens parmi les participant.e.s, Fig. 20 selon le sexe(2025) 74,7 64,7 17,2 8,1 19,0 16,4 Masculin Feminin Inclusif Exclusif Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) NSP Âge: inclusion perçue davantage par les plus âgé.e.s Plus l’âge augmente, plus les participant.e.s perçoivent le dialogue comme inclusif: 67,2 % chez les 18–24 ans, contre 74,2 % chez les 56 ans et plus. À l’inverse, les plus jeunes sont plus nombreux à ne pas savoir répondre ou à douter de l’inclusivité(18 % NSP). Cela peut refléter un sentiment de mise à l’écart chez les jeunes ou un manque d’informa tions sur le processus. Les plus âgé.e.s, souvent plus expéri menté.e.s ou mieux représenté.e.s dans les espaces de dia logue, affichent davantage de confiance dans l’inclusivité du processus. Fig. 21 Perception de l’inclusivité du dialogue inter-maliens selon l’âge(2025) 74,2 69,8 72,4 67,2 18,0 14,8 19,8 10,5 19,0 8,6 16,1 9,7 18-24 ans 25-35 ans Inclusif 36-55 ans Exclusif NSP Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 56 ans et plus Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 21 Région: fortes disparités territoriales dans la perception La perception du dialogue comme inclusif varie fortement selon les régions. Elle atteint 94,1 % à Tombouctou, 88,9 % à Koulikoro et Ménaka, mais chute à 31,3 % à Kidal et 58,1 % à Taoudenni, où les taux d’exclusion perçue ou d’in certitude(NSP) sont élevés. À Bamako, 62,2 % des partici pant.e.s jugent le processus inclusif. Ces écarts traduisent des fractures territoriales dans la perception d’inclusion, souvent liées à la présence étatique, à la participation ef fective des acteurs locaux et au climat sécuritaire. Les don nées confirment une inclusion inégalement vécue. Perception de l’inclusivité du dialogue inter-maliens parmi les participant.e.s, selon la région(2025) 88,0 88,9 100,0 94,1 84,8 88,9 80,0 75,7 62,2 58,1 20,0 8,0 11,1 4,0 16,2 13,0 2,2 8,1 5,9 47,9 31,3 20,8 11,1 41,9 18,9 18,9 Fig. 22 Kayes Koulikoro Sikasso Ségou Mopti Tombouctou Gao Kidal Menaka Taoudenni Bamako Inclusif Exclusif NSP Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Statut socio-professionnel: des écarts notables selon la position sociale Les actifs occupés déclarent majoritairement que le dia logue inter-maliens était inclusif: 89,3 % chez les salarié.e.s du privé, 83,3 % chez les fonctionnaires, contre seulement 42,9 % chez les sans emploi. Les élèves/étu diants(55 %) et aide-ménagères(50 %) expriment des doutes plus marqués, avec des taux élevés de non-réponse (jusqu’à 39,3 %). Cela peut refléter une exclusion des caté gories vulnérables du processus participatif ou un manque d’informations sur son déroulement. À l’inverse, les profes sionnels plus stables ou qualifiés semblent mieux intégrés et plus confiants dans l’inclusivité du processus. Fig. 23 Perception de l’inclusivité du dialogue inter-maliens parmi les participant.e.s selon la profession(2025) Autre Retraité Sans emploi/à la recherche d’emploi Aide-ménagère Femme au foyer Elève/Etudiant Apprenti/Aide au patron Patron à son propre compte Salarié non étatique/salarié privé Fonctionnaire(Etat, collectivités)/Salarié 57,1 42,9 50,0 61,5 55,0 85,7 77,8 79,2 89,3 83,3 14,3 28,6 14,3 17,9 25,0 25,0 39,3 25,0 26,9 11,5 20,0 16,7 5,6 15,0 5,8 7,1 3,6 8,3 8,3 Inclusif Exclusif NSP Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 22 Bureau Mali 5. Inégalités de perception et conscience citoyenne face à la justice et à la gouvernance Perception du niveau de corruption Les résultats montrent que l’opinion des citoyen.ne.s sur la corruption dans la justice varie fortement selon leur lieu de résidence, leur niveau d’études et leur situation profession nelle. Les personnes vivant dans certaines régions, ayant un niveau d’instruction plus élevé ou exerçant certaines professions ont tendance à voir la justice comme plus cor rompue que d’autres. Cela montre que la confiance dans le système judiciaire n’est pas la même pour tout le monde et dépend beaucoup des conditions sociales et du vécu de chacun dans le pays. Région: une perception très contrastée selon les zones Les écarts régionaux montrent une perception très contras tée de la corruption dans la justice malienne. À Bamako, 75 % des citoyen.ne.s sont tout à fait d’accord avec l’affir mation que la justice est corrompue, contre seulement 6,3 % à Tombouctou et 4 % à Ménaka où les juridictions ne sont pas opérationnelles à cause de l’insécurité. Cette diffé rence peut s’expliquer par une plus grande exposition ur baine aux affaires de corruption, une meilleure connais sance des procédures(ODHD, 2020), et une attente plus forte de transparence. À l’inverse, dans certaines zones ru rales ou instables(Nord, Centre), les taux élevés de NSP (jusqu’à 42 % à Gao) traduisent un manque d’information, de contact direct avec le système judiciaire ou une peur de s’exprimer. Tab. 1 Perception de la corruption dans la justice selon les régions(2025) Région Kayes Koulikoro Sikasso Ségou Mopti Tombouctou Gao Kidal Ménaka Taoudenni Bamako Tout à fait d’accord 42,6 19,4 30,0 26,8 20,4 6,3 37,0 24,5 4,0 10,0 75,0 D’accord 29,8 55,8 37,9 48,8 45,4 46,3 9,0 54,2 63,0 50,0 15,8 Pas d’accord 8,7 13,2 18,5 10,5 28,5 46,3 11,0 2,6 27,0 15,7 3,8 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Pas du tout d’accord 15,1 1,0 6,1 2,4 0,4 1,1 1,0 2,6 6,0 2,9 2,1 NSP 3,8 10,6 7,6 11,5 5,4 42,0 16,1 21,4 3,3 Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 23 Niveau d’instruction: plus on est éduqué, moins on est satisfait Plus le niveau d’instruction est élevé, plus la perception de corruption dans la justice augmente. 