Ateliers d’écriture 2010 Ateliers d’écriture 2010 Edition Fondation Friedrich Ebert Bureau d’Alger 49 rue Bachir Ibrahimi 16030, El Biar, Alger Tél.:+213(0)21 92 68 95 Fax:+213(0)21 92 12 49 Site web: fes-alger.org Responsable Amina Izarouken Copyright Fondation Freidrich Ebert Alger 2010 Dépot légale: ISBN: Lettre de l’Editeur Exprimer son opinion, raconter son quotidien, décrire SON Algérie? C’est de là que sont partis nos ateliers d’écriture avec les jeunes. L’objectif de ces ateliers est d’abord de créer des espaces conviviaux de dialogue, où le seul mot d’ordre est L’EXPRESSION! Le projet«Espace, Mémoire et Identité» de la Fondation Friedrich Ebert se veut, avant toute chose, un espace d’échange et de dialogue. D’abord des rencontres: Constantine, Oran et Tamanrasset. Ensuite des débats passionnés et intenses, animés par deux journalistes écrivains, M. Chawki Amari et M. Lazhari Labter, portant sur ce qui est notre ou nos identités sur le statut de la femme dans notre société, sur le phénomène de la harga; bref, sur des thématiques qui nous touchent en tant qu’Algériens, mais qui touchent particulièrement les jeunes. Tous se sont prêtés au«jeu» pour raconter le«je», un jeu auquel nous ne jouons pas souvent, puisque ces occasions de dialogue, somme toute ordinaires, ne sont pas si fréquentes. Et enfin, des textes poignants avec des tonalités différentes, souvent drôles, parfois violents, mais qui ont tous en commun un vécu qui ne laisse pas indifférent. Ce recueil, qui exprime par des mots des maux, témoigne du vécu de chacun. Il appelle d’autres débats et d’autres rencontres. Espérons qu’il contribuera à ouvrir de nouvelles perspectives. Amina Izaouken Friedrich Ebert Stiftung 3 En colaboration avec: Chawki Amari, Lazhari Labter Conception et réalisatoin Nouvelle Ere Edition Tél.:+213(0)21 65 28 38 Fax:+213(0)21 65 28 39 nee_dz@yahoo.fr Crédit photos Nacer Metchkane Zazoum Révision Magda Flashage Procomedia Impression Nahla Tous les droits de reproduction sont réservés à la Fondation Freidrich Ebert. Toutefois, des extraits peuvent être cités sous réserve de l’indication de la source. Les opinions exprimées dans cette ouvrage ne sont pas nécessairement celles de la Fondation et n’engagent que les auteurs. SOMMAIRE • Lettre de l’Editeur • Présentation des ateliers Oran et Constantine • Fictions et témoignages • Présentation de l’atelier Tamanrasset • Témoignages • Remerciements 5 Témoignage 6 Présentation Jeunesse, mode d’emploi Il y a des pays où il est difficile d’être vieux, retraite mal assurée, accès à la santé onéreuse ou mauvaise prise en charge. Ou encore, une difficulté fondamentale, simplement liée à des questions biologiques et organiques. A l’inverse, il y a des pays où il est difficile d’être jeune, et l’Algérie est l’un de ces pays. Comment avoir 20 ans à Alger, Constantine, Oran ou Tamanrasset? Il n’y a pas de mode d’emploi, et chacun, en groupe ou de manière individuelle, tente de répondre quotidiennement à cette question. D’abord, par le défrichement d’un certain nombre d’idées dans sa tête sur la tradition, l’universalisme, les libertés et la morale, les pulsions sociales, qu’elles soient castratrices ou émancipatrices. Puis dans le même temps, tout en continuant d’explorer les concepts par une réflexion permanente, en adoptant des postures personnelles ou de groupe, des attitudes et des modes de vie particuliers sur le mode existentialiste, chacun étant ce qu’il fait, prioritairement défini par ses actes. Dans tous les cas de figure, et ils sont nombreux en Algérie au vu de la diversité des opinions sur le 7 INTRODUCTION sujet épineux du comment vivre à 20 ans, l’équation reste complexe; coincés entre une bureaucratie officielle suspicieuse et une pression morale de la société, les jeunes Algériens et Algériennes ont de tout temps été écartelés entre ce qu’il faut faire et ce qui ne se fait pas, entre le bien et le mal, deux concepts généralement pensés par leurs aînés, parents ou grand frères, Etat ou société, dans le sens général du terme. Peu de loisirs, d’endroits de rencontre, plate-formes d’expression, espaces de débat, des difficultés à s’organiser et activer dans une ambiance générale de méfiance profonde de leurs aînés, et semblables à l’égard de tout ce qui concerne les mœurs, d’un côté, et les mouvements de groupe, de l’autre. Pourtant, à bien y voir, avec cette énergie, cet impérieux désir de vivre, ce besoin d’expression, la jeunesse algérienne ressemble à toutes les autres de