A N A LYS E Dr Jean Noël Keïta Novembre 2025 Justice climatique au Mali Défis et perspectives Imprint Editeur Friedrich-Ebert-Stiftung Faso Kanu BP. 428 Bamako- Mali Tel.+223 44 90 60 30- 44 90 60 29 E-Mail: info@fes-mali.org Site web: ↗ www.mali.fes.de Département d’édition Département Afrique Responsables Svenja BODE, Représentante Résidente Abdourhamane DICKO, Directeur des programmes Contact Svenja BODE Svenja.Bode@fes.de Design/Layout Abdoul Malick Almaimoune Conception de la première page Abdoul Malick Almaimoune Impression et production Les opinions exprimées dans cette publication ne sont pas nécessairement celles de la Friedrich-EbertStiftung(FES). L’utilisation commerciale des médias publiés par la FES n’est pas autorisée sans le consen tement écrit de la FES. Les publications de la FES ne peuvent pas être utilisées à des fins de campagne électorale. Novembre 2025 © Friedrich-Ebert-Stiftung, Bureau Mali, 2025 ISBN 978-99952-75-52-5 D’autres publications de la Friedrich-Ebert-Stiftung sont disponibles ici: ↗ www.fes.de/publikationen Dr Jean Noël Keïta Novembre 2025 Justice climatique au Mali Défis et perspectives Sommaire Liste des abréviations ..............................................  3 Résumé éxecutif ...................................................  4 1. Introduction ....................................................  5 2. Concepts et approches associés ....................................  6 3. Cadres normatifs internationaux et nationaux et leurs enjeux sur le Mali ..  9 4. Analyse critique des politiques climatiques à l’aune de la justice climatique ....................................................  13 5. Plaidoyer, alliances et gouvernance partagée de la justice climatique ....  14 6. Médias, information et gouvernance équitable du climat ..............  15 7. Expériences locales pour une gouvernance équitable ..................  16 8. Vers un contentieux climatique au Mali? Obstacles et perspectives .....  17 9. Recommandations ..............................................  18 10. Conclusion ...................................................  19 Références ......................................................  20 Liste des abréviations AES ANICT CNCC CEDEAO CDN CCNUCC COP CREDD OSC FAO FES FFOM GIEC MEADD ONG ODD ONU PDSEC PMA PNACC PNCC PNG PolSAN PNUD SNCC SNEDD UEMOA USD Alliance des États du Sahel Agence Nationale d’Investissement des Collectivités Territoriales Comité National sur les Changements Climatiques Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest Contribution Déterminée au niveau National Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques Conférence des Parties Cadre Stratégique pour la Relance Économique et le Développement Durable Organisation de la Société Civile Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat Ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable Organisation Non Gouvernementale Objectifs de Développement Durable Organisation des Nations Unies Plan de Développement Social, Économique et Culturel Pays les Moins Avancés Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques Politique Nationale sur les Changements Climatiques Politique Nationale Genre Politique Nationale de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle Programme des Nations Unies pour le Développement Stratégie Nationale Climat du Mali Stratégie Nationale pour l’Émergence et le Développement Durable Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine Dollar américain Justice climatique au Mali: défis et perspectives 3 Résumé éxecutif Le Mali, très faiblement émetteur(0,06% des émissions mondiales), est parmi les pays les plus exposés aux effets du changement climatique. À l’horizon 2080, les scénarios climatiques indiquent une hausse des températures de+2 à +4,6°C, ainsi qu’une aggravation des sécheresses, des crues et des vagues de chaleur. Ces chocs fragilisent des moyens d’existence majoritairement fondés sur l’agriculture pluviale et l’agro-pastoralisme, aggravant insécurité ali mentaire, dégradation des sols et déplacements. Cette dis symétrie entre faible responsabilité et forte vulnérabilité met en lumière un paradoxe majeur: les populations les moins responsables du réchauffement climatique en subis sent les conséquences les plus lourdes. Devant ce para doxe, il est nécessaire d’apporter des réponses basées sur l’équité, la solidarité et les droits humains. Ce rapport examine l’intégration de la justice climatique dans les cadres internationaux et nationaux, ainsi que ses implications pour le Mali. Il s’agit d’une part, la CCNUCC, l’Accord de Paris, les ODD et le GIEC qui promeuvent des principes tels que la transition juste, l’égalité et la prise en compte des vulnérabilités, mais leur mise en œuvre de meure limitée dans les pays les moins avancés. Au niveau national, malgré l’existence de cadres structurants tels que la Constitution de 2023, la SNEDD, le PNCC, le PNACC et la CDN, la gouvernance climatique reste marquée par une fragmentation institutionnelle et une forte dépendance aux financements extérieurs. Cette dépendance chronique lim ite l’autonomie du Mali dans la planification climatique et reproduit une asymétrie structurelle entre bailleurs et ac teurs nationaux, contraire à l’esprit même de la justice cli matique. Cependant, des initiatives prometteuses, telles que les fonds climat décentralisés, l’agroécologie, le leader ship féminin et l’engagement des jeunes démontrent un potentiel pour la justice climatique. À l’issue de cet examen, ce rapport propose donc des sug gestions pratiques. Il s’agit, d’une part, d’inclure la justice climatique dans l’ensemble des politiques publiques afin de garantir un droit effectif à l’adaptation et à un environ nement sain. D’autre part, il convient de renforcer la budgétisation climatique et la décentralisation, en particu lier par la mise en place de fonds locaux climat et l’intégra tion du climat dans les plans territoriaux. Il convient d’ac croître la participation citoyenne et la coordination mul ti-niveaux en soutenant les plateformes nationales de justice climatique. Le rapport recommande également d’augmenter la représentation des pays du Sud dans la gouvernance climatique internationale et de faciliter l’accès aux financements pour les acteurs locaux. Enfin, il appelle à générer et exploiter des données détaillées sur les vul nérabilités climatiques, à promouvoir la recherche-action qui intègre les savoirs autochtones, afin d’ancrer les poli tiques dans les réalités locales. Pour conclure, il est impératif que la justice climatique guide les politiques publiques du Mali en direction d’une transition écologique durable, inclusive et solidaire. Elle est la condition d’un développement durable qui soit juste et pacifique. 