35,5 % des personnes ayant fait des études supérieures sont tout à fait d’accord que la justice est corrompue, contre 29,3 % chez les non-instruits. Cela peut s’expliquer par une meilleure connaissance du fonctionnement du système judiciaire chez les plus instruits, qui repèrent plus facilement les in justices, lenteurs ou abus. À l’inverse, les personnes sans éducation affichent une part élevée de NSP(12,7 %), tradui sant une distance sociale ou institutionnelle. Fig. 24 Perception de la corruption selon le niveau d‘instruction Supérieur Secondaire Primaire Aucun 35,5 32,1 29,0 29,3 39,8 42,0 42,1 40,2 13,1 15,1 4,8 6,8 6,3 4,5 17,2 2,8 8,9 14,2 3,7 12,7 Tout à fait d’accord D’accord Pas d’accord Pas du tout d’accord NSP Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Statut socio-professionnel: les indépendant.e.s et les femmes au foyer plus critiques Les retraité.e.s(43,3 %) et les élèves/étudiant.e.s(34,1 %) sont les plus nombreux à affirmer que la justice est cor rompue. À l’inverse, les aide-ménagères(11,9 %) et les per sonnes dans la catégorie« autre»(12,9 %) semblent moins critiques, mais affichent aussi des taux élevés de NSP, tra duisant un manque d’accès à l’information ou d’interaction avec la justice. Les salariés publics(34,3 %) et privés (31,1 %) partagent une perception critique, probablement liée à une meilleure compréhension du fonctionnement ins titutionnel. Ces écarts illustrent une inégalité d’expérience et de conscience citoyenne, confirmée par les analyses de l’ODHD(2014) et d’Afrobarometer(2017, 2024). 24 Bureau Mali Perception de l’impunité au niveau de la justice au Mali Sexe: les hommes plus nombreux à dénoncer l’impunité Les résultats de Mali-mètre(édition 16) révèlent que la per ception de l’impunité au Mali varie selon le sexe, le niveau d’instruction, la région de résidence et le statut socio-pro fessionnel des citoyen.ne.s. Les femmes, les personnes peu instruites, les habitants de certaines régions(Kidal, Kayes, Tombouctou) et les individus sans emploi ou occupant des fonctions précaires perçoivent davantage l’impunité comme très fréquente. Ces disparités reflètent des expériences so ciales inégales face au fonctionnement de la justice et tra duisent un sentiment d’injustice enraciné dans les condi tions de vie, les parcours professionnels et les dynamiques territoriales. L’impunité apparaît ainsi comme une réalité perçue de manière différenciée selon les profils sociaux. Les femmes apparaissent globalement plus hésitantes et plus critiques dans leur perception du fonctionnement de la justice. Elles sont 7,7% à déclarer ne pas savoir si l’impu nité est fréquente ou non, contre 4,4% chez les hommes. Ce taux plus élevé d’indécision peut traduire une moindre connaissance des mécanismes judiciaires ou un sentiment d’exclusion face aux voies de recours disponibles. Par ail leurs, elles sont légèrement moins nombreuses à estimer que l’impunité est peu fréquente(27,8% contre 31,6% chez les hommes). À l’inverse, les hommes affichent des opi nions plus polarisées, se répartissant davantage entre les jugements« très fréquente et peu fréquente». Ces différences confirment l’existence d’un rapport genré à la justice, déjà mis en évidence dans les enquêtes de l’Afro barometer Round 9(2022–2023) et du PNUD Mali(2021), où les femmes mentionnent plus souvent un faible accès aux mécanismes de recours et une confiance limitée dans les institutions judiciaires. Perception de l’impunité au Mali selon le sexe(2025) 4,4 7,7 20,5 22,9 31,6 27,8 Fig. 25 27,1 27,2 16,3 14,4 Masculin Feminin Très fréquente Fréquente Peu fréquente Pas fréquente NSP Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 25 Région: des contrastes territoriaux nets La région d’origine influence fortement la perception de l’impunité. À Kidal, plus de 56% des citoyen.ne.s jugent l’impunité très fréquente, soit près de quatre fois plus que la moyenne nationale(15,3%). Ce score peut s‘expliquer par l‘éloignement de l’État central, la faible présence des institutions judiciaires, et un contexte de conflits armés ré currents. À l’inverse, les citoyen.ne.s de Ségou sont les plus nom breux/ses à penser que l’impunité est peu fréquente(48,5 %), traduisant probablement une plus grande confiance dans les services de justice locaux ou dans la gouvernance administrative. D‘autres régions comme Tombouctou(57,9 % de réponses« fréquente») ou Menaka(64% de réponses « peu fréquente») présentent aussi des profils atypiques. Ces constats sont corroborés par les rapports d‘Afro-baro meter(2022), qui soulignent la faible satisfaction des ci toyen.ne.s face à la gestion de la sécurité, et du Conseil de sécurité des Nations Unies(2023), qui identifie l‘impunité comme un défi majeur à la paix et à la justice, notamment dans le Nord et le Centre du Mali où la présence de l‘État est limitée. Perception de l’impunité au Mali selon la région(2025) Bamako Taoudenni Menaka Kidal Gao Tombouctou 9,2 34,2 10,0 35,7 3,0 25,0 56,1 15,0 5,3 9,0 24,2 39,2 17,1 20,0 16,3 17,1 14,0 9,0 64,0 25,2 70,5 7,0 12,0 53,0 Mopti 23,2 57,9 17,9 Ségou Sikasso 5,4 11,8 22,4 17,0 20,7 43,3 48,5 3,1 23,3 4,5 Koulikoro Kayes 10,3 29,1 36,1 21,1 26,8 30,6 21,9 4,8 18,5 Fig. 26 Très fréquente Fréquente Peu fréquente Pas fréquente NSP Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Niveau d’instruction: les plus instruits plus critiques Le niveau d’instruction façonne clairement la perception de l’impunité. Les individus sans instruction sont les plus nombreux à répondre ne sait pas(8,8%), Cette attitude peut refléter à la fois un éloignement vis-à-vis des institu tions judiciaires, une méconnaissance de leurs droits, mais aussi – en particulier en milieu rural – une certaine crainte à l’égard de la justice. À l’opposé, les personnes ayant un niveau supérieur se montrent plus affirmées, avec 33,1% estimant que l’impunité est peu fréquente et seulement 0,8 % choisissant ne sait pas. Cette tendance confirme l’observation selon laquelle l’édu cation favorise à la fois la compréhension du fonctionne ment des institutions et l’expression d’un jugement plus tranché, comme le confirment les analyses du PNUD(2021) sur la citoyenneté active et la gouvernance. Perception de l’impunité au Mali selon le niveau d’instruction(2025) Fig. 27 NSP Pas fréquente Peu fréquente Fréquente Très fréquente 8,8 22,1 27,9 27,4 13,8 22,9 30,7 24,6 17,4 4,5 17,8 30,0 31,4 14,7 6,1 24,3 33,1 25,5 16,3 Aucun Primaire Secondaire Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Supérieur 26 Bureau Mali Statut socio-professionnel: les cadres, retraités et étudiants plus sévères Les sans emploi sont 24% à percevoir l’impunité