la planète et il n’y a pas de particularisme à ce niveau, en dehors des impossibilités collectives et des contradictions sociales. L’idée de la Fondation Friedrich Ebert de réunir des jeunes hommes et des jeunes femmes autour d’une table pour débattre, écrire et explorer leur propre imaginaire revient à se regarder, se définir et tenter de se définir ensemble, tout en 8 Présentation cherchant avec précision où se situent les blocages, avec un côté ludique et littéraire. Ce jeu, auquel se sont agréablement prêtés les jeunes écrivains potentiels d’Oran et de Constantine, a donné ce qu’il a donné; du témoignage brut sur des problématiques précises, des histoires empreintes de fantaisie ou de malaise social, de l’humour, de la poésie et de la vérité assassine, des colères et des indignations justifiées, bref, tout ce que comporte la jeunesse d’envolées artistiques, de questionnements et d’observations personnelles. Ce qui est toutefois étonnant, c’est que leur imaginaire rejoint souvent la réalité, et si des thèmes ont été imposés au départ, identités, double miroir, modernité et tradition, exil, place de la femme et terrorisme, ils ont plongé dedans comme dans la même piscine(mixte), étant entendu que ces problèmes sont d’abord les leurs. En dehors du terrorisme, sujet qui n’a pas rencontré de bavards, peut-être du fait de son éloignement temporel ou spatial, ou encore d’un profond traumatisme, tout le reste à donné lieu à de vifs débats. L’expression plurielle, démocratie et islamisme, les libertés, l’exil, légal ou clandestin, la sexualité et les rapports hommes-femmes, les paradoxes sociaux et les difficultés de la modernité ont d’abord été leurs thèmes. Et la mort. Ils et elles 9 INTRODUCTION le sentent bien, en Algérie ou dans des pays similaires, le premier suspect est le jeune. C’est de lui et d’elle que vont arriver les problèmes, c’est lui qui est porteur d’une violence organique, c’est elle qui peut déstructurer la société et ses valeurs. Le doute est bien installé, faut-il vivre ou faire semblant? Faut-il contenter ses aînés et ses voisins ou soi-même? Faut-il avancer en cassant les tabous ou se résigner à être vieux déjà jeune? Y a-t-il une solution médiane entre les deux? A ce titre, dans les médias ou le discours officiel, dans la société et l’entendement commun, on présente souvent les jeunes harraga(littéralement les«brûleurs», ceux qui s’embarquent clandestinement sur la mer pour rejoindre les côtes espagnoles ou italiennes) comme des désespérés. Pourtant, il suffit de voir les vidéos de ces jeunes en partance, médiatiquement modernes, bien habillés, rieurs et conscients d’une folle aventure, pour prendre un peu de recul et réaliser qu’au fond, ils sont pleins d’espoir, ce qui les a d’ailleurs poussés à partir, pour vivre, s’amuser, travailler ou pour certains d’entre eux à simplement récolter un pécule qui leur servira lors de leur retour en Algérie à s’acheter un appartement. Pour les autres, les nombreux Algériens et Algériennes qui n’ont aucune envie de partir, l’espoir est tout aussi là; s’imposer et vivre, trouver 10 Présentation un travail, s’épanouir, avancer et reculer en fonction des obstacles et en fonction des personnalités de chacun et de chacune. L’énergie est là, présente, tout comme les problèmes, ceux-là mêmes qui consomment tant d’énergie à les gérer. Comment s’organiser pour une vie meilleure? La vivre, tout simplement, sans complexes, ou d’abord la théoriser? L’exercice de style a révélé des écrivains confirmés, des deux sexes, des jeunes hommes ou femmes qui veulent écrire, pour témoigner de leur temps, pour créer du beau ou simplement s’extérioriser, là où tout pousse à s’intérioriser. Ecrire, c’est déjà pointer du doigt les problématiques et les soulever. Les mettre sur du papier ne permet pas forcément de les régler, mais au moins de les définir. Restent l’imaginaire, la fantaisie et la fiction. Qui, souvent, sont dépassés par la réalité. Chawki Amari 11 ATELIER CONSTANTINE Légende 01 12 Fictions Le numéro vingt-trois Personne ne vient… j’en suis à ma vingt-deuxième cigarette… j’attends mon remplaçant… le silence rampe et se tord entre les couloirs… j’entends ses pas… tantôt fous… tantôt funèbres… il danse! Le truand! Lui seul semble heureux… ou assez triste pour faire partie de ce décor… Il est minuit… 23 mégots et une flamme fragile qui s’allume chancelante à travers ce froid macabre qui me givre le cœur… je n’attends plus… mon sac sur le dos… je sors… L’odeur m’accompagne