Internationale Politikanalyse Europäische Politik, November 2006 Groupe de travail sur la construction européenne* La nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’Afrique – un véritable multilatéralisme efficace? La méthode que choisit la stratégie européenne de sécurité pour la politique extérieure de l’Union européenne relève d'un multilatéralisme efficace. Il s'agit d'atteindre les objectifs par une coopération avec d’autres acteurs, Etats, organisations internationales, cette coopération régissant la coexistence des peuples par des normes contraignantes. La stratégie européenne de sécurité énumère quantité de domaines politiques dans lesquels l’Union européenne doit agir. On y trouve d’une part les menaces facilement qualifiables telles que le terrorisme international et la prolifération des armes de destruction massive, d’autre part la création d’un environnement sûr pour l’Europe, et enfin l’intégration de l’Europe dans un système multilatéral. Des évolutions concrètes existent déjà en matière de lutte contre le terrorisme et contre la prolifération des armes de destruction massive. Il existe dans ces deux domaines une stratégie de l’Union à partir de laquelle s’élabore la politique européenne. Avec la stratégie européenne pour l’Afrique élaborée en octobre 2005 par la Commission et adoptée par le Conseil européen de décembre 2005, l’Union a fait de l’Afrique le premier terrain d’expérimentation géographiquement délimité, sur lequel elle pourra vérifier l’efficacité pratique de ce multilatéralisme. Les différentes politiques européennes à l’égard du continent voisin, politiques extérieure, de sécurité, politiques commerciale et du développement, doivent être coordonnées dans le cadre arrêté par la Commission. L’engagement en République Démocratique du Congo au titre de la politique européenne de sécurité et de défense et les efforts déployés dans la lutte contre l’immigration clandestine aux frontières extérieures de l’Union montrent bien la nécessité actuelle d’une approche plus cohérente. La confusion et le désordre passés et présents entre les politiques africaines de l’Union et des pays membres doivent désormais céder la place à une politique * Le groupe de travail sur la construction européenne existe depuis plus de dix ans. Il réunit des spécialistes issus des institutions européennes, des ministères fédéraux, des représentations des Länder ainsi que de fédérations professionnelles et du monde scientifique. coordonnée sous la direction de la Commission, pour garantir une plus grande efficacité des moyens et des efforts engagés, et permettre ainsi d’atteindre plus vite les objectifs. 1. Les caractéristiques de la stratégie pour l’Afrique. La stratégie pour l’Afrique illustre de façon exemplaire le fonctionnement idéal d’une politique extérieure de l’Union: a) Insertion dans un réseau international garant de la légitimité Au cœur de la stratégie pour l’Afrique, on trouve les objectifs du millénaire pour le développement(OMD) adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies en l’an 2000. Ils constituent le cœur de la politique européenne vis-à-vis de l'Afrique, étant entendu que si l’UE tend à la réalisation de ces objectifs, elle concentre surtout ses politiques sur les domaines de l’éducation, de la santé et de la lutte contre le VIH/SIDA, la malaria et la tuberculose, la sécurité alimentaire, l’accès aux ressources vitales que sont l’eau et l’énergie, et la gestion durable de l’environnement. Des actions concrètes ont été engagées en matière d’éducation. La Commission a défini un programme d’échanges euro-africains entre universités et aide l’Union africaine à réaliser un programme interafricain d’échanges d’étudiants, nommé Nyerere, et inspiré du programme ERASMUS. Les aides budgétaires devraient également être accrues dans ce domaine. Une grande place sera également laissée aux deux aspects considérés comme des conditions préalables essentielles pour parvenir aux OMD: la sécurité et la bonne gouvernance d’une part, un climat économique favorable d’autre part. En se fixant l’objectif d’une augmentation continue de l'aide publique européenne au développement pour atteindre 0,7% d’ici à 2015 et en déclarant vouloir employer efficacement ces moyens, l’UE s'inscrit dans le droit fil des avancées ac- Groupe de travail sur la construction européenne La nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’Afrique – un véritable multilatéralisme efficace? Europäische Politik (11/2006) 2 complies au plan international au cours des dernières c) La plus forte imbrication du développement années par la coopération au développement. De