comme très fréquente, un niveau bien supérieur à la moyenne na tionale. De même, les aide-ménagères sont 21,4% à ré pondre ne sait pas, témoignant d’une forte incertitude ou d’un désengagement vis-à-vis des institutions, en tout cas, un certain écart entre celles-ci et cette catégorie de citoyen. ne.s. Cela s’expliquerait par le faible niveau d’instruction des aide-ménagères: elles n’ont généralement fréquenté aucune école. Tab. 2 Perception de l’impunité au Mali selon le statut socio-professionnel(2025) Statut socio-professionnel Très Fréquente Peu Pas NSP fréquente fréquente fréquente Total Fonctionnaire(Etat, collectivités) /Salarié 16,4 28,4 32,8 19,4 3,0 100,0 Salarié non étatique/salarié privé 14,3 27,3 37,9 16,8 3,7 100,0 Patron à son propre compte 14,3 25,8 33,3 23,2 3,4 100,0 Apprenti/Aide au patron 14,6 26,2 32,3 17,1 9,8 100,0 Elève/Etudiant 16,1 30,9 26,9 20,6 5,4 100,0 Femme au foyer 15,1 27,6 25,9 22,8 8,6 100,0 Aide-ménagère 11,9 38,1 19,0 9,5 21,4 100,0 Sans emploi/ à la recherche d’emploi 24,0 29,1 26,0 16,3 4,6 100,0 Retraité 16,4 34,3 22,4 25,4 1,5 100,0 Autre 6,5 11,8 29,0 39,8 12,9 100,0 Total 15,3 27,2 29,7 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) 21,7 6,1 100,0 À l’inverse, les salariés du secteur privé et les fonction naires sont plus nombreux à juger l’impunité peu fréquente (37,9% et 32,8% respectivement), signe d’un meilleur accès aux mécanismes de justice ou d’un sentiment de protection institutionnelle. Ces écarts reflètent des inégalités sociales bien établies, comme l’ont déjà montré les enquêtes de l’Afrobarometer (2017, 2024). Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 27 6. Évolution des inégalités(2015-2025) Accès à la santé Évolution perçue des défis liés à l’accès à la santé entre 2017 et 2025: une inégalité territoriale persis tante L’analyse révèle des inégalités persistantes dans l’accès aux soins de santé selon les régions. Au fil des années, la santé est une préoccupation majeure dans certaines régions, ce qui témoigne probablement des difficultés structurelles ou des conditions rendues précaires par la crise politico-sécuri taire pour accéder aux services de santé. Ces dynamiques territoriales reflètent les disparités socio-économiques et nécessitent une analyse approfondie des contextes spéci fiques à chaque région. Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à la santé parmi les trois principaux défis, par région et par année(MM8 à MM16) Région Bamako Gao Kayes Kidal Koulikoro Menaka Mopti Ségou Sikasso Tombouctou Taoudenni Total général MM8 13,39 3,67 10,76 2,36 19,95 1,05 10,76 8,66 21,00 3,67 4,72 100,00 MM9 12,32 3,32 17,54 3,95 11,85 4,11 9,79 12,32 16,59 2,53 5,69 100,00 MM10 16,49 4,99 14,97 4,12 16,70 1,74 8,24 12,36 12,58 2,17 5,64 100,00 MM11 18,27 1,62 13,48 1,56 24,91 8,68 11,81 16,55 3,13 100,00 MM12 11,77 1,82 14,44 6,07 16,26 3,40 10,19 14,20 15,53 3,52 2,79 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) MM13 8,27 1,46 18,49 4,14 16,79 0,73 7,54 13,14 21,65 1,95 5,84 100,00 MM14 12,75 2,55 13,60 3,12 16,43 2,27 11,61 10,20 22,66 2,83 1,98 100,00 MM15 13,25 1,20 14,46 22,49 0,80 8,43 15,26 20,48 3,21 0,40 100,00 Tab. 3 MM16 15,16 2,77 14,38 2,51 10,57 4,68 13,69 15,16 18,98 1,91 0,17 100,00 Koulikoro enregistre un pic notable de 24,9 % à l’édition 11 de Mali-Mètre, probablement lié à des tensions sociales ou à des défaillances d’accès aux soins. De même, Sikasso maintient une mobilisation constante autour de cet enjeu, culminant à 22,7 % dans Mali-Mètre 14, traduisant l’impor tance accordée à la santé dans une région densément peu plée. À l’inverse, Gao(3,67%), Tombouctou(3,67%), Ménaka (1,05%) et Taoudéni(4,72%) affichent des niveaux constam ment faibles, suggérant soit une résignation, soit un dépla cement des priorités vers la sécurité ou la survie écono mique en contexte de crise. Le cas de Kidal, avec un pic à 6,1 %(MM12), reflète une inquiétude ponctuelle dans un contexte d’accès difficile aux services de base. Bamako présente une tendance croissante entre MM8 (13,4 %) et MM16(15,2 %), en lien avec les enjeux d’engor gement des structures urbaines. Ségou suit une trajectoire similaire, passant de 8,7 % à 15,2 %, traduisant une résur gence des préoccupations sanitaires. Ces régions sont plus exposées aux impacts de la crise po litico-sécuritaire depuis 2012. Ainsi, le niveau d’(in)sécurité devient l’indicateur majeur d’appréciation des autres sec teurs sociaux, y compris la santé. 28 Bureau Mali Sexe: une perception plus marquée de l’enjeu santé chez les femmes De l’édition MM8 à MM16, les femmes ont systématique ment été plus nombreuses que les hommes à considérer la santé comme l’un des trois principaux défis. L’écart le plus marqué est observé au MM9, avec 53,6 % de femmes contre 46,5 % d’hommes. Cette tendance pourrait s’expli quer par le rôle central des femmes dans la gestion de la santé familiale, leur exposition plus fréquente aux difficul tés d’accès aux soins, et leur position économique souvent plus vulnérable, comme l’indique l’ODHD(2022). Cependant, cette différence s’atténue à partir de MM12, avant de s’inverser au MM16, où seuls 51,4 % des femmes citent la santé comme défi prioritaire contre 53,6 % des hommes. Ce basculement peut s’interpréter comme une conséquence du repositionnement des priorités dans un contexte de crise sécuritaire persistante. Une étude d’Afro barometer(2023) souligne que les préoccupations des ci toyen.ne.s se déplacent vers des enjeux de gouvernance et de sécurité, reléguant la santé à un second plan. Tab. 4 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à la santé parmi les trois principaux défis, selon le sexe et par édition du Mali-Mètre(MM8 à MM16) Sexe Féminin Masculin Total général MM8 50,66 49,34 100,00 MM9 53,55 46,45 100,00 MM10 46,42 53,58 100,00 MM11 52,67 47,33 100,00 MM12 47,94 52,06 100,00 MM13 51,09 48,91 100,00 MM14 49,58 50,42 100,00 MM15 50,20 49,80 100,00 MM16 51,39 48,61 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Âge: une préoccupation sanitaire particulièrement marquée chez les jeunes adultes L’analyse par groupe d’âge montre que les 18–24 ans