jusqu’au grand portail… La mort a toujours été plus généreuse et courtoise que la vie… Quelques pas dehors… La ville se noie dans sa bave et ses rêves… elle dort… dévorée par le noir et l’hiver… Quelques pas et je reviens… pourquoi? Je ne sais plus! L’ai-je jamais su? Tout le monde sommeille, même le portier… seul le portail ronfle me souhaitant bon retour… il est heureux de me revoir… Le con… le maudit portail… qui grince de toute sa vigueur réveillant Morphée et le diable qui dort sous les flammes de cet enfer qui m’accueille les bras croisés… en crucifix… Pourquoi je reste? Je devrais plier bagage et partir… loin… sans me retourner… sans penser à ses regards polaires… à son visage sans traits… et à ses mains sans mouvement? La terre tourne… pourtant… le soleil continue à se lever… les oiseaux naissent… et le printemps … ce maudit printemps… finit toujours par revenir… pourquoi pas moi? 13 COTNémSToAigNnTaINgeE J’aimerais tant rentrer… avec les hirondelles! Je me rhabille… pas une lueur… seule ma cigarette… s’illumine en phare… elle papillonne… fragile, mais têtue telle une mule… Le téléphone sonne… Une voix affligée… appelle le coursier au service de réanimation… Une voix de femme… battue… dominée… vaincue par le néant… Je coince ma cigarette au coin de ma bouche… enfile mon caban gris et vieux comme le temps… et réponds à l’appel… La réa est loin… je marche lentement… en soldat fière et gelée jusqu’à l’âme… en pensant au Boléro de Ravel… C’est en répondant à l’appel d’une femme que Maurice connut la gloire… Ce n’est pas pour faire danser un ballet qu’elle m’appelle… la voix ruinée… mais j’y vais… en soldat gelé jusqu’aux entrailles… je franchis la porte… il est là… au 14 coin… il m’attend… ils m’attendent tous… j’ai l’impression d’être toujours en retard… recouvert d’un drap blanc… et d’une couverture à carreaux rouge et noire… était-il frileux? Aimait-il Stendhal? C’est un homme sans doute? Oui… c’est un homme… le confirmais-je en ôtant la couverture… accident de la circulation… les cheveux blancs… le visage couvert de sang… et de bleu… il était lourd… monsieur M. … 68 ans … mort à 20h33… hémorragie… incontrôlable… c’est toujours la mort après la section d’une grosse artère… je laisse la couverture sur une chaise… et retourne à la morgue... C’est le numéro 23 aujourd’hui… «Monsieur! Monsieur le coursier!» La même voix mais un peu plus perdue que perdante… je me retourne… Petite doctoresse… les yeux rouges remTémoFiigcntiaognes Le numéro vingt trois plis de larmes… le visage blafard… les lèvres blanches… presque plus morte que ce mort que je traîne sur ce chariot éclopé… «C’est mon père…», me dit la voix. «Mes condoléances …, dis-je avec compassion. J’ai tout fait… il est… je suis… je peux venir avec vous? Je viens…» Je la regarde… un petit bout de médecin… une mendigote… elle serrait la couverture contre sa poitrine… rouge et noire… il fait froid… elle ne porte pas de manteau… juste une blouse blanche… soigneusement boutonnée… On marche… en silence… je fume… elle pleure… pas un gémissement… pas une plainte… pas un mot… de nous deux, c’est elle qui traînait le poids le plus lourd… Arrivés à la morgue… elle s’arrête… 15 COTNémSToAigNnTaINgeE «Je dois leur dire… je… je dois passer un coup de fil!» Je franchis la grande porte… seul… le chariot boite… les roues font un bruit assourdissant… je traverse le couloir ténébreux… plus besoin de lumière pour avancer dans ce tombeau ouvert… la porte de la chambre mortuaire est fermée… je mords sur ma cigarette… et cherche la clé… - Monsieur!, crie la voix attristée. - Allumez… c’est juste à côté de la porte! Elle allume… et vient d’un pas mortuaire vers moi. - Je peux rester? - Oui… vous pouvez! Étonnée… je suis étonnée… pourquoi ai-je dis oui? Je m’en fous… elle veut passer la nuit avec lui… son père… en fin… avec le cadavre de son père… J’ouvre la porte… plus un leurre… 16 plus un signe de vie… rien que la vérité nue et la mort qui flotte et se faufile dans chaque centimètre carrés de ces dépouilles givrées… pas un cœur qui bat… pas une bouffée d’air qui bouge… ici… tout est figé… tout est gris… vide… abstrait et paralysé… pas une pensée … toutes les consciences s’abolissent… ni réflexe ni réflexion… l’intelligence est réduite à néant… seule le chariot chantonne… et ses larmes orphelines s’illuminent tendrement… elle pleure… la voix se désintègre en gouttelettes salées et tièdes… elle est étrangement belle… et stoïque… elle conduit son père à son ultime refuge… elle