4 Bureau Mali 1. Introduction Dans l’espace sahélien, et particulièrement au Mali, la jus tice climatique prend une signification singulière car elle ne peut être envisagée de la même manière que dans d’autres régions du monde. Les injustices climatiques y sont étroite ment liées à des vulnérabilités structurelles: pauvreté per sistante, dépendance aux ressources naturelles, faible in dustrialisation et gouvernance environnementale encore fragile. Cette spécificité s’inscrit dans un contexte géo graphique et social marqué par un climat semi-aride à forte variabilité, une avancée du désert, une pression démo graphique et des conflits récurrents autour de l’accès à la terre et à l’eau, ainsi qu’une résilience communautaire sou vent fondée sur des savoirs endogènes. Bien que responsable de moins 0,06% des émissions mon diales de gaz à effet de serre, le Mali, fortement dépendant de l’agriculture pluviale, tire plus de 80% de ses revenus d’un secteur exposé aux sécheresses et inondations soudaines qui accentuent la dégradation des sols, les conflits sociaux, l’insécurité alimentaire et les déplacements de populations(Ouedraogo et al., 2021; Ritchie, Roser& Rosa do, 2020 ; IPCC, 2022). Ces impacts touchent surtout les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés, révélant une profonde inégalité entre ceux qui subissent les effets du dérèglement climatique et ceux qui en sont historique ment responsables. Ce déséquilibre fonde le principe de justice climatique, orienté vers une solidarité réelle entre les pays du Nord et du Sud. Malgré plusieurs stratégies na tionales(PNCC, PNACC etc.), leur impact demeure limité en raison d’un manque de ressources, d’une faible coordi nation interinstitutionnelle, et surtout d’un déficit d’intégra tion entre les politiques climatiques, les politiques sectori elles(agriculture, énergie, eau, emploi) et les initiatives lo cales. Ainsi, la justice climatique offre un cadre de réflexion pour orienter les politiques publiques vers plus d’équité et de durabilité. Elle appelle à dépasser les solutions techniques pour intégrer les principes d’équité, de reconnaissance des vulnérabilités, de participation citoyenne et de solidarité in tergénérationnelle(Schlosberg& Collins, 2014). Pourtant, malgré l’intégration progressive de cette notion dans les cadres internationaux et africains, sa mise en œuvre con crète reste encore très limitée au Mali. Le pays fait face à de nombreux freins structurels comme l’accès restreint aux financements climatiques, le déficit de données fiables et l’exclusion des groupes vulnérables(Mfitumukiza et al, 2020; PNUD, 2023). Dans ce cadre, cette recherche offre une analyse critique et contextualisée des dynamiques de justice climatique au Mali, basée sur une étude détaillée des structures poli tiques, juridiques et programmatiques, enrichie par des retours d’initiatives locales. L’objectif est de repenser la gou vernance environnementale à partir des droits des popula tions particulièrement vulnérables, de conjuguer équité sociale, résilience territoriale et durabilité écologique, de valoriser les innovations communautaires et d’éclairer l’évolution, les limites et les perspectives d’une transition juste à travers des recommandations pragmatiques et réal isables. Justice climatique au Mali: défis et perspectives 5 2. Concepts et approches associés Concepts de justice climatique Définitions et principes fondamentaux La justice climatique désigne l‘application des principes de justice et d‘équité à la lutte contre le changement clima tique. Elle considère ce dernier non seulement comme une crise environnementale, mais aussi comme un enjeu de droits humains, de justice sociale et de solidarité in tergénérationnelle(IPCC, 2022 ; Carbo, 2023 ; Schlosberg& Collins, 2014). L’objectif est d’assurer que les politiques climatiques, qu’il s’agisse de réduction des émissions ou d’adaptation, soient mises en œuvre de manière équitable, en protégeant les populations les plus vulnérables et en répartissant de manière juste les coûts, responsabilités et bénéfices(Knox, 2018). Principes fondamentaux de la justice climatique La justice climatique repose sur quatre piliers fondamen taux qui offrent un cadre d’analyse et d’action pour des politiques climatiques plus justes à l’échelle locale, nation ale et globale. Justice distributive Elle concerne la répartition équitable des ressources, des efforts et des impacts climatiques entre les groupes so ciaux, les territoires et les générations. Ce pilier vise à cor riger les inégalités structurelles, les responsabilités dif férenciées aux niveaux international, national et local, ainsi que l’accès inégal aux mécanismes de résilience et de fi nancement(Schlosberg& Collins, 2014; Hughes& Hoff mann, 2020). Justice procédurale Elle garantit la participation équitable, inclusive et trans parente des populations concernées, en particulier les femmes, les jeunes et les communautés locales, à toutes les étapes des décisions climatiques. Cette forme de justice reconnaît le rôle central des capacités politiques locales et de l’autonomisation démocratique dans la lutte contre les inégalités environnementales(Holland, 2017; Newig et al., 2018). Justice de reconnaissance Ce pilier vise à valoriser les identités culturelles, les savoirs autochtones et les droits des groupes historiquement mar ginalisés. Il s’agit de reconnaître la pluralité des récits et expériences du changement climatique, souvent négligées dans les approches technocratiques dominantes(Fraser, 2008; Schlosberg, 2012). Justice intergénérationnelle Elle renvoie à l’obligation morale et politique de préserver les ressources naturelles et les conditions de vie pour les générations futures. Cette dimension est de plus en plus mobilisée dans les débats sur la durabilité, les litiges clima tiques et les droits des enfants face à l’inaction climatique (UNFCCC, 2018; Haapala& MacKenzie, 2022). Approches associées Le concept de justice climatique s’inscrit dans un champ interdisciplinaire, à l’intersection de plusieurs approches théoriques complémentaires. Ces cadres permettent de penser les inégalités environnementales comme des enjeux de société, de droits et de dignité humaine. Justice sociale et inégalités structurelles La justice sociale, selon Amartya Sen(2010), établit un lien fondamental entre les politiques climatiques et la réduc tion des inégalités économiques et sociales. Elle souligne que la vulnérabilité face au changement climatique n’est pas neutre, mais profondément façonnée par des rapports d’injustice structurelle, de pauvreté et d’exclusion. Cette ap proche invite à intégrer la justice distributive et la lutte contre la marginalisation au cœur des politiques clima tiques. Droits humains et responsabilités des États L’approche fondée sur les droits humains insiste sur le fait que le changement climatique compromet directement l’exercice de droits fondamentaux tels que la santé, l’eau, l’alimentation ou encore le logement. Pour Knox(2018), les États ont une responsabilité juridique croissante de pro téger ces droits face aux menaces environnementales. Ce tte approche ancre la justice climatique dans les instru ments juridiques internationaux existants et renforce la jus ticiabilité des violations environnementales. 6 Bureau Mali Justice environnementale et inégalités d’exposition La justice environnementale, développée notamment par Bullard(2005) et Agyeman et al.(2016), met en lumière la sur-exposition historique et systémique des populations marginalisées notamment les minorités ethniques, les femmes et les pauvres aux risques environnementaux. Elle révèle que les nuisances(pollution, risques climatiques, ac cès limité aux ressources) sont socialement distribuées de manière inégale, tant au sein des pays qu’à l’échelle mon diale. Enjeux et défis de la justice climatique Dimension internationale À l’échelle mondiale, la justice climatique repose sur le principe des responsabilités communes mais différenciées. Les pays historiquement grands émetteurs doivent assumer une part accrue des efforts en matière de financements, de transferts de technologies et de renforcement des capac ités, tandis que les pays faiblement émetteurs mais très vulnérables, comme le Mali, concentrent leurs actions sur l’adaptation. L’opérationnalisation du Fonds pour les pertes et préjudices lors de la COP28(Dubaï, 2023), doté de promesses initiales de plus de 700 millions de dollars, a marqué une avancée importante mais reste très en deçà des besoins, estimés à plusieurs centaines de milliards par an d’ici 2050. Dans le Sahel, les pertes et dommages sont déjà palpables, comme en témoignent les vagues de chaleur extrêmes de 2024(jusqu’à 48,5°C à Kayes), jugées hautement improba bles sans le réchauffement d’origine humaine. Ce constat illustre une injustice climatique criante: les pays les moins responsables subissent les impacts les plus graves. Dimension régionale Dans la région ouest-africaine, plus