sont les plus nombreux à citer l’accès à la santé parmi les défis prioritaires, avec des pics remarquables aux éditions de MM9(37,0 %) et MM15(37,8 %). Ce niveau élevé peut s’ex pliquer par leur exposition directe aux faiblesses du sys tème de santé lors de la transition vers l’âge adulte, notam ment en matière de santé sexuelle et reproductive, peu ac cessible dans plusieurs régions, comme l’indiquent les données de l’ODHD(2022). Ces jeunes, souvent en situa tion de précarité et en quête d’emploi, sont également sen sibles au coût des soins. Les 25–35 ans expriment aussi régulièrement cette priorité (autour de 29 % en moyenne), ce qui reflète une période de vie où les responsabilités familiales augmentent, notam ment en lien avec la santé des enfants et des partenaires. À l’inverse, les 36–55 ans affichent une implication plus modérée(26,9 % en MM15), bien qu’ils aient été davantage préoccupés à certains rounds(36,2 % en MM11), notam ment en lien avec les effets de la COVID-19(Afrobarometer, 2021). Enfin, les personnes âgées de 56 ans et plus sont les moins nombreuses à exprimer cette priorité(9,6 % à MM15), pro bablement en raison d’un désengagement progressif des espaces d’expression citoyenne. Tab. 5 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à la santé parmi les trois principaux défis, selon la tranche d’âge et par édition du Mali-Mètre(MM8 à MM16) Groupe d’âge 18-24 ans 25-35 ans 36-55 ans 56 ans et plus Total général MM8 37,01 28,87 23,10 11,02 100,00 MM9 33,65 28,12 25,59 12,64 100,00 MM10 36,23 29,50 26,03 8,24 100,00 MM11 17,84 32,88 36,23 13,05 100,00 MM12 33,37 26,46 27,06 13,11 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) MM13 34,79 28,95 24,33 11,92 100,00 MM14 36,26 29,46 22,10 12,18 100,00 MM15 37,75 25,70 26,91 9,64 100,00 MM16 24,78 29,98 28,94 16,29 100,00 Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 29 Accès à l’éducation De fortes disparités régionales dans la perception de l’éducation comme défi L’analyse montre une relation significative entre la région de résidence et la perception de l’accès à l’éducation comme défi prioritaire de MM8 à 16. Ce résultat reflète les inégalités structurelles du système éducatif malien, façon nées par les disparités territoriales en matière d’infrastruc tures, de sécurité, d’urbanisation et de services publics (ODHD, 2023; Afrobarometer, 2022). Tab. 6 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à l’éducation parmi les trois principaux défis, selon la région et par édition de Mali-Mètre(MM8 à MM16) Région Bamako Gao Kayes Kidal Koulikoro Ménaka Mopti Ségou Sikasso Tombouctou Taoudenni Total général MM8 13 4 11 2 20 1 11 9 21 4 5 100 MM9 12 3 18 4 12 4 10 12 17 3 6 100 MM10 16 5 15 4 17 2 8 12 13 2 6 100 MM11 18 2 13 2 25 9 12 17 3 100 MM12 12 2 14 6 16 3 10 14 16 4 3 100 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) MM13 8 1 18 4 17 1 8 13 22 2 6 100 MM14 13 3 14 3 16 2 12 10 23 3 2 100 MM15 13 1 14 22 1 8 15 20 3 0 100 MM16 15 3 14 3 11 5 14 15 19 2 0 100 Sikasso se distingue comme la région où l’éducation est le plus souvent perçue comme un enjeu prioritaire, avec des pics à 22 % à MM15(2024) et 19 % à MM16(2025). Cette tendance s’explique par la forte pression démographique sur les établissements scolaires(INSTAT, 2021), entraînant des classes surchargées et des besoins en enseignants non satisfaits. Koulikoro enregistre également des taux élevés, culminant à 25 % à MM12 et 22 % à MM15. Ce phénomène s’explique en partie par l’urbanisation accélérée de la zone périur baine de Bamako, qui crée une demande croissante en in frastructures éducatives(ODHD, 2023). Bamako, malgré son statut de capitale et de pôle éducatif, présente une progression modérée mais continue, attei gnant 15 % en MM16. Ce regain pourrait être lié à la satura tion des écoles publiques, accentuée par l’arrivée d’élèves déplacés ou déscolarisés durant les périodes d’instabilité politique. À l’opposé, Gao(4%), Kidal(2%), Tombouctou(4) et Taou denni(5) présentent des taux systématiquement faibles, traduisant une priorisation d’autres urgences(sécurité, san té, alimentation) dans ces régions confrontées à des conflits armés et à la faiblesse de l’État. Enfin, Ségou se démarque par une progression lente mais continue, atteignant 15 % à MM16, ce qui pourrait refléter une prise de conscience croissante des enjeux éducatifs dans un contexte rural en mutation. 30 Bureau Mali Niveau d’instruction: un enjeu davantage cité par les moins éduqués Les résultats montrent que plus une personne a un faible niveau d’étude, plus elle pense que l’éducation est un des plus grands problèmes du pays. Les personnes qui n’ont pas ou peu été à l’école sont celles qui citent le plus sou vent l’éducation comme un défi important. Cela montre que ceux/celles qui ont le moins profité de l’école sont aus si ceux/celles qui ressentent le plus son manque. Tab. 7 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le niveau d’éducation et par édition de Mali-Mètre (MM8 à MM16) Niveau de formation Aucun Primaire Secondaire Supérieur Total général MM8 27,03 29,13 26,51 17,32 100,00 MM9 31,91 32,86 25,75 9,48 100,00 MM10 26,90 29,50 29,28 14,32 100,00 MM11 27,39 28,95 26,58 17,09 100,00 MM13 30,90 30,17 22,87 16,06 100,00 MM14 28,05 24,36 30,88 16,71 100,00 MM15 22,49 28,11 30,12 19,28 100,00 MM16 41,07 29,38 19,15 10,40 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Une préoccupation croissante chez les non instruits Les personnes sans instruction affichent une forte et crois sante sensibilité à la question éducative, avec une nette progression entre les éditions MM15(2023: 22,5 %) et MM16(2025: 41,1 %). Ce pic, le plus élevé de tous les groupes, peut traduire une inquiétude accentuée par la dé gradation des conditions de scolarisation dans les zones fragiles. Dans un contexte d’insécurité persistante, de pau vreté multidimensionnelle et d’accès inégal à l’éducation (ODHD, 2023 ; Afrobarometer, 2022), cette population reste largement exclue des opportunités éducatives. Le taux de fécondité encore élevé(3,6 enfants par femme selon l’INS TAT, 2023) accroît également la pression sur les