et des échanges même, les évolutions récentes en Afrique, comme la création de l’Union africaine(issue de l’Organisation de Le deuxième préalable à un développement réussi, du l’Unité africaine), le NEPAD(le nouveau partenariat point de vue de la stratégie pour l’Afrique, c’est un enpour le développement économique du continent afrivironnement économique fonctionnel. En s’appuyant cain, lancé par l’Afrique du Sud et le Nigeria) et le mésur une croissance stable, un tel environnement offre canisme africain d'évaluation par les pairs(MAEP, cf. également plus d'attrait aux investissements directs de ci-dessous), sont reprises dans la stratégie et doivent l’étranger, permet de mieux mettre en valeur les resservir de point de départ à une coopération entre sources naturelles disponibles en grande quantité, et l’Europe et l’Afrique. fournit une infrastructure de base. Les négociations d'accords de partenariat économique(APE) ne doivent pas seulement permettre de renforcer les échanges b) L’approche intégrée du développement et de commerciaux entre l’Afrique et l’Europe, mais aussi la sécurité d’intensifier les échanges intra-africains, qui sont aujourd’hui encore beaucoup plus pénalisés par les droits L’Europe n’a pas attendu les immenses grillages de de douane et les taxes que ne le sont les échanges Ceuta et Melilla ni les flux de migrants en provenance avec l’Europe. La Commission négocie ces accords d’Afrique pour prendre davantage conscience du lien dans le cadre de l’accord de Cotonou avec quatre étroit qui existe entre développement et sécurité. En blocs régionaux, la pression de l’OMC et le calendrier toute logique, la stratégie décrit la garantie de la sécude l’accord de Cotonou imposant d’ailleurs de faire rité et l’assurance d’une bonne gouvernance comme aboutir rapidement les discussions. Les APE doivent des préalables à la réussite de la coopération au déveaussi contribuer à améliorer les chances des producloppement. Il s’agit ainsi de lutter contre la cause de teurs africains sur le marché européen, et à intensifier flux migratoires de plus en plus perçus comme une les échanges commerciaux intrarégionaux, ce qui renmenace: A côté de la misère économique, l’autre oriforcerait du même coup l’économie africaine. La stragine supposée de l’émigration d’Afrique, c’est la précatégie pour l’Afrique fixe dans le même temps trois axes rité de la situation en matière de sécurité dans de prioritaires qui doivent servir à construire un environnombreux Etats subsahariens. nement économique prospère. Elle propose en premier Désormais, la facilité de soutien à la paix pour lieu l’instauration d’un forum commercial euro-africain l'Afrique,(dont les moyens restent toujours beaucoup réunissant des investisseurs privés, des entreprises et trop limités) est assurée pour trois ans, et avec l'initiades donneurs d’ordre publics, et qui doit contribuer à tive pour la gouvernance prévue dans le cadre des insstabiliser, harmoniser et rendre plus efficace le cadre truments de la politique de voisinage, les premières juridique dans lequel s’organise l’activité économique mesures concrètes ont été prises. Avec la facilité de en Afrique, de façon à garantir au final une plus soutien à la paix, l’Union européenne a repris des inigrande sécurité juridique pour les investissements et les tiatives africaines en matière de soutien et de stabilisaentreprises. Le deuxième point sur lequel se concentre tion de la paix, et a répondu à une demande concrète la Commission concerne l’agriculture. Ce secteur écode l’Union africaine. Les possibilités et les capacités nomique – qui demeure le plus important – pour les africaines de protection de la paix devraient ainsi être pays d’Afrique subsaharienne doit devenir plus producrenforcées. L’UE s’appuie sur les avancées démocratitif et plus compétitif, pour mieux subsister face à la ques en Afrique et utilise l'instrument du MAEP mis en concurrence sur le marché mondial. La première meplace par l’UA, qui prévoit un examen de la gouversure de la Commission, la suppression progressive d’ici nance de ses membres par des experts africains indéà 2013 de ses propres subventions aux exportations pendants. Ce mécanisme doit être renforcé par une agricoles, va dans la bonne direction, mais elle interinitiative que prévoit l’UE en matière de gouvernance. vient beaucoup trop tard. Le maintien des subventions internes et le niveau élevé des exigences en matière de sécurité des aliments et de protection de l’environnement demeurent des obstacles importants pour les exportateurs africains. La troisième priorité de la Commission, et jusqu’ici la plus