Bureau Sénégal Pour la démocratie, la justice sociale et la paix L’engagement de la Chine au Sénégal Bilan et perspectives, un an après la reprise des relations diplomatiques Eilert Stamm Dakar, Décembre 2006 Sommaire Introduction 3 Un nouveau départ après dix ans d’interruption 5 Un départ de zéro 6 Une nouvelle dynamique sans substance pour autant 8 L’intérêt de la Chine pour le Sénégal: des alliances politiques Sud-Sud 13 L’intérêt du Sénégal pou r la Chine: infrastructures et technologie 18 Contradictions et potentiels conflits 23 Conclusion 27 Abréviations 30 Bibliographie 31 2 Introduction Sans grandes discussions ni divergences politiques, la République populaire de Chine et le Sénégal ont signé le 25 octobre 2005 un accord pour la reprise de leurs relations diplomatiques, à la grande déception de Taiwan. Le Sénégal rejoint ainsi, comme d’autres pays africain s d’importance, le camp de la République populaire. Depuis 1998, le Libéria, la Guinée Bissau, le Tchad et la très puissante Afrique du Sud, se sont ralliés à la politique de reconnaissance d’une seule Chine 1 . Ce succès diplomatique de la Chine 2 dans la concurrence qu’elle mène à Taiwan est un indicateur de sa fulgurante montée en puissance. Le grand dynamisme noté dans les relations sino-africaines 3 conforte l’ opinion selon laquelle la Chine deviendra un acteur décisif dans ce continent, à long terme. L’appellation« année africaine» que la diplomatie chinoise a conférée à l’année 2006, se trouve confirmée par beaucoup d’évènements notables. Le ministère chinois des affaires étrangères a présenté, pour la première fois, dans son Document de politique africaine«African Policy Paper», une doctrine cohérente de sa politique africaine. Dans le même mois, la diplomatie chinoise a mobilisé, au sommet de l’Union Africaine à Khartoum, des moyens extraordinaires: un état major de quelque 50 ambassadeurs Chinois a fait du lobbying en faveur des intérêts de la Chine. Ajoutons que le Président Hu Jin Tao et le Premier ministre Wen Jiabao ont visité cette année, au total, 10 Etats africains. Le clou de cette entreprise fut la présence de plus de 40 chefs d’Eta t africains au«Forum sur la coopération Chine – Afrique»(FOCA C) à la fin de l’année à Pékin . L’engagement de la Chine en Afrique a beaucoup retenu l’attention des observateurs occidentaux ces dernières années. Les analyses restent souvent anecdotiques dans beaucoup de rapports mais tracent une véritable perspective africaine qui est celle des intérêts que les Chinois ont pour les matières premières. 1 Taiwan garde à ses côtés le Burkina Faso, le Malawi, la Gambie, le Swaziland et Sao Tomé et Principe. 2 Dans les lignes et pages suivantes, nous emploierons Chine pour la République populaire de Chine et Taiwan pour République de Chine selon l’usage courant. 3 D’après les chiffres fournis par la Chine, l’augmentation des relations commerciales extérieures se situe autour de 41% comparée à l’année précédente(cf. Xin huanet 1.11.2006). 3 Le présent document fait l’état des lieux des relations sino -africaines un an après la reprise des relations diplomatiques. Au centre de la réflexion figure d’une part un descriptif de l’importance des relations politiques et économiques entre le Sénégal et la République populaire de Chine, et d ’autre part les différents intérêts que les deux pays manifestent dans ces relations. En conclusion, quelques points d’achoppement sont mis en évidence afin d’envisager les conséquences possibles de ces relations sur celles qu’entretiennent le Sénégal et l’Europe. Pékin s’intéresse au Sénégal pour des raisons esse ntiellement politiques. Le poids diplomatique que ce dernier représente dans la politique du Sud doit soutenir la construction d’une sphère d’influence s politiques en Afrique et ainsi confirmer les prétentions de la République populaire de Chine à un rôle dirigeant dans le Sud. Le Sénégal, en revanche, entend, en premier lieu, accélérer son développement par le transfert de technologie et d’expertise chinoises avant un élargissement de ses possibilités diplomatiques lui permettant, à terme, dans le cadre de la réforme de l’ONU, de prétendre légitimement à un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité. 4 Un nouveau départ après dix ans d’interru ption De 1971 à 1996, Pékin et Dakar ont entretenu des relations diplomatiques d ’une intensité assez faible. Les deux Etats socialistes non alignés avaient, certes, sur le plan politique des points communs, mais les liens étroits qui existent entre le Sénégal et la France, de même que sa position«conservatrice» par rapport au mouvement de libération dans d’autres Etats, ne laissaient pas beaucoup de place à des relat ions plus étroites. Le «Stade de l’amitié », stade que la Chine a offert en cadeau au Sénégal au début des années 90, constitue la trace la plus visible de cette phase. Après l’isolement diplomatique de la Chine au début des années 90 et jusqu’en 2005, le Sénégal a entretenu des relations diplomatiques avec Taiwan qui va dérouler une véritable offensive de charme en direction des pays en développement. On considère aujourd’hui que la reconnaissance de Taiwan par le gouvernement socialiste sénégalais n’ est q ue le résultat d’une diplomatie menée«à coup de chèques». L'essentiel de la coopération reposait d’une part sur la réparatio n des principaux axes routiers de l’intérieur du pays (notamment à Saint Louis et à Touba), et d’autre part sur la promotion de l’a griculture et de l’éducation préscolaire. La décision du Président Abdoulaye Wade de privilégier la Chine n’a pas surpris outre mesure du fait de la montée en puissance, aux plans politique et économique, de cet allié d’avenir ces dernières années. Un plan quinquennal d’aide taïwanaise d’un montant de près de 120 mill ions d’euros s’achevait en 2005; donnant au Sénégal la possibilité de sortir de ce carcan. Le Président sénégalais Abdoulaye Wade fonde sa décision dans une lettre adressée au Président taïwanais Chen Shui-Bian dans laquelle il déclare que« les Etats n’entretiennent pas des amitiés entre eux mais poursuivent des intérêts». Dès lors, les affinités idéologiques avec le régime libéral taïwanais et la reconnaissance, basée sur l’étendue et le succès de la coopération, ne devaient plus être mises en avant 4 . 4 Radio Taïwan internationale du 25-10-2005