ménages non instruits pour garantir la scolarisation de plusieurs en fants, dans un contexte de rareté des ressources et de faibles perspectives d’emploi formel. Ces dynamiques ali mentent une demande croissante d’investissement dans l’éducation comme levier d’émancipation. Une perception stable chez ceux/celles ayant un niveau primaire Les personnes ayant été à l’école primaire citent très sou vent l’éducation comme l’un des trois grands problèmes du pays. Leur réponse reste stable, autour de 29 à 30 % dans presque tous les sondages. Cela montre qu’elles pensent régulièrement que l’école n’est pas assez bonne. Ayant connu elles-mêmes une scolarité courte ou difficile, elles veulent de meilleures écoles pour leurs enfants. Une perception plus fluctuante chez les niveaux secondaires et supérieurs Chez les détenteurs du secondaire, les opinions évoluent en dents de scie: creux à MM13(22,9 %) puis pic à MM14 (30,9 %) avant un net recul à MM16(19,2 %). Cette insta-bi lité peut refléter un désenchantement face au manque de débouchés professionnels malgré les diplômes. Ce sont également les niveaux les plus touchés par les grèves, sur tout des enseignant.e.s. Les diplômés du supérieur, quant à eux, restent les moins préoccupés par l’accès à l’éducation(10,4 % en MM16), pro bablement en raison d’une meilleure autonomie socio-éco nomique et d’un accès privilégié à des solutions éducatives alternatives. Pourtant le niveau supérieur est celui dont les diplômé.e.s sont le plus exposé.e.s au chômage. Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 31 Classe d’âge: une priorité affirmée par les jeunes adultes L’analyse selon les groupes d’âge révèle des différences marquées dans la perception de l’éducation comme défi prioritaire. Les jeunes de 18 à 24 ans restent les plus préoc cupés par cette question, tandis que les personnes de 56 ans et plus l’évoquent beaucoup moins fréquemment. Tab. 8 Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le groupe d’âge et par édition du Mali-Mètre(MM8 à MM16) Groupe d’âge 18-24 ans 25-35 ans 36-55 ans 56 ans et plus Total général MM8 37,01 28,87 23,10 11,02 100,00 MM9 33,65 28,12 25,59 12,64 100,00 MM10 36,23 29,50 26,03 8,24 100,00 MM11 17,84 32,88 36,23 13,05 100,00 MM12 33,37 26,46 27,06 13,11 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) MM13 34,79 28,95 24,33 11,92 100,00 MM14 36,26 29,46 22,10 12,18 100,00 MM15 37,75 25,70 26,91 9,64 100,00 MM16 24,78 29,98 28,94 16,29 100,00 Les jeunes(18–24 ans): une préoccupation dominante mais en baisse récente Ce groupe reste majoritairement préoccupé par l’éducation. Leur part est élevée tout au long des éditions: 37,0 % en 2016(MM8), 33,7 % en 2017(MM9), 36,2 % en 2019(MM11), et même 37,8 % en 2024(MM15). Toutefois, une baisse im portante est observée en 2025(MM16) avec seulement 24,8 %. Cela pourrait refléter un sentiment d’épuisement ou de résignation face aux blocages persistants dans le sys tème éducatif, ou une montée d’autres préoccupations comme l’emploi ou la sécurité(Afrobarometer, 2022). Les jeunes adultes(25–35 ans): une préoccupation stable autour de 28–33 % Les 25–35 ans maintiennent une attention constante sur les enjeux éducatifs. Ils étaient 28,9 % à le mentionner en 2016(MM8), avec des pics à 32,9 % en 2019(MM11) et 30,0 % en 2025(MM16). Cette régularité s’explique proba blement par leur double position: concernés par la scolari sation de leurs enfants, mais aussi par les répercussions d’une formation inadaptée sur leur propre insertion profes sionnelle(source: PRODEC II, 2023). Les adultes(36–55 ans): une montée en puissance en 2019, puis une stabilisation Leur part grimpe à 36,2 % en 2019(MM11), bien au-dessus des niveaux observés les années précédentes(23,1 % en 2016, 25,6 % en 2017), avant de se stabiliser autour de 27– 29 % entre 2022 et 2025. Ce rebond peut refléter leur posi tion intermédiaire: parents actifs, mais aussi témoins des insuffisances du système éducatif malien sur le long terme. Les aîné.e.s(56 ans et plus): une sensibilité tardive mais croissante Historiquement moins préoccupé.e.s par l’éducation(8,2 % en 2018, 11,0 % en 2016), les plus de 56 ans montrent un in térêt croissant en 2025(16,3 %). Ce regain pourrait traduire une inquiétude accrue pour l’avenir des générations futures, ou un engagement citoyen renouvelé chez les seniors dans un contexte national instable(ODHD, 2023). 32 Bureau Mali Sexe: une préoccupation partagée mais légèrement plus forte chez les femmes L’analyse croisée entre l’accès à l’éducation et le sexe révèle une liaison statistiquement significative, avec des écarts modérés mais constants dans le temps. Les femmes dé cla-rent légèrement plus souvent que les hommes que l’ac cès à l’éducation constitue un défi majeur au Mali. Cette différence de perception, bien que tenue certaines années, reflète probablement une sensibilité accrue aux obstacles éducatifs vécus ou observés dans leur entourage, notam ment chez les filles. Les femmes: une sensibilité légèrement plus marquée, notamment en 2017, 2019 et 2021 Les femmes sont légèrement plus nombreuses à citer l’édu cation comme un défi durant plusieurs éditions: 53,6 % en 2017(MM9), 52,7 % en 2019(MM11) et 51,4 % en 2025 (MM16). Cette tendance pourrait s’expliquer par leur rôle central dans la gestion quotidienne de la scolarisation des enfants et leur exposition directe aux insuffisances du sys tème(infrastructures, sécurité, qualité de l’enseignement). L’ODHD(2023) souligne d’ailleurs que les femmes sont plus touchées par les obstacles à l’éducation, en particulier dans les zones rurales. Les hommes: une présence plus marquée en 2018 et 2020 À l’inverse, les hommes sont majoritaires dans la percep tion de l’éducation comme défi en 2018(53,6 %) et 2020 (52,1 %). Ces périodes correspondent à des contextes d’ins tabilité économique et de réforme du système éducatif, pouvant davantage interpeller ceux/celles qui occupent les rôles de soutien économique du foyer. Un équilibre global autour de 50/50 sur la période Sur l’ensemble des éditions, les écarts restent faibles: 50,96 % de réponses féminines contre 49,04 % masculines. Cela montre