concrète, porte sur l’amélioration des infrastructures, et s’inscrit ainsi dans Internationale Politikanalyse International Policy Analysis Unit le droit fil des OMD, qui prônent un meilleur accès des efforts communs. Ainsi, elle suggère que l’UA et ses populations à l’eau, à la nourriture et à l’énergie. structures régionales sont à ce point développées L’initiative de la Commission sur les infrastructures doit qu’elles peuvent être considérés comme partenaires faciliter l’accès à l’eau, aux télécommunications et à équivalents à l’UE. La stratégie cite régulièrement l’UA l’énergie, y compris pour les entreprises, et intensifier comme partenaire principal de l’UE, mais dans le le raccordement aux réseaux de communication et de même temps, il est indiqué qu’il faut transmettre à transport. Le déficit de compétitivité imputable au l’Afrique les concepts porteurs de l’intégration régiomanque d’accès aux réseaux de transport doit ainsi nale. Mais l’UA et les organisations régionales africaiêtre éliminé. nes ne se présentent pas pour le moment comme des Avec sa stratégie, l’UE montre que l’attention acpartenaires équivalents de l’UE, puisqu’elles sont pour crue accordée à l’Afrique en 2005 doit désormais être l’essentiel encore en construction et – c’est particulièpérennisée, pour garantir un développement à long rement vrai des organisations régionales – n’ont enterme et durable. Le principe de"l'appropriation" africore qu’une capacité d’action limitée. En outre, la stracaine, souligné au même titre que l’engagement dans tégie, avec ses objectifs ambitieux d’augmentation à le partenariat, se retrouve dans la volonté de se joindre long terme des moyens de la coopération au dévelopaux efforts entrepris par les Africains dans les domaipement, part du principe que ces moyens supplémennes de l’UA et du NEPAD, que l’UE désigne explicitetaires auront un effet bénéfique en Afrique, sans prenment comme des partenaires et des moteurs. L’UE dédre en considération la capacité d’absorption des Etats finit ainsi, dans les domaines des OMD, de la sécurité bénéficiaires. D’ores et déjà, des problèmes apparaiset de l’économie, des orientations utiles, qui d’une sent dans quelques Etats d’Afrique pour employer tous part, tiennent compte des nécessités existantes en les moyens mis à disposition, ce qui tient par une Afrique, et correspondent d’autre part aux possibilités bonne part au manque de structures économiques et de l’Union. Parallèlement, l’UE semble abandonner administratives. La mise en avant de l’aide budgétaire l'approche géographique large, mais qui reposait unicomme un nouvel instrument pour lequel l’UE souhaite quement sur l’économie et le commerce, et qu’elle élaborer ses propres critères, plus en phase avec les avait poursuivie depuis des décennies- par exemple à besoins des populations, accentue encore ce problème. travers la convention de Lomé et l'accord de Cotonou. Certes, la très large restitution aux partenaires africains La stratégie pour l’Afrique représente également une des responsabilités et des compétences renforce l’idée concentration sur ce seul continent – et amorce d'appropriation, mais restreint les possibilités l’abandon de l’approche intercontinentale qui fondait d’aménagement des programmes par l’UE. Dans le la politique vis-à-vis des ACP – et parallèlement un même temps, en matière de soutien de la paix, il existe élargissement des sujets et des domaines couverts. La des règles claires d’affectation des moyens, de sorte politique du développement doit désormais aussi que les fonds destinés à la facilité pour la paix ne peuconcilier la politique de sécurité et la politique comvent pas être employés pour acheter des armes, régler merciale; les conditions posées en matière de démoles soldes ou assurer la formation des soldats, mais sercratisation, de droits de l’homme et de divers autres vent uniquement à prendre en charge les besoins méaspects voient leur importance accrue. Et dans le dicaux, les transports, la logistique et d’autres besoins même temps, les moyens engagés doivent l’être de similaires. Cela vaut en tout cas au moins pour la pémanière plus efficace et les initiatives des partenaires riode d’approbation actuelle de trois ans, puisque sur africains doivent être reprises et soutenues. cette période, les aides à la facilité de paix proviendront du Fonds européen de développement(FED). L’UE va ainsi à l’encontre des approches intégrées envi2. Les problèmes de la stratégie pour sagées par la stratégie pour l’Afrique en imposant ses l’Afrique propres directives en matière d'affectation des aides. Les faibles moyens mis à disposition dans le cadre de la a) Un partenariat déséquilibré entre l’Europe et l’Afrique facilité pour la paix font en outre paraître fragile la confiance que l’Europe place dans l’Union africaine, puisque – comme on le voit au Soudan et en RépubliLes concepts centraux de la stratégie pour l’Afrique que démocratique du Congo – dans le doute, l'UE présont le partenariat et"l'appropriation" africaine. Mais fère faire appel à ses propres troupes ou à des unités c'est en Europe que la stratégie cherchent les concepts de l’OTAN dans le cadre d’une opération des Nations d’un développement réussi, les acteurs majeurs des unies. 