précisément dans le sahel, les enjeux climatiques sont marqués par une grande variabilité des précipitations, un réchauffement des températures et un phénomène de désertification qui in tensifie la contrainte sur les ressources naturelles com munes, en particulier les terrains de pâturage et les bassins fluviaux. Ces mouvements alimentent des conflits de plus en plus importants concernant la transhumance et la mo bilité pastorale(CEDEAO, 2021). De plus, la région subit une augmentation rapide de sa demande en énergie, étant encore fortement dépendante de la biomasse traditionnelle et des importations d‘hydrocarbures. Cependant, elle pos sède un potentiel immense en énergies renouvelables (solaires, hydroélectriques, éoliennes) dont le développe ment coordonné au sein de l‘UEMOA et de la CEDEAO pourrait favoriser à la fois l‘atténuation et l‘adaptation (IRENA, 2022). La gouvernance climatique régionale constitue donc un en jeu déterminant pour renforcer la solidarité entre les pays du sahel. Malgré les disparités entre les politiques nation ales, l‘insuffisance de financement et l‘insécurité qui frei nent son efficacité, elle reste indispensable pour coordon ner les efforts d’adaptation et d’atténuation. Situé au carre four des itinéraires de transhumance et lié aux marchés énergétiques ouest-africains, le Mali, occupe une position centrale. Son engagement continu dans les mécanismes ré gionaux est essentiel pour promouvoir une transition juste et durable. Dimension nationale Au Mali, la justice climatique revêt une signification spéci fique en raison de la forte dépendance à l‘agriculture pluvi ale, qui constitue la source de revenus majeure pour plus de 80% des habitant.e.s. Les zones du Nord et du Centre sont spécialement vulnérables aux sécheresses prolongées, aux vagues de chaleur et aux inondations subites, intensifi ant ainsi la détérioration des terres, l‘insécurité alimentaire et les mouvements de population. Il est primordial de pro téger les groupes vulnérables tels que les femmes rurales, les jeunes, les pasteurs et les agriculteurs familiaux, ainsi que les personnes déplacées internes. Malgré des progrès notables avec la mise à jour de la CDN, le plan Genre et Climat, des initiatives pilotes de financement climatique décentralisé, leur impact demeure restreint. Une protection véritable nécessite l‘instauration de mécanismes d‘inclu sion stricts, un accès égalitaire aux ressources et une impli cation réelle dans les décisions relatives au climat. À dé faut, la mal-adaptation pourrait exacerber les disparités. Genre et justice climatique La question du genre et justice climatique ne se limite pas à la condition des femmes: elle revoie à l’ensemble des rapports sociaux entre les sexes et aux inégalités structur elles qui façonnent la vulnérabilité face au changement cli matique(Arora-Jonsson, 2011). Dans les zones rurales, les femmes jouent un rôle essentiel dans l’agriculture, la ges tion de l’eau et la sécurité alimentaire, mais leur accès à la terre agricole, au crédit et aux instances de décision reste limité, ce qui fragilise leur adaptation. Les hommes, quant à eux, subissent également les impacts spécifique:la perte des moyens de subsistance, la migration forcée, ou la pres sion sur les ressources naturelles modifient les équilibres économiques et sociaux dans les ménages et des commu nautés(Djoudi et al, 2016). Dans les régions du Nord et du Centre du Mali, les jeunes sont particulièrement exposés à la dégradation de l’environnement et à l’insécurité, aggra vant leur précarité socio-économique. Une approche de justice climatique sensible au genre doit donc s’attacher à corriger ces inégalités entre les femmes et les hommes, à garantir une participation et responsabil ités différenciées de chacun dans la construction de la résilience. Ces inégalités croisées produisent une vulnéra bilité systémique, où les plus exposés aux impacts du changement climatique disposent du moins de moyens pour s’y adapter. Justice climatique au Mali: défis et perspectives 7 Défis structurels de la justice climatique au Mali L’émergence d’une véritable justice climatique au Mali de meure entravée par un ensemble divers obstacles inter dépendants. En premier lieu, l’exclusion sociale persistante limite la participation des femmes rurales, des jeunes, des éleveurs et des déplacé.e.s internes aux processus décision nels et à l’accès aux financements, reproduisant ainsi des inégalités dans la mise en œuvre des politiques clima tiques. À cela s’ajoutent l’instabilité politique et l’insécurité, qui orientent les priorités nationales vers les urgences sécu ritaires au détriment de l’adaptation et de la transition écologique. Par ailleurs, la faiblesse des outils de suivi et le déficit de données fiables freinent la planification, le sui vi-évaluation et la transparence des programmes environ nementaux. Certaines initiatives, parfois mal conçues, ont même conduit à des formes de mal-adaptation: restriction des parcours pastoraux, marginalisation des petits ex ploitants ou concentration des bénéfices entre les mains des acteurs déjà favorisés. De plus, la raréfaction des res sources naturelles accentue les migrations et les conflits in tercommunautaires, fragilisant à la fois les zones de départ et celles d’accueil. Enfin, le contentieux climatique reste embryonnaire: bien que la Constitution de 2023 recon naisse le droit à un environnement sain, l’accès à la justice demeure limité par le manque de moyens, l’insuffisance de compétences juridiques spécialisées et la persistance d’une centralisation institutionnelle qui freine la participation lo cale. 8 Bureau Mali 3. Cadres normatifs internationaux et nationaux et leurs enjeux sur le Mali L’intégration de la justice climatique dans les cadres nor matifs internationaux et régionaux s’est consolidée au cours de la dernière décennie, sous l’impulsion des mobili sations du Sud global et de l’évolution du débat scienti fique. Toutefois, cette reconnaissance demeure inégale et parfois symbolique. Intégration dans les cadres internationaux, continentaux et régionaux Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques Si la CCNUCC a constitué une avancée historique en recon naissant le principe de responsabilité communes mais dif férenciées, elle reste limitée dans sa capacité à concrétiser la justice climatique. En pratique, les déséquilibres de pou voir et de moyens entre les pays du Nord et du Sud persis tent. Les mécanismes financiers, comme le fonds vert pour le climat, demeurent complexes d’accès et peu adaptés aux réalités institutionnelles des pays les plus vulnérables, tels que le Mali. De plus, la CCNUCC privilégie une approche technique et globale au détriment d’une vision humaine et équitable de la vulnérabilité. Inégalités de genre, de génération ou de territoire sont peu considérés, alors qu’elles conditionnent directement la résilience des communautés à faire face au changement climatique. La CCNUCC demeure ainsi in achevée dans sa mise en œuvre, faute d’instruments con crets pour traduire ses principes d’équité en actions correctrices des injustices climatiques.. Accord de Paris L’Accord de Paris, adopté en 2015 lors de la 21ᵉ Conférence des Parties(COP21), marque une étape décisive dans la gouvernance mondiale du climat. Il reconnaît que le changement climatique constitue une menace« immédiate et potentiellement irréversible» pour les sociétés humaines et la planète, et qu’il exige une coopération internationale fondée sur l’équité, la solidarité et les droits humains, y compris le droit au développement, l’égalité de genre et la justice intergénérationnelle. Ces fondements traduisent une reconnaissance implicite de la justice climatique comme pilier éthique de l’action collective. L’Accord a renforcé la reconnaissance de la justice clima tique en intégrant les notions les notions de transition