l’a offert au trépas … elle pleure à en perdre haleine… elle suffoque… et s’étouffe… la mort est contagieuse… et l’odeur de la vie qui se décompose… étrangle les cœurs tendres et inaccoutumés… «Sortez… vous reviendrez plus tard.» TémoFiigcntiaognes Le numéro vingt-trois Le drap est rouge… je dois le changer… et puis elle voudra sans doute le revoir… lui… son père... enfin… le cadavre de son père… je dois nettoyer son visage… ce n’est pas mon boulot… mais je le fais quand même… Il est froid… pâle et raide… sa flamme s’est éteinte… le souffle de Dieu à quitté son corps… Monsieur M. … me toise d’un œil opaque… Les gens aiment croire que leurs défunts sourient… c’est con! Ils savent pourtant que les départs sont acerbes… c’est juste la mort qui s’installe et se manifeste… le rigor mortis… les muscles du visage se raidissent et perdent leur élasticité… induisant cette grimace débile simulant un sourire béat… et radieux… Une fois propre… je le fais entrer dans sa cellule réfrigérante… et je sors… Elle est toujours là… la voix noircie… elle tremble de toutes les fibres de 17 COTNémSToAigNnTaINgeE sa fine silhouette… en regardant le ciel, elle me dit…: - Vous croyez en Dieu? - Oui… vous voulez une cigarette? Elle la prend… se mouche et dit en l’allumant…: - Je ne fume pas... Le désespoir se transforme en colère et blasphèmes… - Même s’il existe… je ne crois pas qu’il ait le temps de prendre en considération nos plaintes et prières! Il a créé le monde… la physique… et voilà… il nous livre à nous-mêmes et au chaos... Ce qui me fait le plus peur face à ce monstre fou et mécréant? Et bien ce n’est certainement pas la mort… mais la consolation… cet acte de vie… cette pitoyable diablerie… qu’est-ce qui pourrait bien calmer sa douleur? Une autre cigarette? Non… - Venez, il fait plus chaud à l’inté18 rieur... Ses larmes sont intarissables… «J’ai appelé ma propre mère… pour lui dire que mon propre père est mort… je lui ai demandé d’avoir foi en Dieu et d’être forte! Vous imaginez! Il est mort… en me tenant la main… j’en ai vu des morts… mais lui… mon père… son départ demeurera un mystère à tout jamais!!! Je n’ai rien pu faire… il… il n’est plus la…» 5h 45… ma dernière cigarette… Assise par terre… les yeux mouillés… le cœur battant… et écrasé… broyé… plié et rangé quelque part au loin… au fond de sa poitrine… - Je veux le voir… une dernière fois! - Venez! J’ouvre la cellule… l’odeur de la mort ne semble plus la déranger… elle le regarde stupéfiée… mais calme… j’entends sa respiration placide… ses lèvres Témoignage Le numéro vingt-trois bougent… elle murmure… elle parle à Dieu sans doute… La voix se rend… elle accepte… paisible… pieuse… innocente… elle traverse le temps… caresse son visage… bleu… elle retrouve son enfance… la tendresse… l’affection… l’estime et la paix… son père est mort… elle sort… sans dire un mot… 6h… elle revient… deux serviettes… du savon… des clous de girofle… du parfum… et un linceul blanc comme neige… «C’est pour lui… mon père…», me dit la voix… mature et aride… J’ai tout déposé dans sa cellule… et je suis sorti, mon sac sur le dos… Je rentre chez moi avec les hirondelles… je vais loin… sans me retourner… Nadia Bousatha 19 ATTEéLmIERoigOnRaAgNe Légende 02 20 La limonade rouge TémoFiigcntiaognes Le long du couloir de la sortie vers l’arène du grand néant buccal, Abir scrute l’attaque du baryton sismique des catastrophes orales. Furtivement, il apparaît en ordonnant: - Va nous ramener dix baguettes et de la limonade rouge! Décidément, tu n’es qu’un âne, tu ne comprends que la brutalité! Abir reçoit deux claques et un coup de pied au derrière, le lançant au travers du seuil du refuge des malédictions verbales. Il sort en courant et se dirige vers l’épicier du coin, il entre tête baissée en demandant au vendeur: - Vous n’avez pas de la limonade rouge? Dix baguettes aussi! L’épicier lui répond nonchalamment: - L’argent! Dépêche-toi! Abir le lui tend alors qu’une vieille dame entre et demande en vérifiant le pain avec ses mains: - Il est d’aujourd’hui? L’épicier, qui masque difficilement ses nerfs, dit: - Madame, il est 7 h du matin, bien sûr qu’il est d’aujourd’hui! Abir prend le pain, paye l’épicier et sort. Il dit merci, la condescendance est tradition, le mépris un passe-temps et la résignation un chromosome gravé au front. Abir dépose les achats, arrache son cartable du sol comme on arrache 21 TémoigOnRaAgNe une dent. Il prend le chemin du collège en courant, tout retard équivaut à une raclée en bonne et