3 Groupe de travail sur la construction européenne La nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’Afrique – un véritable multilatéralisme efficace? Europäische Politik (11/2006) 4 b) Cohérence et coordination rente de la stratégie, suivent chacune jusqu’ici surtout leur propre agenda et ne sont que peu prises en La nouvelle stratégie pour l’Afrique doit réunir dans un compte dans la stratégie pour l’Afrique. cadre commun la coopération au développement de l’UE et de ses Etats membres, et l’organiser de façon cohérente. C’est l’un des principaux objectifs du document, qui montre qu’il prend au sérieux la volonté de bonne gouvernance en cherchant à éliminer le manque de coordination, de cohérence et de complémentarité des actions conduites du côté européen. Mais les deux principales lignes de fracture de la politique africaine de l’Europe n’en sont que très superficiellement masquées: D’une part, la Commission doit davantage coordonner les politiques des pays membres en Afrique dans le sens des objectifs convenus dans la stratégie. Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres s’y sont ralliés lors du sommet de décembre 2005, en approuvant la stratégie pour l’Afrique. Mais il ne s’agit toutefois que d’une déclaration d’intention, qui ne revêt en rien un caractère contraignant. On peut craindre que les idiosyncrasies nationales, en particulier celles des anciennes puissances coloniales, ne continuent de se refléter dans les politiques nationales d’aide au développement concurrentes de la politique africaine de l’Europe. Les débats parfois animés sur les contingents de soldats que devraient fournir les pays membres pour les opérations européennes(le dernier exemple en date est celui du Congo) montrent les difficultés à établir la cohérence d’une politique africaine. La réussite d’une politique européenne pour l'Afrique, concertée au plan multilatéral, dépend largement de la détermination des Etats à mettre en œuvre leurs déclarations d’intention pour s’engager effectivement dans la poursuite des objectifs communs. D’autre part, l’attribution des compétences pour l’Afrique au sein de la Commission apporte son lot de confusion au-delà des dérives bureaucratiques courantes. L’Afrique du Nord fait partie du voisinage européen, qui relève dans tous ses aspects de la direction générale des Relations extérieures et est financée sur le budget de l’Union. Les autres pays d’Afrique sont suivis c) L'implication de la société civile Même si la Commission souligne sa volonté de mettre les personnes au cœur de sa stratégie pour l’Afrique, l’orientation générale de ce document fait la part belle aux gouvernements. La société civile ainsi que les acteurs politiques, tels que les partis, les parlementaires, ou les représentants des minorités, ne sont guère, voire pas du tout pris en compte. Etant donnés les énormes problèmes que connaît l’Afrique en matière de gouvernance, d’absence de transparence des prises de décision, d’écrémage des bénéfices de secteurs économiques peu lucratifs par une petite minorité, cette approche passe à côté des réalités du continent africain. Les instruments européens existants ou prévus ne sont guère en mesure de combler cette lacune et de garantir un soutien adéquat aux acteurs non représentés au sein des gouvernements, ni de faire pression de l’intérieur sur les détenteurs du pouvoir ou de tenter de les contrôler. Le renforcement de la société civile, y compris une presse indépendante, dont la réalité varie beaucoup d’un Etat africain à un autre, est un facteur de correction incontournable pour contrer l’arbitraire et la corruption des appareils d’Etat et permettre une implication des citoyens. Le mécanisme africain d'évaluation par les pairs est aussi un instrument auquel les gouvernements décident librement de participer; il ne peut donc pas répondre à toutes les attentes qu’il suscite. L’harmonisation de la coopération au développement menée par les pays membres de l’UE, la Commission assurant la coordination des politiques