que l’éducation est une préoccupation par ta-gée par l’ensemble des citoyen.ne.s, indépendamment du genre, même si les formes de vécu et d’engagement va rient. Proportion de citoyen.ne.s citant l’accès à l’éducation parmi les trois principaux défis, selon le sexe et par édition du Mali-Mètre(MM8 à MM16) Sexe Féminin Masculin Total général MM8 50,66 49,34 100,00 MM9 53,55 46,45 100,00 MM10 46,42 53,58 100,00 MM11 52,67 47,33 100,00 MM12 47,94 52,06 100,00 MM13 51,09 48,91 100,00 MM14 49,58 50,42 100,00 MM15 50,20 49,80 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Tab. 9 MM16 51,39 48,61 100,00 Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 33 Accès à la justice L’analyse de la confiance dans la justice au Mali entre les éditions MM8(2017) et MM16(2025) montre une évolution marquée selon les années. Ce ressenti varie surtout en fonc tion de la période et du métier exercé: ces deux facteurs in fluencent régulièrement les réponses. D‘autres éléments comme la région, le niveau d’instruction ou l’âge jouent un rôle à certains moments, mais leur effet est moins constant. En revanche, le sexe ne semble pas influencer la perception de la justice. Cette évolution souligne l’importance du contexte social et professionnel dans le jugement porté sur la justice malienne. Évolution de la confiance totale en la justice selon la profession L’analyse de la variable« Totalement confiance en la justice malienne » selon les groupes professionnels, entre les édi tions MM8(2017) et MM16(2025), révèle des écarts mar qués, soulignant l’effet du statut professionnel sur la per ception des institutions judiciaires. Proportion de citoyen.ne.s ayant totalement confiance en la justice malienne, Tab. 10 selon la profession et par édition du Mali-Mètre(MM8 à MM16) Profession Aide-ménagère Apprenti/Aide au patron Autre Elève/Etudiant Femme au foyer Fonctionnaire(Etat, collectivités)/ Salarié Ne sais pas Patron à son propre compte Refus de réponse Retraité Salarié non étatique/salarié privé Sans emploi/ à la recherche d?emploi Total général MM8 5,54 6,75 3,13 8,43 26,75 5,78 MM9 2,22 5,00 15,00 23,33 5,56 MM10 3,89 2,99 10,78 22,75 5,09 MM12 5,19 5,56 3,33 8,52 28,15 5,93 MM13 2,34 4,69 6,25 9,38 22,66 3,91 MM14 2,33 10,36 4,15 8,55 24,35 3,63 MM15 2,30 7,95 7,53 9,21 23,43 3,35 MM16 2,29 8,72 2,98 9,63 22,71 2,75 26,02 27,22 35,93 27,78 31,64 24,09 27,20 32,57 3,37 7,47 6,75 100,00 1,67 10,00 10,00 100,00 3,29 7,78 7,49 100,00 2,96 5,93 6,67 100,00 1,17 6,25 11,72 100,00 2,85 14,77 4,92 100,00 2,72 6,28 10,04 100,00 2,06 6,65 9,63 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Les chefs d’entreprise: les plus confiants Les patrons à leur propre compte affichent, tout au long des éditions, des niveaux élevés de confiance totale. Après un pic à 35,9 % en 2018(MM10), leurs taux restent stables entre 24 % et 32 %, culminant à 32,6 % en 2025(MM16). Ce groupe semble percevoir la justice comme un outil protec teur ou favorable à leurs intérêts économiques. Les femmes au foyer: une confiance stable mais modérée Ce groupe montre une confiance relativement constante, avec des taux oscillant entre 22 % et 28 %. Elles restent la deuxième catégorie la plus confiante, ce qui peut traduire un attachement aux institutions, ou une moindre exposi tion aux contentieux judiciaires directs. Les élèves et étudiants: une confiance modérée mais régulière Avec des taux entre 8,4 % et 10,8 %, les jeunes en forma tion expriment une confiance modérée mais stable. Ce ré sultat pourrait refléter une vision plus idéalisée des institu tions, ou une moindre confrontation à des problèmes juri diques. Les salariés du secteur public: une baisse continue Chez les fonctionnaires, la confiance décline lentement, passant de 5,8 %(MM8) à 2,75 %(MM16). Cette chute pourrait s’expliquer par une désillusion vis-à-vis d’un sys tème censé les protéger mais dont les résultats ne semblent pas répondre à leurs attentes. Les salariés du secteur privé: des perceptions fluctuantes Leur confiance varie beaucoup: 14,8 %(MM14) puis chute à 6,6 %(MM16). Ce groupe semble plus sensible aux chan gements de climat économique ou judiciaire. Les sans-emploi: une confiance incertaine Les personnes sans emploi montrent une confiance incons 34 Bureau Mali tante, avec un pic en 2020(11,7 %) et une baisse en 2023 avant de remonter en 2025(9,6 %). Ces variations pour raient refléter un sentiment d’exclusion et une relation dis tante avec l’appareil judiciaire. Les aide-ménagères, retraités, apprentis: des taux faibles mais stables Ces groupes restent toujours en dessous des 10 %, sans évolution notable, ce qui traduit un rapport distancié à la justice, souvent liée à la précarité ou au désengagement ci vique. Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 35 Évolution de la confiance totale en la justice selon la région(MM8–MM16) L’analyse par région met en évidence de fortes disparités territoriales dans le niveau de confiance totale en la justice malienne. Si certaines régions enregistrent des niveaux glo balement plus élevés, d’autres peinent à dépasser les 5% sur plusieurs éditions, témoignant d’un rapport différencié à l’institution judiciaire selon les contextes locaux. Tab. 11 Proportion de citoyen.ne.s ayant totalement confiance en la justice malienne, selon la région et par édition du Mali-Mètre(MM8 à MM16) Région Bamako Gao Kayes Kidal Koulikoro Menaka Mopti Ségou Sikasso Taoudenni MM8 9,16 1,20 11,57 1,20 18,07 1,45 11,33 16,87 16,14 8,19 MM9 5,00 10,56 16,11 0,56 13,33 2,22 5,56 18,89 26,11 MM10 21,26 1,80 17,37 10,78 10,48 3,29 11,38 12,57 9,58 MM12 8,89 0,37 11,48 0,37 19,63 0,74 7,04 11,85 22,96 12,22 Tombouctou Total général 4,82 100,00 1,67 100,00 1,50 100,00 4,44 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) MM13 10,16 7,81 9,77 3,52 11,33 2,73 20,31 10,94 14,06 4,69 4,69 100,00 MM14 9,33 3,37 20,21 2,07 11,14 0,52 8,03 10,10 12,18 20,73 2,33 100,00 MM15 11,51 10,46 10,88 12,55 7,32 3,56 16,74 16,32 10,67 100,00 MM16 7,57 3,67 22,48 14,22 8,49 7,11 8,49 4,59 19,95 2,98 0,46 100,00 Kayes, Koulikoro et Sikasso: des niveaux globalement élevés et stables Dans les régions