due forme dans l’art de la torture coloniale. Il rentre en classe, la première chose qui lui passe par l’esprit est d’apercevoir la belle des belles, comme il aime l’appeler. Sans faire exprès, il percute violemment le gros ventre de l’En-Saignante, elle le regarde avec son œil au beurre noir, trace d’une discussion animée avec son tendre époux. Elle oriente Abir vers sa place en le prenant par les oreilles, endurcies par les nuées de coups assourdissants. Prosterné devant son pupitre, il se tourne vers la gauche et voit Amira la tête baissée. Elle aussi veut le voir, mais les codes de valeur lui font retourner son regard comme si elle avait vu le diable. Quand même, elle ose. Abir voit ses membres fléchir, mais sa queue est en érection. Chez les animaux, la queue est la continuité de la colonne vertébrale, chez les hommes elle est le prolongement du pilier de l’amour. Innocence et inconscience des sens sont la quintessence de l’abîme qui sépare autant qu’elle ne rassemble la poudre de l’édification d’un«je» relégué aux sentiers d’une grammaire amorphe. Abir, par un signe des yeux, quémande un rendez-vous dans la cour pendant la récréation. L’approbation se fait attendre pendant deux interminables heures, mais elle arrive au front de Abir comme un sirocco des étés dévastateurs. La cloche sonne, les deux«attirés» se serrent la main. Abir, pas encore remis du mouillage de caleçon, dit à Amira: - J’ai entendu une très belle chanson et j’ai pensé à toi: Haki el khodmi ou galbi charkih (Tiens un couteau et 22 déchire-moi le cœur). Amira, toute attendrie, soulève une marque d’affection, elle lui dit qu’elle ne veut sortir avec lui que pendant les heures de cours. Après cette entrevue furtive, Abir passe aux rêves langage des chairs, elle est assise devant lui, ses cheveux attachées qui font valoir son visage angélique diabolisé par la castration des sens. Une mèche pendouille et divise en deux la quiétude des temps, elle relève sa tête, lui assène un sourire. Abir lui caresse le menton puis le cou, elle pose sa tête sur son buste et cherche les battements de son cœur affaibli. Elle cherche la fusion, et la fission qui fera exploser la charge nucléaire du fruit de l’aube humaine. Amour divin, amour lointain. Telle est la devise des épris non permis et des permis haïs. Leur union n’est que la trêve de la pasTémoFiigcntiaognes La limonade rouge sion au milieu de la guerre des mœurs. Il voudrait tant que cette position ne cesse à jamais, elle pourrait faire figure d’icône inviolée et gardée par des chevaliers fondus dans la masse des corps alignés devant la tragédie des hommes. Il sait que le fantasme n’est pas réalité, alors il fait comme ses copains de misère mentale:«il la culbute dans toutes les positions possibles et inimaginables.» A lui seul, il pourrait rééditer un nouveau Kama-Sutra local. Liberté est semblable à un périple semé d’embuches en raison des contradictions, voire des paradoxes que génère cette société schizophrénique. Abir vit deux mondes: occidental, les prémices d’une réelle logique, de subjectivité vecteur de modernité, et l’autre, oriental, uniformisé voire cléricalisé, qui ne cesse de sanctifier l’abime chez l’espèce parlante. L’élaboration 23 ORAN onirique ne s’éveille que sous le joug de la tyrannie que ne cesse d’éveiller le jeune adolescent. Etant donné que le refoulement de l’origine ne saurait estomper le souvenir de l’interdit au lendemain de la belle nuit du solstice d’été déplore le fait de ne pas pouvoir évacuer la décharge des produits sexuels. Il va se brancher en face de son ordinateur, de son magazine et de l’image furtive de sa voisine. Chute et ivresse, Abir est en proie à l’irrationnelle impétuosité du désir de l’interdit. Succède l’aliénation. Abir possédé et dépossédé, rendu étranger à lui-même, ne goutte-t-il pas un plaisir en son âme et conscience? Rare dissonance dans ce hallali, le modernisme qui fait office d’éclairage en s’efforçant d’innocenter le corps. Adnan Hadj Mouri 24 TémoFiigcntiaognes L’extraterrestre Mais qu’est-ce que vous foutez là, je ne sais pas à quoi vous pensiez ni comment c’est chez vous, mais vous n’avez absolument rien à nous envier, nos lendemains sont plus qu’incertains; c’est vrai que notre espèce a franchi les galaxies mais nous, on est toujours au stade de qui je suis?!