nationales et tous les Etats membres convenant d’utiliser les mêmes instruments communautaires, assurerait aux gouvernements en place en Afrique un rôle clé dans l'aménagement économique, politique et administratif de leur communauté, là même où ils ont échoué au cours des décennies écoulées, le plus souvent aux dépens de leurs concitoyens. dans le cadre de la politique ACP par la direction générale du Développement, les financements corresd) L’absence d’une stratégie à l’égard de la pondants provenant du Fonds européen de dévelopChine en Afrique pement. Il existe en outre un accord spécifique avec l’Afrique du Sud. Les directions générales de la Pêche La stratégie européenne pour l’Afrique ne prend en et de l’Agriculture ainsi que celle de la santé et de la compte que marginalement le fait que l’augmentation protection des consommateurs, mais surtout la direcmondiale de la demande de matières premières a tion générale du Commerce, qui pilote la négociation amené certains acteurs de la communauté internatiodes accords de partenariat économique, et qui joue nale à s’investir davantage en Afrique. Alors que la donc un rôle déterminant pour la mise en œuvre cohécoopération avec les Etats-Unis fonctionne pour Internationale Politikanalyse International Policy Analysis Unit l’essentiel sans difficulté majeure, parce qu’elle à la stratégie de l’Union pour l’Afrique: s’appuie sur une longue tradition et parce que les objectifs et les instruments de la coopération au dévelop• Divergences politiques et manque de concertation pement sont similaires(pas identiques) en Europe et sur la stratégie à adopter vis-à-vis des conflits exisaux Etats-Unis, l’arrivée de la Chine en Afrique a fait tant à l’intérieur de certains pays d’Afrique ou des entrer dans le jeu un acteur qui poursuit une tout autre "Etats faillis"(Soudan, Zimbabwe, Ethiopie, Somastratégie: L’UE voit l’Afrique avant tout à travers le lie); prisme du donateur, et ensuite seulement en tant que • Mauvaise évaluation ou méconnaissance des intépartenaire commercial poursuivant des objectifs de rêts chinois et des possibilités d’influence chinoise coopération au développement, tandis que la Chine en Afrique; est essentiellement en quête de matières premières, • Manque de transparence dans l’octroi de crédits d'échanges et d’influence politique. Dans cette situachinois(par exemple en Angola) et dans la coopération de concurrence, la gamme des partenaires qui tion chinoise au développement(la Chine ne fait s’offre aux gouvernements africains s’élargit, et leur pas partie du Comité d'Aide au Développement de permet, à partir de ce"choix multiple", de sélectionner l’OCDE); les partenaires qui promettent les plus grands gains en • Manque de règles ou de respect des règles de la posant le moins de conditions en contrepartie. Cela concurrence et problèmes de gouvernance; menace durablement les relations établies de longue • Trop peu de dialogue sur les objectifs poursuivis indate entre l’UE et l’Afrique, d'autant que la Chine dépendamment l’une de l’autre par chacune des peut, tout comme l’Afrique, se présenter en victime du deux parties: L’UE et la Chine soutiennent toutes colonialisme, et a par ailleurs elle-même trouvé un deux l’Union africaine et ses efforts de paix, favorimodèle de développement qui a permis au pays sent le dialogue avec les entreprises ou les chambres d’accéder à la réussite économique. de commerce africaines et soutiennent la construction d’infrastructures; L’engagement de la Chine est généralement présen• Différences dans la"conditionnalité" de la coopératé de façon un peu simplifiée comme une provocation tion au développement; cela permet aux gouverà l'égard des honnêtes gens, parce que Pékin achète nements africains de jouer leurs partenaires les uns coûte que coûte les matières premières dont la Chine a contre les autres. besoin pour sa propre croissance économique, qui doit faire du pays une grande puissance. Il est exact que le gouvernement chinois encourage effectivement les en3. Ebauches d’approfondissement de la potreprises à acheter dans le monde entier le pétrole, les litique européenne vis-à-vis de l’Afrique métaux, les minéraux, le bois, le coton et les autres matières premières, parce que l’économique chinoise Les documents définissant la politique extérieure de est tributaire de l’importation de ces biens. Mais on l’UE et dont le titre comporte le mot stratégie sont de oublie de dire que si les entreprises occidentales partiplus en plus nombreux. La stratégie pour l’Afrique cipent également à l’exploitation des ressources natun’est que l’un des derniers exemples en date. Il n’est