juste et d’équité entre les États, cependant ces principes restent symboliques: l’absence d’obligations contraig nantes et la domination des logiques de marché limitent l’accès équitable aux financements et la distribution réelle des efforts. Pour un pays comme le Mali, fortement dépendant des fi nancements extérieurs, les Contributions Déterminées au niveau National(CDN) renforcent cette dépendance sans garantir des mécanismes d’indemnisation effectifs ni un appui durable à l’adaptation. L’accord légitime les de mandes du Mali en faveur d’un accès équitable au finance ment climatique, mais les modalités actuelles d’accès rest ent dominées par des acteurs du Nord et peu adaptées aux capacités institutionnelles nationales. Bien que l’Accord légitime les revendications du Mali en faveur d’un accès équitable aux ressources climatiques mondiales, la concrétisation de ces engagements demeure incertaine. La promesse d’une transition juste reste encore sans traduction sociale tangible: la participation commu nautaire, la protection des groupes vulnérables et la redis tribution des bénéfices liés à l’action climatique restent in suffisamment intégrées aux mécanismes de mise en œu vre. Ainsi, malgré son ambition universelle, l’Accord de Paris re produit des inégalités qu’il prétend corriger. La justice cli matique y reste davantage une promesse plus que réalité. Objectifs de Développement Durable(ONU, 2015) Les Objectifs de Développement Durable(ODD) constitu ent un cadre global ambitieux, mais leur contribution à la justice climatique reste inégalement opérationnelle. L’ODD 13 met l’accent sur l’action climatique, tandis que les ODD 5 et 10 soulignent l’égalité et la réduction des inégalités, principes centraux de la justice climatique. Cependant, la mise en œuvre demeure souvent sectorielle et décon nectée, sans réelle coordination entre les dimensions envi ronnementales, sociales et économiques. Le principal défi réside dans le déficit d’équité et de redeva bilité: les pays vulnérables, comme le Mali, manquent de moyens pour atteindre ces objectifs, alors même qu’ils en subissent le plus les conséquences. La dépendance aux fi nancements extérieurs et l’absence d’indicateurs spéci Justice climatique au Mali: défis et perspectives 9 fiques sur la justice climatique limitent la portée transform ative du cadre des ODD. Ainsi, malgré leur cohérence normative, les ODD restent plus déclaratifs qu’opérationnels s’ils ne s’accompagnent pas de mécanismes de suivi équitables, de financements adaptés et d’une reconnaissance explicite des inégalités cli matiques entre les territoires et les populations. Rapports du GIEC Les rapports du GIEC constituent une base scientifique importante pour la justice climatique, en mettant en évidence les inégalités de vulnérabilité et la nécessité d’approches différenciées selon les contextes. Toutefois, leur portée reste limitée par une traduction politique souvent techno cratique et distante des réalités locales. Pour le Mali, ces rapports renforcent la légitimité de la pri orité donnée à l’adaptation, mais leur effet demeure condi tionné par la capacité à intégrer les savoirs locaux, les in égalités sociales et les disparités territoriales dans les poli tiques climatiques. Agenda 2063 de l’Union Africaine L’Agenda 2063 représente un cadre stratégique africain por teur d’une vision de justice climatique fondée sur l’équité, la durabilité et la souveraineté environnementale. Cepend ant, sa mise en œuvre demeure freinée par une dépendance persistante aux financements extérieurs et par des écarts entre les ambitions régionales et les capacités nationales. Pour le Mali, les programmes phares comme la Grande Muraille Verte ou l’Adaptation de l’Agriculture Afri caine traduisent une volonté réelle d’action, mais leur im pact reste limité sans mécanismes de suivi inclusifs et un ancrage communautaire solide. L’Agenda 2063 offre ainsi une orientation prometteuse, encore incomplète pour ga rantir une justice climatique concrète et partagée. Politiques climatiques sous-régionales L’UEMOA soutient des actions comme la réhabilitation de bassins versants et la création de couloirs de transhumance entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger pour réduire les conflits liés aux ressources. Ces initiatives montrent le po tentiel d’une gouvernance climatique concertée, mais leur effet dépend d’une meilleure intégration dans les politiques nationales et d’une participation accrue des acteurs locaux. Le défi pour le Mali est désormais de transformer ces en gagements régionaux en actions concrètes et équitables à l’échelle nationale et locale. Documents cadres nationaux Ces dernières années, le Mali s’est doté de plusieurs cadres stratégiques pour faire face aux effets du changement cli matique, notamment la SNEDD, la PNE, le PNCC, la SNCC, le PNACC, la CDN, la PNG, la PolSAN et la nouvelle Con stitution de 2023 qui consacre le droit à un environnement sain. L’objectif est d’analyser dans quelle mesure ces tex tes prennent en compte la justice climatique(équité, inclu sion, protection des vulnérables) et d’en identifier les éven tuelles limites. Constitution du Mali(2023) et droit à l’environnement La Constitution malienne adoptée en 2023 marque une avancée majeure en matière de justice environnementale et climatique. L’article 22 proclame que« toute personne a droit à un environnement sain et durable »(Constitution Mali, 2023), consacrant ce droit comme fondamental. L’arti cle 25 établit une responsabilité partagée entre l’État et les citoyens pour protéger l’environnement et promouvoir la qualité de vie. Ces principes ouvrent des perspectives importantes pour la justiciabilité de la justice climatique au Mali dans la mesure où citoyens, ONG et collectivités peuvent s’en saisir pour exiger des politiques climatiques plus ambitieuses ou contester les inactions. Toutefois, l’inscription dans le texte fondamental ne garantit pas sa mise en œuvre effective. Pour que cette reconnaissance devienne un outil réel de justice climatique, il faut un cadre législatif opérationnel, des juridictions formées aux contentieux environnementaux, ainsi qu’une société civile structurée et proactive, ca pable d’exercer une veille et un plaidoyer cohérents. Le droit constitutionnel à l’environnement ne prendra tout son sens que s’il s’accompagne d’une mobilisation collective et d’une volonté politique de traduire le principe en actions concrètes. Stratégie Nationale pour l’Émergence et le Développement Durable La SNEDD 2024–2033 se distingue du CREDD par un dis cours plus explicite sur la durabilité, l’équité et la résilience climatique. Toutefois, cette différence relève davantage de la formulation que d’un véritable changement d’approche. Comme le CREDD, la SNEDD conserve une logique es sentiellement programmatique, où la justice climatique ap paraît davantage comme une intention politique que comme un cadre d’action mesurable. La stratégie reconnaît la vulnérabilité des groupes sociaux marginalisés et ac corde une place à la participation et à l’équité de genre, mais sans préciser les mécanismes de redistribution, les in dicateurs de suivi ni les moyens financiers suffisants pour concrétiser ces engagements. Le budget alloué à l’action climatique reste symbolique, et la gouvernance intersecto rielle demeure peu opérationnelle. Ainsi, la SNEDD, bien qu’elle introduise un langage plus inclusif, s’inscrit dans la continuité des cadres antérieurs. Elle risque de rester un document d’intention si elle ne s’accompagne pas d’outils concrets de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation centrés sur les principes de justice climatique. 