… L’éducation et la culture sont otages des fossoyeurs d’identité, et peut-être même que les gens du peuple vous excluront à cause de votre mode de vie, de vos idées, de vos goûts et de votre perception du Très-Haut si différente. Il s’avère en plus sur cette planète que c’est dans l’air du temps, chacun cherche son bouc émissaire et c’est dommage que personne ne réalise qu’ici on est que locataires, surtout ceux qui nous gouvernent et qui font de Dieu leur fond de commerce, un Dieu qui, depuis qu’on tue des bébés en son nom, est démissionnaire; ils disent croire en certaines valeurs, mais en réalité ne croient absolument qu’en ce qu’il possèdent. En 88, ils nous ont dit: «Vive la démocratie!» Mais de quelle démocratie parlaient-ils? Celle qui brandit la matraque devant les toubibs et les enseignants grévistes pacifistes? Et si t’es pas d’accord, on te tabasse? La démocratie qui pactise avec les terroristes? Je sais, Monsieur, vous ne comprenez pas tout ce que je dis!!! Bref, je disais qu’il y a à peu près vingt ans, on nous a promis monts et merveilles, mais entre-temps le barbu est venu, les merveilles se sont fait égorger et il n’est resté que des monts impossibles à grimper; en haut les mêmes, tandis qu’en bas les jeux de cir25 TémoigOnRaAgNe que, ave docteur, ceux qui vont faire un infarctus te saluent et une partie d’entre nous va se faire bouffer en Méditerranée par des poissons que seuls eux peuvent s’acheter. Et je ne vous parle même pas des années 90 quand des fanatiques se sont baignés dans du sang impur. Cela dit, s’il y a un côté positif dans tout ça, c’est que, ironiquement, on a réussi a élaborer un nouveau système de numérotation. Maintenant, on dit 1 2 3 4 5 6 7 8 et noir, d’où la décennie noire et en fait en Algérie, on est tous quelque part peintre. Surtout en ce qui concerne l’histoire, on l’a peinte comme on colorie une image!! Non mais sérieux Monsieur l’extraterrestre, vous comptez vraiment vous installer ici ou bien c’est juste une blague que vous faites à votre belle famille pour la dissuader de ne pas vous rendre visite? Pensez à vos enfants! Aussi!! Nous, nos enfants sont champions du monde du posage de fesse sur un sofa face à la télé, là où ils se mettent à espérer des choses simples, jusqu’au jour où ils commencent à réfléchir au bonheur, tout en faisant leurs valises et préparant plein de dossiers plus compliqués que les 12 travaux d’Hercule... Et merde, qu’est ce que j’allais dire et que j’ai oublié? Ah oui! ça me revient, vous êtes une femme ou un homme, parce qu’on peut rien distinguer d’ici, je vois bien un truc mais ça ressemble plus à un GPS qu’à autre chose. Et moi depuis tout à l’heure je vous appelle Monsieur! Hein vous êtes hermaphrodite! Oh Monsieur! Euuuuh zut! Madame... bref je sais plus, vous quoi, vous avez gagné le gros lot c’est clair… Et ça va peut-être vous paraître hors de propos et déplacé, mais vous pensez quoi des sucettes?! Mehdi Nadjar 26 TémoFiigcntiaognes Schizophénie à l’algérienne Cette histoire est celle d’un jeune qui a grandi durant les années Boutef. Ce jeune homme, dont l’âge peut varier entre 18 et 22 ans, répond au nom de Farid. Farid n’est pas, loin s’en faut, ce qu’on peut appeler un jeune intello ou un jeune qui ambitionne de faire de hautes études. Ayant grandi dans un quartier populaire et populeux d’Oran, son passe-temps préféré se limite aux papotages avec ses potes de quartier, ou alors pour les soirs de vague à l’âme, à aller flâner sur le front de mer oranais, rêvant, voire même salivant, du jour où, par une chance incroyable, il se retrouverait de l’autre côté de la Méditerranée. Farid est aussi un jeune homme qui, il faut le relever, est totalement indifférent à la politique, algérienne et internationale. Sans même connaître Coluche, il est adepte de sa phrase, quand ce dernier disait à propos des gars de la politique: «Un pour tous, tous pourris!» Farid est également un gars qui, de tout temps, n’a eu de cesse de se chercher. Tour à tour séduit par le goût de l’aventure, et de fait séduit par la harga, tour à tour désireux de se trouver seulement une femme et de se marier au plus tôt dans son pays, d’y fonder un foyer, d’avoir des gosses et tout le toutim… Une fois même, pour ouvrir la parenthèse, après avoir un peu flirté avec une subsaha27 TémoigOnRaAgNe rienne qui a trouvé refuge dans le quartier de Farid, ce dernier a eu la nette conviction que l’aventure, la vraie de vraie, n’était pas devant nous, mais derrière nous, n’était pas en Europe, mais en Afrique centrale, ou en Afrique tout court, le seul continent plus à même d’assouvir notre soif d’aventure et de découverte. Voilà ce qu’il en est de Farid, ce jeune homme, qui, on l’aura compris, pour ne pas être tout à fait déphasé, manque tout de même sérieusement de repères. Mais un jour arrivent les élections de 2009. Pour être apolitique, Farid a tout de même jugé que le fait d’avoir changé de la sorte la Constitution en novembre 2008, «était tout de même assez gros!» … Mais qu’à cela ne tienne, il n’a même pas de carte d’électeur et n’a pas l’intention d’aller voter! 