relles de l’Afrique, c’est aussi dans un but lucratif, et pas pour autant possible de discerner plus que quelnon aux fins de développement du continent. En tout ques ébauches d’objectifs communs ou d’une stratégie cas, avec l’augmentation des prix, la concurrence chid’ensemble. La stratégie européenne de sécurité se fixe noise a apporté aux pays richement dotés en ressourpour objectif un multilatéralisme efficace, tandis que la ces naturelles une manne financière inespérée. Toutestratégie pour l’Afrique fait un pas en arrière, et tente fois la stagnation du développement des pays de décrire ce à quoi pourrait ressembler une politique d’Afrique, malgré l’augmentation des apports finaneuropéenne du développement pour l’Afrique, concerciers, n’est pas imputable à l’étranger, mais à la matée au plan multilatéral et utilisant plus efficacement nière dont les pays concernés utilisent ce nouveau poles moyens engagés. Il apparaît essentiel que l’UE et tentiel pour leur propre développement économique et ses pays membres, qui constituent ensemble le plus la lutte contre la pauvreté. grand donateur en Afrique, engagent effectivement leurs moyens de façon concertée, coordonnée et cohéLes problèmes principaux que pose pour l’Union eurente, et donc plus efficace. Cette stratégie pour l'Afriropéenne l’influence croissante de la Chine en Afrique que ne prend pas suffisamment en compte les aspects portent sur les domaines suivants, qu’il faudrait ajouter relevant de la politique extérieure et de sécurité, y compris le thème de plus en plus au cœur des préoc5 Groupe de travail sur la construction européenne La nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’Afrique – un véritable multilatéralisme efficace? Europäische Politik (11/2006) 6 cupations européennes, la sécurité énergétique, ainsi nelles et syndicales ainsi que les consommaque la coopération avec d’autres partenaires tels que teurs et les groupes qui bénéficient des les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et d’autres en Afrique. échanges et des investissements ou qui, au Une politique stratégique pour l’Afrique devrait prencontraire, en pâtissent; l’objectif devrait être dre en compte les aspects suivants: une coopération au développement plus souple, reposant moins sur les gouvernements. 1. L’un des objectifs de l’UE, la mise en place 6. En ce qui concerne la coopération avec la d’une bonne gouvernance, devrait commenChine, le dialogue déjà engagé ad hoc à procer devant notre propre porte. Coordonner les pos de l’Afrique devrait être intensifié et paspolitiques des Etats membres et en organiser ser par des réunions entre fonctionnaires à la complémentarité serait la première étape haut niveau. Les problèmes politiques évoqués nécessaire en ce sens. Les gouvernements naci-dessus, outre les évidentes divergences tionaux y joueraient un rôle essentiel, car la d’intérêts, sont souvent dus à une ignorance réussite de la stratégie dépend pour une part réciproque et à des perspectives différentes, et considérable de leur disposition à accepter ne pourront donc être surmontés que par un cette coordination. dialogue intensifié avec la Chine et l’Union 2. La politique commerciale pourrait être beauafricaine. Ce dialogue, coordonné par la coup plus en harmonie avec les objectifs du Commission, n’existe jusqu’ici que sous la développement, si l’Europe analysait de façon forme de quelques ébauches ponctuelles. La plus globale et plus critique son propre proChine s’est déclarée prête à un tel dialogue, tectionnisme et ses effets sur les pays en dévemais souhaite le limiter à cinq domaines de loppement, le diminuait, et créait ainsi une l’aide au développement(participation aux cohérence entre les contenus de ses différenappels d’offres de l’UE, formation professiontes politiques. Former davantage ses partenainelle et apprentissage de l’administration et res africains aux questions commerciales à un de la gestion, lutte contre le VIH/sida et le paniveau qui leur permette de faire valoir efficaludisme, lutte contre l’analphabétisme et cement leurs intérêts, c’est un élément essenjoint-ventures dans le domaine du textile). tiel si l’on veut tenir la promesse faite d’une Evidemment, c’est loin d’être suffisant. Il faut appropriation de cette politique par l'Afrique. revendiquer avec force que les domaines de la 3. L’introduction et la mise en place de façon gouvernance et des droits de l’homme, qui contraignante de normes environnementales apparaissent également dans les documents ou de sécurité alimentaire doit chinois concernant l’Afrique, fassent aussi pars’accompagner, vis-à-vis des partenaires dans tie