10 Bureau Mali Politique Nationale sur les Changements Climatiques(PNCC) La PNCC de 2011 a posé les bases de la gouvernance clima tique au Mali, mais elle demeure largement technocratique dans son approche. Conçue avant la diffusion du concept de justice climatique, elle a privilégié les dimensions insti tutionnelles et techniques(atténuation, adaptation, trans fert de technologies) sans véritable prise en compte des in égalités sociales, territoriales ou de genre. Si la PNCC a in troduit la concertation entre acteurs et l’intégration intersectorielle, elle n’a pas su transformer ces principes en mécanismes inclusifs de participation ou de redistribution. L’absence d’une approche fondée sur les droits humains, la faible articulation avec les politiques sociales et la non-pri orisation des groupes vulnérables limitent son alignement aux exigences contemporaines de la justice climatique. Ainsi, la PNCC a constitué un cadre fondateur mais partiel, davantage orienté vers la gestion environnementale que vers la correction des inégalités climatiques. Sa révision devrait viser une intégration explicite de la dimension so ciale, de l’équité et de la participation communautaire. Stratégie Nationale Climat du Mali(SNCC) La SNCC de 2021 marque une actualisation du cadre clima tique national en intégrant les axes de l’Accord de Paris. Toutefois, son approche demeure largement technico-sec torielle et centrée sur la planification, plutôt que sur la jus tice climatique. La création d’un Fonds Climat national représente une avancée, mais son opérationnalisation reste lente et insuffisamment orientée vers les groupes les plus vulnérables. La participation communautaire, la valorisa tion des savoirs locaux et la transparence institutionnelle demeurent limitées, ce qui freine l’émergence d’une gou vernance réellement inclusive. La SNCC constitue donc un progrès en matière de coordination, mais elle reste partiel lement alignée avec les principes de justice climatique. Elle gagnerait à renforcer l’équité territoriale, l’inclusion sociale et la redevabilité dans la mise en œuvre de ses actions. Ces limites de la SNCC illustrent la difficulté persistante à tra duire les engagements climatiques en politiques équita bles. L’analyse du Plan National d’Adaptation aux Change ments Climatiques permettra de voir comment le Mali tente d’intégrer plus concrètement la dimension d’équité dans ses actions d’adaptation. Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques Adopté en 2021, le Plan National d’Adaptation aux Change ments Climatiques(PNACC) constitue la stratégie princi pale du Mali pour faire face aux effets du changement cli matique jusqu’en 2030. Il prolonge la PNCC de 2011 et s’aligne sur les engagements internationaux. Cinq secteurs sont jugés prioritaires, notamment l’agriculture, l’eau, la santé, les infrastructures et la biodiversité. Le plan vise à intégrer l’adaptation dans les politiques publiques et les budgets, tout en renforçant les capacités locales avec l’ap pui de partenaires comme le PNUD et le Fonds vert pour le climat. Bien que le terme de« justice climatique» n’y figure pas explicitement, le PNACC en intègre plusieurs principes comme la réduction des vulnérabilités, l’inclusion des femmes et des groupes marginalisés et la participation lo cale. L’adaptation y est conçue comme un levier d’équité sociale et territoriale. Le PNACC intègre la prise en compte des différences territoriales en s’appuyant sur le principe de décentralisation déjà en vigueur au Mali. Le plan encour age l’articulation entre les priorités nationales et les Sché mas Régionaux d’Aménagement du Territoire(SRAT) ou autres plans locaux, afin que chaque collectivité puisse in tégrer les objectifs d’adaptation dans ses propres politiques et budgets. Cette approche vise à répondre aux vulnérabil ités spécifiques des zones sahéliennes, fluviales ou ur baines, tout en tenant compte des disparités socio-économiques et environnementales. Toutefois, la mise en cohérence dépend fortement de mécanismes opérationnels de coordination inter-niveaux et de financements dédiés, sans lesquels l’adaptation risquerait de rester iné galement appliquée d’un territoire à l’autre. Contribution Déterminée au niveau National(CDN) du Mali La justice climatique n’est pas mentionnée explicitement dans la CDN du Mali, mais plusieurs de ses orientations en traduisent les principes de manière implicite. La CDN du Mali, actualisée en 2021, traduit son engagement dans l’Ac cord de Paris. Elle vise une réduction conditionnelle des émissions(jusqu’à –39 % selon les secteurs d’ici 2030) et met l’accent sur l’adaptation, notamment la gestion dura ble des ressources, l’inclusion des groupes vulnérables et l’intégration de l’adaptation dans les politiques publiques. Son coût estimé est de 12,34 milliards USD, majoritaire ment dédié à l’adaptation. La CDN du Mali intègre l’égalité de genre comme principe transversal, en cohérence avec l’Accord de Paris et les Objectifs de Développement Dura ble, car les femmes, particulièrement en milieu rural, sont parmi les plus exposées aux impacts du changement cli matique du fait de leur forte dépendance aux ressources naturelles et de leur accès limité aux terres, au crédit et aux technologies. La CDN prévoit des mesures spécifiques pour renforcer leur résilience, telles que la formation des agricul trices, l’accès accru aux énergies renouvelables, l’allége ment de la charge de travail domestique, leur participation aux instances locales de décision et la création d’emplois verts. La justice climatique passe par la prise en compte des besoins et savoirs de toutes et tous, et qu’une transition bas-carbone inclusive renforce durablement la résil ience des communautés. Pour contribuer à une véritable justice climatique, la CDN devrait renforcer trois dimensions: l’équité distributive, en assurant que les financements atteignent effectivement les populations les plus exposées; la justice procédurale, en garantissant la participation effective des communautés lo cales aux décisions et la justice de reconnaissance, en val orisant les savoirs locaux et les pratiques endogènes d’ad Justice climatique au Mali: défis et perspectives 11 aptation. Une telle démarche permettrait à la CDN de dé passer la simple conformité aux engagements internationaux pour devenir un véritable levier d’équité et de transformation sociale. Politique nationale de l’environnement La Politique Nationale de l’Environnement de 1998 a con stitué une étape importante dans l’institutionnalisation des préoccupations environnementales au Mali, mais elle de meure marquée par son époque. Élaborée avant la montée des enjeux climatiques mondiaux, elle aborde l’environne ment sous un angle général, sans prise en compte explicite du changement climatique ni de ses dimensions sociales. Si la PNE énonce des principes d’équité et de participation, ceux-ci restent largement formels et dépourvus de disposi tifs concrets de mise en œuvre. L’absence de ciblage des populations vulnérables(femmes, jeunes, ruraux) et de mé canismes de suivi réduit sa pertinence face aux exigences contemporaines de la justice climatique. Cette politique gagnerait à être révisée et actualisée afin d’intégrer les nouveaux cadres internationaux, d’articuler équité environ nementale et résilience climatique, et de renforcer le rôle des collectivités et de la société civile dans la gouvernance environnementale. Sans cette mise à jour, la PNE reste un cadre fondateur, mais obsolète pour répondre aux défis de justice et d’adaptation actuels. La Politique Nationale Genre(PNG) La Politique Nationale Genre(PNG) du Mali promeut l’égalité femmes-hommes dans l’accès aux ressources, la participation, et les droits, ce qui rejoint certains principes de justice climatique. Elle renforce la justice distributive (accès équitable aux services et ressources) et procédurale (participation des femmes à la prise de décision). Cepend ant, elle ne prend pas en compte les impacts différenciés du changement climatique, ni les savoirs écologiques lo caux portés par les