du Sud-ouest, la confiance en la justice reste relativement constante. Kayes affiche des proportions supérieures à 11 % dans presque toutes les éditions, avec une progression nette entre MM13(9,8 %) et MM16 (22,5 %). Koulikoro évolue dans une fourchette allant de 8,5 % à près de 20 %, marquant une appréciation modérée mais régulière. Sikasso, quant à elle, se distingue par des niveaux élevés et homogènes, culminant à plus de 19 % en MM16, ce qui témoigne d’une perception plus favorable du système judiciaire dans cette zone. sions sécuritaires. Tombouctou reste généralement en des sous de 5 %, sans évolution marquante. Taoudenni et Kidal: des pics ponctuels dans un contexte d’exclusion perçue Taoudenni connaît des pics visibles, notamment à MM11 (12,2 %) et MM13(20,7 %), suivis d’une baisse progressive. À Kidal, on observe une montée à MM13(3,5 %) et MM14 (2,1 %), puis un bond à 14,2 % en MM15, avant un repli. Ces dynamiques traduisent un rapport irrégulier à l’institution judiciaire, souvent lié à un sentiment d’éloignement ou de marginalisation. Mopti, Gao, Ménaka et Tombouctou: des évolutions irrégulières dans les zones en crise Dans les régions affectées par les conflits et l’instabilité, les niveaux de confiance varient fortement. Mopti, par exemple, enregistre un pic à 20,3 % en MM13, puis une baisse autour de 8–11 % dans les éditions suivantes. Gao et Ménaka oscillent autour de 1 à 10 %, avec une forte volatili té d’une édition à l’autre, ce qui peut refléter des percep tions influencées par l’accès inégal à la justice ou les ten Bamako: une tendance fluctuante, mais contenue Dans la capitale, la confiance totale reste relativement stable, oscillant entre 7 % et 13 % selon les années, avec un pic à MM11(18,3 %) et un creux à MM16(5,2 %). Cela pour rait refléter des perceptions ambivalentes, entre proximité institutionnelle et insatisfaction face à certaines pratiques, telles que la lenteur des procédures, la perception de favo ritisme ou la corruption. 36 Bureau Mali La confiance en la justice selon le niveau d’instruction(MM8–MM16) L’analyse révèle une hiérarchie persistante dans la confiance déclarée envers la justice, fortement influencée par le niveau d’instruction. Plus les répondant.e.s sont ins truit.e.s, moins ils/elles déclarent avoir une confiance totale dans le système judiciaire malien. Proportion de citoyen.ne.s ayant totalement confiance en la justice malienne, Tab. 12 selon le niveau d’instruction et par édition du Mali-Mètre(MM8 à MM16) Niveau d’instruction Aucun Primaire Secondaire Supérieur Total général MM8 41,20 31,33 15,66 11,81 100,00 MM9 36,11 37,22 19,44 7,22 100,00 MM10 41,92 29,04 17,96 11,08 100,00 MM13 41,02 32,03 14,84 12,11 100,00 MM14 52,07 22,02 17,36 8,55 100,00 MM15 42,68 30,96 12,55 13,81 100,00 MM16 41,97 29,36 19,50 9,17 100,00 Source: Analyse des données brutes de Mali-Mètre – édition XVI(2025), Friedrich-Ebert-Stiftung(FES) Les personnes sans instruction: les plus confiantes Les personnes sans niveau de formation affichent les ni veaux de confiance les plus élevés, atteignant un sommet de 52,1 % en 2021(MM14). Cette tendance reste globale ment stable, autour de 41–43 % sur l’ensemble de la pé riode. Ce résultat peut s’expliquer par une moindre exposi tion aux dysfonctionnements du système, ou une posture de résignation et de distance critique limitée face aux insti tutions. Les personnes ayant un niveau primaire: une confiance modérée et stable Ce groupe enregistre des taux de confiance autour de 29– 32 %, avec un léger recul depuis le pic de 37,2 % en 2019 (MM9). Leur regard semble davantage influencé par des at tentes non satisfaites vis-à-vis des services publics de jus tice, et une meilleure capacité à formuler un jugement cri tique. Les diplômés du secondaire: entre prudence et désillusion Avec une moyenne de 16,5 %, les titulaires d’un niveau se condaire expriment une confiance relativement faible. Les fluctuations observées, comme la baisse à 12,6 % en 2021 (MM14), pourraient refléter une conscience plus nette des lenteurs, biais ou limites de l’appareil judiciaire. Les diplômés du supérieur: les plus défiants envers la justice Les personnes les plus instruites sont également les plus critiques. Leur confiance totale reste en dessous de 14 % sur toute la période, tombant à 7,2 % en 2019(MM9). Ce ré sultat traduit une exigence plus élevée vis-à-vis des stan dards de fonctionnement de l’institution judiciaire, souvent perçue comme inefficace, politisée ou inaccessible. Au regard des constats effectués, des résultats obtenus et des enjeux identifiés tout au long de cette analyse, il appa raît nécessaire de proposer des recommandations concrètes, réalistes et adaptées au contexte local. Ces re commandations visent à renforcer l’efficacité des actions menées, à corriger les insuffisances observées et à mieux répondre aux besoins des bénéficiaires. Elles prennent en compte à la fois les défis structurels, les contraintes opéra tionnelles et les opportunités d’amélioration identifiées sur le terrain. Leur mise en œuvre contribuerait non seulement à optimiser les résultats du programme, mais aussi à ren forcer la durabilité des acquis. C’est dans cette optique que les pistes d’action ci-après sont formulées. Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 37 7. Recommandations opérationnelles À court terme(moins de 2 ans) Renforcer l’accès à l’éducation et à la santé pour les plus vulnérables Public cible: Gouvernement, partenaires techniques et financiers(PTF) → Déployer des écoles mobiles ou communautaires dans les zones à accès limité. → Recruter et former des enseignant.e.s et agents de santé locaux, surtout dans les zones rurales. → Mettre en place des campagnes gratuites de sensibilisa tion à la scolarisation des filles et à la santé maternelle. Appuyer les radios communautaires comme relais d‘information citoyenne Public cible: ministère de la Communication, société civile, collectivités → Soutenir les radios locales pour diffuser en langues na tionales des émissions sur les droits, la citoyenneté, la participation et la redevabilité. → Former des journalistes locaux à l’animation des débats publics. → Renforcer la transparence et la redevabilité dans la ges tion publique locale. Public cible: Collectivités territoriales, services déconcentrés → Mettre en place des cadres de dialogue citoyen.ne.s(co mités de veille, enquêtes de satisfaction, boîtes à plaintes). → Publier les budgets communaux dans des formats simples et accessibles. À moyen terme(2 à 5 ans) Mettre en œuvre une réforme participative du système éducatif Public cible: ministère de l’Éducation, PTF → Revoir les programmes pour les adapter aux réalités lo cales(langue, marché de l’emploi, citoyenneté). → Réintroduire l’éducation civique, les cours de droits hu mains et les langues nationales à l’école. → Intégrer les jeunes dans la gouvernance des établisse ments scolaires. Développer des dispositifs d’écoute et de justice de proximité Public cible: ministère de la Justice, collectivités → Créer des antennes de médiation communautaire et de justice mobile dans les zones enclavées. → Former les chefs de village, leaders religieux et tradition nels à la résolution pacifique des conflits. → Recommandations transversales(toutes échéances confondues) Renforcer l’approche genre dans les politiques publiques Public cible: Tous les acteurs(État, PTF, ONG, collectivités) → Intégrer des quotas d’implication féminine dans les ins tances locales de décision. → Mettre en place des systèmes d’écoute et de signale ment des violences fondées sur le genre. → Apporter des réponses audacieuses, structurelles et terri torialisées aux inégalités. → Orienter davantage les investissements vers les régions marginalisées en soutenant des approches participa tives, équitables et sensibles au genre(systématiser la planification et budgétisation sensible au genre, PBSG). S’appuyer sur les jeunes et les femmes comme acteurs du changement Public cible: Ministères en charge de la jeunesse, société civile → Soutenir les initiatives communautaires portées par les jeunes et les femmes(clubs d’écoute, théâtre citoyen, sensibilisation scolaire). → Créer des espaces de participation pour les jeunes et les femmes dans les communes et les conseils scolaires. 38 Bureau Mali 8. Conclusion Les inégalités mises en évidence dans cette étude ne sont pas de simples constats statistiques: elles traduisent une réalité vécue au quotidien par des millions de Malien.ne.s. L’accès inégal à la santé, à l’éducation, à la justice et à l’in formation affaiblit la cohésion nationale, mine la confiance dans les institutions et freine le développement du pays. Ces inégalités ne sont ni inévitables ni irréversibles. Elles appellent des réponses audacieuses, structurelles et territo rialisées. Nous appelons les autorités publiques à renforcer l’inclusion des citoyen.ne.s, en particulier les femmes, les jeunes et les personnes non instruites, dans les politiques publiques. Nous encourageons les partenaires techniques et financiers à orienter davantage leurs investissements vers les régions marginalisées, en soutenant des approches participatives, équitables et sensibles au genre. Investir dans l’égalité, c’est investir dans la paix, la stabilité et la prospérité du Mali. Les données sont claires. L’heure est à l’action. Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 39 À propos de l’auteur Siaka Sidibé est statisticien-démographe, spécialiste du suivi, évaluation, redevabilité et apprentissage, avec plu sieurs années d’expérience dans l’analyse des données d’enquête et l’évaluation de projets de développement. Titulaire d’un Master en démographie de l’Institut de For mation et de Recherche Démographique(IFORD) de Yaoundé, il a conduit plusieurs études et évaluations pour des organisations internationales telles que la FAO, le PAM, Oxfam et CRS, notamment dans des contextes frag iles et marqués par des conflits. Son expertise repose sur la maîtrise des méthodes quanti tatives(SPSS, Power BI, Excel) et des approches qualita tives, intégrant systématiquement une perspective de gen re et d’inclusion. Engagé pour une gouvernance inclusive et la cohésion so ciale, il contribue activement au renforcement des capac ités locales et à la production de connaissances utiles aux décideurs et aux citoyens. 40 Bureau Mali Inégalités au Mali à partir des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) 41 Inégalités au Mali à partir des données des données brutes de Mali-Mètre(2015-2025) Ce rapport propose une analyse approfondie des inégalités au Mali à partir des données de l’enquête d’opinion Mali-Mètre sur la période 2015–2025. Il met en lumière les disparités persistantes dans l’accès aux services sociaux essentiels, la participation citoyenne et la perception de la gouvernance, dans un contexte marqué par des crises politiques, sécuritaires et institutionnelles. Les résultats révèlent de fortes disparités territoriales et sociales. L’accès à la santé demeure un défi majeur, particulièrement dans les régions du Sud (Sikasso, Ségou, Kayes), tandis que les populations du Nord priorisent la sécurité. L’éducation est perçue comme un enjeu prioritaire par les jeunes et les personnes faiblement instruites, reflétant des inégalités structurelles. La justice suscite une confiance très variable selon les régions et le niveau d’instruction. Quant à la sécurité, elle est plus préoccupante dans les zones de conflits(Nord et Centre), avec des écarts significatifs entre hommes et femmes. La participation au dialogue inter-Maliens a révélé des inégalités d’accès à l’information et à l’invitation, touchant particulièrement les femmes, les jeunes et les populations faiblement instruites. De même, la perception d’inclusivité du processus varie fortement selon le sexe, l’âge et la région, traduisant un déficit de représentativité et de confiance dans les mécanismes de concertation nationale. La corruption et l’impunité apparaissent comme des préoccupations centrales. La majorité des citoyens perçoivent la justice comme corrompue, en particulier à Bamako, tandis que l’impunité est jugée très fréquente dans des régions comme Kidal et Tombouctou. Vous trouverez plus d’informations sur ce sujet sur: ↗ fes.de