28 Une semaine avant l’échéance, il voit à la télévision, et à la télévision algérienne qui plus est, qu’un certain parti politique, d’obédience laïque, a jugé que la démocratie a tout bonnement été tuée en Algérie, qu’on était en deuil de la démocratie, et que, de ce fait, le secrétaire général de ce parti a décidé de mettre un drapeau noir sur le fronton de l’immeuble de son siège. Plus que séduit par cet acte qu’il a jugé «courageux», le jeune Farid décide, au lendemain des élections, d’adhérer sans tarder à ce parti laïc. Quelques mois plus tard, après l’effervescence des élections diminuée, après que la vie normale reprit son cours, on pouvait croiser Farid, toujours dans ce même quartier populeux et populaire, mais, cette foisci, ne manquant plus tout à fait de repères…, à ceci près qu’il portait un kamis TémoFiigcntiaognes Schizophénie à l’algérienne et avait une barbe! Par cette histoire, on ne veut nullement dire qu’il existe une sorte de pacte ou d’alliance entre les démocrates et les islamistes, et que les démocrates, secrètement, étaient ceux qui endoctrinaient les gens pour la cause islamiste. En fait, on veut simplement pointer du doigt l’absence totale des démocrates du véritable terreau algérien. On veut pointer du doigt l’absence de proximité chez les démocrates, leur ventre mou, alors que dans le même temps, cette proximité, plus à même de séduire le plus grand nombre, est le fort des islamistes! De ce fait, si la situation en Algérie est telle qu’elle est, il faut aussi reconnaître que l’opposition démocrate, par sa léthargie, en est aussi un peu responsable! Akram El Kébir 29 TémoigOnRaAgNe 30 TémoFiigcntiaognes Transmission Ceci est l’histoire d’une vie pleine de promesses non tenues et d’espoirs avortés. Il y a de cela quelques années, non loin d’ici, vivait une famille respectable. Elle se composait du père, Abdelhadi, cadre dans une entreprise privée, de la mère, Khalti Zohra, une femme adorable qui a arrêté de travailler après la naissance de son premier enfant, Hamza, étudiant brillant, jeune homme très attentionné envers sa jeune sœur Nacéra. Ils étaient tous les deux très bien éduqués et appliqués dans leurs études. On enviait la situation de Nacéra et on ne comprenait pas qu’elle n’arbore que très rarement un sourire qui illuminait son visage. En effet, elle était belle, vivait à l’abri du besoin grâce au travail de son père, avait un frère attentionné et protecteur… En réalité, Nacéra se sentait mal. Un malaise général qu’elle n’arrivait pas à bien cerner. Etait-ce le fait de se sentir constamment rabaissée? Etait-ce le fait que sa dimension humaine ne soit pas pleinement reconnue? Qu’elle soit réduite à son appartenance à un homme? Elle était fille de, sœur de et serait épouse de. Etait-ce de sentir le regard des gens sur elle? Etaient-ce les gifles qu’elle recevait de son frère? Nacéra était sortie de chez elle ce jour-là, le fameux sourire dessiné sur ses lèvres. Les voisins étaient sûrs, elle avait accepté la demande en mariage de Farouk, riche entrepreneur qui avait amené la«traditionnelle» tarte au domicile familial la veille. Avec lui, elle n’aura pas besoin de travailler, elle vivra seule dans une belle 31 Témoignage villa où elle pourra s’occuper tranquillement de sa future progéniture. Pourtant, il n’en était rien, Nacéra se moquait bien du mariage. Ses aspirations s’élevaient bien au dessus de ces histoires. En effet, elle se disait trop jeune et croyait farouchement à la nécessité de l’indépendance financière. Elle voulait continuer ses études, arriver jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de diplôme à obtenir. Elle avait soif de savoir. Elle avait soif de connaissances. Son sourire était dû à autre chose. Elle venait d’avoir sa licence! Elle voulait l’annoncer directement à son père. Il allait être tellement fier d’elle. En passant à coté de l’imposante bâtisse où il travaillait, elle entendit, au loin, le retentissement d’une sirène d’ambulance. Trop heureuse pour être superstitieuse, elle n’y prêta pas attention. Elle ne savait pas encore