femmes. Elle n’aborde ni la reconnais sance des injustices climatiques, ni la dimension in tergénérationnelle liée à la durabilité. Une révision in tégrant ces éléments permettrait d’en faire un levier fort de justice climatique. Politique Nationale de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle La PolSAN soutient les groupes vulnérables(pauvres, femmes, jeunes) via des filets sociaux, microcrédits et di versification afin de renforcer la résilience alimentaire face aux chocs climatiques. Toutefois, l’absence de mécanismes de compensation limite sa portée en termes de justice dis tributive. Sur le plan procédural et de reconnaissance, bien qu’elle encourage la participation locale, la PolSAN reste vague sur l’inclusion des populations les plus touchées et n’aborde pas la responsabilité historique ni la solidarité in ternationale. Elle renforce la résilience alimentaire sans for maliser une approche complète de justice climatique, con trairement à la CDN. 12 Bureau Mali 4. Analyse critique des politiques climatiques à l’aune de la justice climatique Le Mali s’est progressivement doté de plusieurs cadres stratégiques pour faire face au changement climatique, tels que la PNCC, la SNCC, le PNACC, la CDN et la SNEDD. Ces documents traduisent une réelle volonté politique d’in tégrer les enjeux climatiques dans les politiques publiques. Toutefois, la justice climatique y apparaît davantage comme une aspiration que comme un principe structurant. Les textes insistent sur la vulnérabilité, l’équité et l’inclu sion, mais ces notions ne se traduisent pas toujours en mécanismes clairs de mise en œuvre et de redevabilité. La gouvernance institutionnelle reste dominée par une forte centralisation. Les principaux organes, à savoir le MEADD, l’AEDD, le CNCC et l’ANICT, jouent chacun un rôle important, mais leurs actions manquent de cohérence. Les responsabilités sont souvent mal réparties, les ressources limitées et les mécanismes de coordination peu efficaces. Malgré les réformes entreprises, comme la création du Fonds Climat Mali ou l’adoption du Plan national d’adapta tion, l’impact demeure limité faute de moyens et de suivi opérationnel. Les collectivités territoriales occupent une place essentielle dans la décentralisation climatique, mais elles ne disposent ni des ressources financières ni des capacités techniques nécessaires pour agir efficacement. Les expériences locales menées dans certaines communes montrent pourtant qu’une gouvernance de proximité, fondée sur la participa tion et la concertation, peut renforcer la résilience des com munautés. Ces démarches gagneraient à être étendues, soutenues financièrement et institutionnalisées afin de de venir des instruments durables de justice climatique territo riale. Sur le plan social, la participation des groupes vulnérables reste insuffisante. Les femmes, les jeunes et les popula tions rurales figurent dans les priorités des politiques cli matiques, mais leur implication dans la prise de décision demeure souvent symbolique. Les savoirs locaux, notam ment ceux des femmes et des communautés rurales, sont peu reconnus alors qu’ils représentent une ressource précieuse pour concevoir des solutions adaptées. Une véritable justice climatique suppose que ces groupes ne soient plus considérés comme bénéficiaires, mais comme acteurs à part entière des politiques publiques. Le secteur privé et les syndicats, pourtant essentiels à la justice climatique, demeurent faiblement impliqués. Les in vestissements verts, la création d’emplois durables et la re conversion professionnelle restent marginaux. Un cadre in citatif plus clair pourrait stimuler leur engagement et fa voriser l’émergence d’un tissu économique résilient, fondé sur la durabilité et la responsabilité sociale. Enfin, la question de la transparence et du suivi des poli tiques reste préoccupante. Les dispositifs d’évaluation se concentrent sur les réalisations matérielles, sans mesurer suffisamment les effets sur les inégalités sociales ou terri toriales. Sans indicateurs d’équité, il devient difficile d’éval uer si les politiques réduisent réellement les injustices cli matiques. Dans l’ensemble, le Mali ne souffre pas d’un manque de cadres, mais d’un manque d’effectivité. La justice clima tique ne se résume pas à la reconnaissance de la vulnéra bilité: elle implique une redistribution équitable des res sources, une participation réelle des citoyens et une recon naissance des savoirs et des droits locaux. Pour que les politiques existantes deviennent des instruments de justice, il est essentiel de renforcer la gouvernance partagée entre l’État, les collectivités et la société civile, de faciliter l’accès aux financements pour les communautés et de garantir la transparence dans l’allocation des ressources. La réussite de la justice climatique au Mali dépendra de la capacité collective à replacer la justice sociale, territoriale et in tergénérationnelle au cœur de l’action publique. Justice climatique au Mali: défis et perspectives 13 5. Plaidoyer, alliances et gouvernance partagée de la justice climatique Le plaidoyer constitue un levier essentiel pour faire pro gresser la justice climatique(Hargreaves et al., 2013). Des réseaux comme le Climate Action Network Afrique ou la plateforme Climat Mali portent la voix des communautés vulnérables aux niveaux national et international, notam ment lors des COP(FES, 2023; Bulkeley et al., 2014). Ces actions collectives visent un accès équitable aux finance ments, la reconnaissance des pertes et dommages, et une gouvernance climatique plus inclusive. Au Mali, la société civile, les syndicats, les chercheurs et les organisations communautaires jouent un rôle croissant dans ce plaidoyer. En documentant les impacts climatiques locaux et en valorisant les savoirs endogènes, ces acteurs contribuent à relier la science, les politiques publiques et les expériences de terrain. Toutefois, ces dynamiques de meurent fragiles, souvent dépendantes de financements extérieurs et peu coordonnées. Pour qu’elles deviennent de véritables leviers de gouvernance partagée, il est nécessaire de renforcer la structuration des alliances, d’appuyer les ca pacités organisationnelles et d’assurer une représentation durable de la société civile dans les espaces de décision (Ostrom, 2010). 14 Bureau Mali 6. Médias, information et gouvernance équitable du climat Les médias, et surtout les radios rurales, sont un maillon essentiel: selon Mali-Mètre 2025, 30,8% des Maliens citent la radio comme principale source d’information, proportion qui grimpe à 44,5% chez les personnes sans instruction. Avec près de 500 stations dans le pays, elles constituent un canal stratégique pour diffuser des informations clima tiques en langues locales, sensibiliser aux risques et val oriser les initiatives locales. Au-delà de la simple diffusion d’informations, elles rapprochent les politiques publiques des réalités locales et favorisent l’expression citoyenne sur les enjeux environnementaux. Toutefois, leur potentiel reste sous-exploité, faute de moyens, de formation spécialisée et de partenariats structurés avec les institutions. Le renforce ment des capacités journalistiques et la création de syner gies entre médias, institutions publiques et société civile contribueraient à faire des radios rurales un véritable outil de justice climatique. Un meilleur usage des radios rurales renforcerait la participation citoyenne, la transparence et l’équité dans la gouvernance climatique. Justice climatique au Mali: défis et perspectives 15 7. ​Expériences locales pour une gouvernance équitable Au Mali, un certain nombre d’initiatives de proximité démontrent que la justice climatique peut être mise en œu vre si elle s’appuie sur des démarches participatives, inclu sives et ajustées aux contextes locaux. Elles traduisent une forme de gouvernance de proximité où les