de ce dialogue, et qu’y soient liés les proles pays en développement, d’une stratégie de jets concrets de participation de la Chine aux communication qui inclut aussi des offres de initiatives européennes. soutien et d’adaptation de la production existante. C’est la seule façon d’éviter des baisses brutales de chiffres d’affaires, voire des failli4. Conclusion tes. 4. L’attention accordée à l’Union africaine est La stratégie européenne pour l’Afrique n’est que parcertainement une bonne chose, mais il ne faut tiellement apte à faire figure de stratégie européenne pas pour autant surestimer ses capacités, qui de sécurité vis-à-vis d’une grande région du monde. sont actuellement encore limitées. Les structuL’UE, en tant qu’acteur en Afrique, n’est pas parvenue res parallèles de la coopération au dévelopà inscrire globalement et efficacement sa politique pement en Europe et en Afrique ne coïncident dans un cadre multilatéral, puisqu’elle poursuit les relapas(exemple: les institutions ACP, dans lestions avec l’Afrique pour l’essentiel de façon bilatérale quelles l’Afrique du Nord n’est pas représenet dans une perspective de coopération au déveloptée). Il faut donc les repenser et les mettre en pement. La stratégie n’élabore pratiquement pas sur synergie avec les nouvelles structures de l’UA. les intérêts européens, tandis que d’autres acteurs stra5. Il faut en outre rechercher davantage la cootégiques ne sont pas du tout pris en compte. C’est le pération avec les acteurs noncas en particulier de la Chine, mais aussi des Etatsgouvernementaux, les fédérations professionUnis, qui prennent une importance économique et po- Internationale Politikanalyse International Policy Analysis Unit litique croissante en Afrique(en partie aux dépens des suivre dans les mêmes conditions, avec toutefois une Européens). Cela témoigne d’une certaine naïveté ou différence: il y a bien désormais un chef d’orchestre, d’une étroitesse de vue, ainsi que du peu de réalisme qui essaye désespérément de ramener de l’ordre dans quant aux attentes élevées vis-à-vis des partenaires ce chaos. africains –surtout de l’Union africaine. L’UE peine à trouver sa voie dans les domaines où il s’agit davantage de pouvoir et d’influence que de relations économiques ou de normes internationales et de gouvernance. Mais dans quelques domaines, comme la "lutte" pour les matières premières d’Afrique, c’est malheureusement la réalité à laquelle doit s’atteler l’Union européenne, si elle souhaite être un acteur efficace sur la scène internationale. Faire à nouveau de cette"lutte" une concurrence réglementée constituerait déjà une réussite. Mais la stratégie européenne pour l’Afrique met aussi en lumière quelques faiblesses de conception qui menacent ses perspectives de réussite à long terme. Les points de rupture entre la Commission et les Etats membres vont apparaître encore plus nettement dans la politique sur le terrain que dans la concertation sur les grandes lignes à Bruxelles. Les gouvernements des pays partenaires africains vont pouvoir continuer de monter les unes contre les autres les diverses positions européennes, et tirer profit de ces divergences, car les acteurs décisifs ne siègent pas à Bruxelles, mais dans les capitales nationales. La coordination souhaitée nécessite avant toute chose une amélioration des processus internes en Europe. La Commission peut attirer l’attention sur les divergences, mettre en garde et proposer de nouvelles orientations, mais cela n’aura qu’une influence marginale sur le pilotage des acteurs locaux. L’approche visant à confier la concertation sur place à la délégation de la Commission ou à un pays membre, qui jouerait alors le rôle de"bailleur chef de file" montre comment l’UE pourrait s’appuyer sur les expériences des pays membres, leurs relations traditionnelles et leurs structures en place. Le multilatéralisme efficace, que l’UE s’est fixé pour objectif, et qu’un groupe d’experts sous l’égide du président de la Commission doit insuffler à une nouvelle stratégie(sic!),"l’Europe dans le monde", achoppe souvent sur la concertation intra-européenne et la volonté des pays membres de tenir les engagement pris. Cela vaut même dans des domaines dont on pourrait imaginer que les longues années d’expérience dans le cadre des traités européens et des institutions rendraient aisée la mise au point d’une politique européenne, comme par exemple pour la politique du développement. Si les déclarations d’intention en matière d’aide au développement ne sont pas transformées en une coopération efficace sur le terrain, la cacophonie de la politique européenne pour l’Afrique va se pour7