communautés deviennent des actrices à part entière de l’adaptation, en associant leurs savoirs, leurs pratiques et leurs priorités aux décisions publiques. En dépit de l’insécurité, de la pauvreté et des restrictions institutionnelles, ces initiatives démon trent le potentiel d’innovation et d’engagement des interve nants locaux. Elles ont contribué à renforcer la cohérence entre action locale et politiques nationales, tout en légitim ant une gouvernance climatique plus équitable et partagée. Elles montrent qu’une justice climatique effective passe par la reconnaissance des territoires comme espaces de déci sion et d’expérimentation, où la participation citoyenne devient un levier de transformation institutionnelle. Parmi ces expériences, les fonds climat décentralisés(DCF) constituent une innovation majeure. En confiant directement aux communes rurales la gestion de ressources fi nancières destinées à l’adaptation, ils incarnent un trans fert réel de pouvoir et de responsabilité aux collectivités lo cales. Portés par des ONG internationales en collaboration avec les communes, ces fonds délèguent aux collectivités locales la gestion directe de ressources climatiques, en cohérence avec la politique nationale de décentralisation et le Plan National d’Adaptation(PNA). Ils permettent d’iden tifier et de financer des priorités locales, restauration des sols, aménagements hydrauliques, reboisements commu nautaires en ciblant les populations les plus vulnérables. Ils permettent donc de cibler les plus vulnérables et de réduire l’écart entre stratégie nationale et action locale. Les DCF constituent une preuve de concept pour une finance clima tique localisée, inclusive et sensible aux inégalités. D’autres démarches reposent sur des conventions locales de gestion des ressources naturelles, particulièrement développées dans les régions du Centre et du Nord. Elles traduisent la volonté des acteurs locaux de formaliser des règles partagées sur l’accès et l’usage des terres, des forêts et des eaux, dans un contexte de tensions multiples. Dével oppées avec l’appui d’ONG/organismes internationaux et des autorités locales, elles favorisent la gouvernance par ticipative des terres et de l’eau, préviennent les conflits et s’inscrivent dans la Stratégie nationale de gestion durable des terres et la décentralisation. Parallèlement, les initiatives communautaires d’agriculture et sécurité alimentaire pilotées par les communautés, illus trent une adaptation ancrée dans les pratiques locales. Jar dins maraîchers, banques de céréales et activités généra trices de revenus portés par les communautés(surtout des femmes) avec l’appui d’ONG nationales/internationales. Ces projets, alignés sur le PNA et la Politique nationale Genre, renforcent la sécurité alimentaire, soutiennent l’au tonomie économique et consolident le leadership féminin. Leur effet multiplicateur réside dans la réappropriation des savoirs agro-écologiques et dans la construction de chaînes de solidarité locales face aux crises climatiques. Dans la même logique, les projets argent contre travail pour la résilience climatique traduisent une articulation en tre réponse humanitaire et adaptation durable. Initiés par des organisations internationales en partenariat avec les communautés, ces chantiers rémunérés allient restauration d’infrastructures vitales(points d’eau, digues, pistes ru rales) et soutien économique immédiat aux ménages. Ils s’inscrivent dans le Cadre national de réduction des risques de catastrophe et offrent un double dividende: emploi temporaire et amélioration des capacités locales d’adapta tion. En ciblant les jeunes et les femmes, ces actions con tribuent aussi à la cohésion sociale et à la prévention des migrations climatiques. Ces expériences locales ne constituent pas des initiatives isolées, elles s’articulent progressivement aux cadres insti tutionnels et politiques nationaux. Plusieurs d’entre elles alimentent désormais les dispositifs publics tels que la Contribution Déterminée au niveau National(CDN), le PNA ou le Fonds Climat Mali. Elles ont permis de formaliser des mécanismes de concertation entre l’État, les collectivités et la société civile, tout en valorisant les connaissances lo cales comme ressource stratégique. Leur consolidation sup pose un financement durable, une évaluation participative et un appui renforcé aux gouvernements locaux. À long terme, elles tracent la voie d’une gouvernance climatique équitable fondée sur la décentralisation, l’inclusion des femmes et des jeunes, et l’intégration des solutions locales dans les politiques nationales. 16 Bureau Mali 8. Vers un contentieux climatique au Mali? Obstacles et perspectives La Constitution du Mali de 2023 consacre le droit à un en vironnement sain et durable ainsi que le droit d’accès à l’eau. Ces dispositions, appuyées par le Code de l’eau(loi n°02-006 du 31 janvier 2002) et la loi sur les pollutions et nuisances(loi n°01-020 du 30 mai 2001), constituent une avancée majeure dans la reconnaissance des droits envi ronnementaux. Elles offrent un fondement solide à une fu ture justice climatique, susceptible d’être mobilisée face à des situations d’accaparement foncier, de pollution des cours d’eau ou de privatisation de l’accès à l’eau. Pourtant, ce potentiel reste encore largement inexploité. Le Mali a adhéré à plusieurs instruments internationaux, dont l’article 24 de la Charte africaine des droits de l’homme et l’Accord de Paris, qui renforcent ce cadre jurid ique. Cependant, le droit national demeure fragmenté et insuffisamment« climatisé»: il ne définit pas clairement les obligations de prévention, d’adaptation ou de réduction des risques liés au changement climatique. En d’autres termes, le droit malien reste davantage écologique que véritablement climatique, ce qui limite la portée des re cours possibles. Sur le plan institutionnel, les juridictions compétentes ex istent, mais elles restent difficiles d’accès pour la majorité des citoyen.ne.s. La centralisation des tribunaux à Bamako, le coût élevé des procédures, la méconnaissance des re cours et le manque de formation des magistrats en matière de droit climatique constituent autant d’obstacles. Cette situation explique l’absence de jurisprudence embléma tique, malgré l’existence d’un cadre constitutionnel favora ble(Diop, 2022; UNEP, 2023). La preuve du lien entre un dommage et le changement cli matique représente un autre défi majeur. Toutefois, les avancées de la science de l’attribution climatique ouvrent de nouvelles perspectives. L’étude menée par le réseau World Weather Attribution(WWA, 2024) sur la canicule ex trême ayant frappé le Mali et le Sahel, avec des tempéra tures record atteignant 48,5°C à Kayes, conclut qu’un tel épisode aurait été virtuellement impossible sans le change ment climatique d’origine humaine. De telles données sci entifiques pourraient appuyer des actions en justice pour démontrer une carence d’adaptation ou une négligence de l’État dans la protection des populations. L’expérience d’autres pays africains montre que le con tentieux climatique est une voie possible lorsque le droit, la science et la société civile travaillent de concert. En Afrique du Sud, l’affaire Earthlife Africa Johannesburg contre le Ministre des Affaires environnementales(2017) a conduit à l’annulation d’une autorisation de centrale au charbon en raison de l’absence d’évaluation des impacts climatiques. Au Kenya, l’affaire Save Lamu contre NEMA& Amu Power (2019) a abouti à la révocation d’une licence environnemen tale pour défaut de participation publique, une décision confirmée en appel en 2025. Ces exemples illustrent qu’un contentieux stratégique, bien construit et soutenu par des preuves solides, peut influencer profondément la gouvern ance environnementale. Au Mali, les obstacles demeurent nombreux: faiblesse des institutions, lenteur des procédures, absence de fonds d’aide juridique, manque de coordination entre les textes et moyens limités des ONG. Pour y remédier, plusieurs leviers sont envisageables: renforcer la formation des magistrats et avocats, créer un fonds d’assistance juridique verte, intégrer systématiquement la dimension climatique dans les études d’impact environnemental, et encourager les recours collectifs menés par les associations agréées. À court terme, le pays pourrait amorcer un contentieux de l’adaptation fondé sur les droits à la vie, à la santé et à l’eau, en ciblant les manquements de l’État dans la gestion des risques climatiques, comme les vagues de chaleur ou les pénuries d’eau. Même symboliques, ces actions con tribueraient à instaurer une culture de responsabilité pub lique et à rendre effectifs les droits garantis par la Consti tution. Ainsi, le Mali dispose d’un cadre juridique prometteur, mais encore peu opérationnel. Seule une volonté politique af firmée, conjuguée à l’engagement des acteurs judiciaires et de la société civile, permettra de transformer ces droits proclamés en véritables leviers de justice climatique. Justice climatique au Mali: défis et perspectives 17 9. Recommandations Dans le contexte des enjeux liés au changement climatique et à l’inégalité persistante, les politiques, les initiatives lo cales et les collaborations doivent s’aligner sur le principe de la justice climatique. L’objectif est de concrétiser les en gagements en actions justes et tangibles, tout en respect ant les responsabilités et compétences propres à chaque intervenant. Ces interventions se structurent autour de cinq niveaux: → L’État et les décideurs nationaux: intégrer la justice cli matique dans toutes les politiques publiques, notam ment le PNACC, et former les juristes et magistrats en contentieux climatique; → Les collectivités territoriales: établir institutionnelle ment les fonds climat locaux, former les élus et intégrer le climat dans les PDSEC et les projets communaux et régionaux en cohérence avec la CDN; → Identifier, soutenir et reproduire les initiatives locales (société civile et communautés) dans le sens de l’infor mation, la sensibilisation mais surtout la transformation du bas vers le haut; → Les partenaires internationaux: renforcer la représentation des pays du Sud dans la gouvernance cli matique mondiale et simplifier l’accès aux financements par des procédures allégées et un accompagnement technique; → Les chercheurs et établissements de recherche: promouvoir la recherche sur le droit climatique, améliorer la disponibilité des données sur les vulnérabilités, et co-construire des solutions innovantes avec les commu nautés. 18 Bureau Mali 10. Conclusion Ce rapport souligne les enjeux cruciaux de la justice clima tique au Mali, un pays à faible émission mais fortement touché par les effets du changement climatique. Les femmes, les jeunes et les communautés rurales sont les plus touchés par ces conséquences, manquant de ressourc es adéquates pour y remédier. En dépit de progrès tels que l’intégration du droit à un environnement sain dans la Con stitution(2023) ou l’instauration du PNACC, des défis struc turels demeurent, notamment le financement inadéquat, la gouvernance éclatée, les disparités sociales, l’absence d’in dicateurs de suivi et une coordination des intervenants déficiente. Néanmoins, des efforts à l’échelle locale démon trent qu’il est possible d’atteindre une justice climatique in clusive grâce à l’agroécologie, la reforestation, le fonds de village et les innovations communautaires. Cette étude ap pelle à une mobilisation commune de l’État, d’une part, afin d’établir une loi-cadre sur la justice climatique et d’augmenter les budgets dédiés au climat des collectivités locales, et d’autre part, pour orchestrer une planification en collaboration avec la société civile, notamment, pour le plaidoyer, mais aussi qu’avec les acteurs internationaux, pour faciliter l’accès aux fonds financiers tout en respectant les critères d’équité, ainsi qu’avec le secteur académique, pour co-créer des connaissances opérationnelles. Dans cette perspective, il est impératif de réaliser la justice climatique en intégrant les droits humains, l’équité et la solidarité intergénérationnelle. En effet, l’action est d’une importance cruciale, car la crise climatique fait déjà partie du quotidien de millions de Malien.ne.s. Dès lors, pour le Mali, il est essentiel de promouvoir la justice climatique. Elle devrait servir d’outil pour favoriser la cohésion sociale, le développement durable et la paix. Justice climatique au Mali: défis et perspectives 19 Références 1 Accord de Paris(2015), Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques(CCNUCC). 2 Agyeman, J., Bullard, R. D.,& Evans, B.(2016). Just Sustainabilities: Develop ment in an Unequal World. MIT Press. 3 Altieri, M. A.,& Nicholls, C. I.(2020). Agroecology: Principles for the Conversion and Redesign of Farming Systems. CRC Press. 4 Arora-Jonsson, S.(2011). Virtue and vulnerability: Discourses on women, gender and climate change. Global Environmental Change, 21(2), 744–751. 5 Bullard, R. D.(2005). The Quest for Environmental Justice: Human Rights and the Politics of Pollution. Sierra Club Books. 6 Bulkeley, H., Edwards, G. A. S.,& Fuller, S.(2014). Climate Justice and Global Cities: Mapping the Emerging Discourses. Global Environmental Change, 23(5), 914-925. 7 Carbo, M.(2023). 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Programme régional de gestion pastorale et d’adaptation au changement climatique au Sahel.Ouagadougou: Commission de l’UEMOA. 20 Bureau Mali Crédits photo Page de garde: Abdoul Malick ALMAIMOUNE/Plaine de Tondibangou à Kalani (Bourem), région de Gao, Mali/Juin 2025 Justice climatique au Mali: défis et perspectives 21 À propos de l’auteur Dr Jean Noël Keïta est Maître de Conférences en Chimie Organique et Substances Naturelles. Il est également consultant en Analyse Environnementale et Changement Climatique. 22 Bureau Mali Justice climatique au Mali: défis et perspectives 23 Justice climatique au Mali: défis et perspectives La participation du Mali à l’émission de gaz à effet de serre au niveau mondial est quasi nulle(0,06%), mais le pays est constamment touché par les sécheresses et inon dations à cause de ses vulnérabilités structurelles: pauvreté persistante, dépendance aux ressources naturelles, faible industrialisation et gouvernance environnementale encore fragile. Ces vulnérabilités impactent surtout les femmes, les jeunes et les groupes marginal isés, révélant une profonde inégalité entre ceux qui subissent les effets du dérègle ment climatique et ceux qui en sont historiquement responsables. Ce déséquilibre fonde le principe de justice climatique, orienté vers une solidarité réelle entre les pays du Nord et du Sud. Le Mali dispose de plusieurs stratégies nation ales dont l’impact demeure limité en raison d’un manque de ressources, d’une faible coordination interinstitutionnelle, et surtout d’un déficit d’intégration entre les poli tiques climatiques, les politiques sectorielles(agriculture, énergie, eau, emploi) et les initiatives locales. Dans ce sens, la justice climatique offre un cadre de réflexion pour orienter les politiques publiques vers plus d’équité et de durabilité. Elle appelle à dé passer les solutions techniques pour intégrer les principes d’équité, de reconnaissance des vulnérabilités, de participation citoyenne et de solidarité intergénérationnelle. Dès lors, il apparaît opportun de repenser la gouvernance environnementale à partir des droits des populations particulièrement vulnérables, de conjuguer équité sociale, résilience territoriale et durabilité écologique, de valoriser les innovations communau taires et d’éclairer l’évolution, les limites et les perspectives d’une transition juste. Vous trouverez plus d’informations sur ce sujet sur: ↗ fes.de