que c’était son père qu’on emmenait, elle ne savait pas encore que le bruit strident de cette ambulance serait le dernier lien qu’elle aura avec lui. Un malheur n’arrive jamais seul comme disent nos grands-parents. Du jour au lendemain, Hamza, son frère, avait disparu. Il ne donna aucune explication, laissant sa sœur et sa mère dans un désarroi abyssal, encore plus grand que celui de la perte du père. Pourquoi? Que faire maintenant? Comment faire? Elles étaient perdues, désemparées et sans ressources. Heureusement, Nacéra parvenait à garder la tête bien vissée sur les épaules; elle était convaincue de l’importance de trouver un travail dans les plus brefs délais. Elle écuma les annonces, déposa son maigre CV partout où l’on l’acceptait, fit appel à des connaissances et finit par faire du porte-à-porte une serpillère à la main. Elle n’avait pas le choix, sa mère avait dépassé l’âge du travail, elle 32 ne pourrait pas supporter de continuer ses études alors que Khalti Zohra ferait des ménages. Nacéra n’aurait pas supporté, en plus de l’humiliation quotidienne qu’elle subissait dans son travail, de voir le regard de sa chère maman se voiler de déception, alors elle le lui cachait. Pour elle, elle donnait des leçons particulières à domicile. Le sourire avait complètement quitté les maigres lèvres. Une année était passée depuis le décès de son père. Elle ne s’habituait toujours pas à son absence. La seule chose qui la rattachait à cette vie était le regard bienveillant de sa maman. En rentrant du travail, un jour d’automne, elle entendit une voisine venue prendre des nouvelles de Khalti Zohra, dire: - C’est vraiment dommage qu’une fille aussi jolie que la tienne n’ait pas intéressé un homme, il est trop tard pour faire la fine bouche! TémoFiigcntiaognes Transmission - Oui, tu as raison. Si ma fille m’avait écoutée et avait épousé l’entrepreneur, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Nous mangerions à notre faim et je n’aurais pas à supporter les ragots des gens. Je ne supporte plus qu’on dise que ma fille est devenue femme de ménage, j’en mourrais si c’était vrai!... Enfin, maintenant il est trop tard, Nacéra est passée à côté de la plus belle chance de sa vie pour des rêves… Elle n’a jamais été réaliste cette petite… - J’espère que tu sauras tirer les enseignements adéquats de cette histoire, ma fille, disait Fatima en claquant une bise sur la joue de sa fille. Nadia était belle et jeune, comme Nacéra dans l’histoire, bonne élève, elle avait la vie devant elle et… une future belle famille potentielle à accueillir le lendemain… Souâd Bensaâda 33 ATELIER COTNémSToAigNnTaINgEe 34 TTéémmooigignnaaggees 180 Degrés Ce n’est pas que j’ai peur pour ma virginité. Pas mon truc de m’identifier à une bouteille empaquetée, pas mon truc de servir d’objet à quelque fétichiste que ce soit. Il m’a fallu du temps pour me débarrasser du fardeau psychologique des années d’introspection. Refuser le poids fut aussi rapide qu’instinctif. Arriver à s’en libérer me prit tout le reste de ma vie. Je n’ai plus peur d’être dépucelée. Après tout, personne n’aurait l’idée de venir vérifier. Se rappeler de crier au scandale si jamais un jour quelqu’un osait remettre en cause ma pureté. «Kifech tu veux être sûr? Tu ne me fais pas confiance ou quoi? Il faut raisonner comme eux. Ne pas contredire leur logique, se fondre dans leur approche, se confondre avec eux. La meilleure défense est l’attaque. Et, en deux temps trois larmes, en sortir lavée de tout soupçon. Même pas peur.» Le problème n’est pas ma virginité. Ce n’est même pas ce trac qu’on ressent aux grands bouleversements. Un peu de courage aurait alors suffit. Cette angoisse-ci est beaucoup plus profonde. Je n’ai pas envie de lui expliquer, je lui demande de faire demi-tour. Je veux l’embrasser dans la rue, lui tenir la main. Je veux provoquer leurs regards, emmerder leurs gestes. Je veux agir sur les gens par ma visibilité même. Or faire «la chose», cachée entre deux arbres, a pour moi, comme une odeur de trom35 COTNémSToAigNnTaINgeE perie et de prostitution. Je suis sûre qu’il croit qu’on fait demi-tour parce que j’ai peur. Une fille, ça a souvent peur, c’est connu. Je lui expliquerai peut-être. Il sait à quel point je n’aime pas l’hypocrisie de tous. Il sait ce que je pense de ces gens qui la portent en eux, sur eux. Qui affichent des symboles en revendiquant les principes et, une fois bien dissimulés dans les coins sombres de la ville, les massacrent à coup de tronçonneuse. Je ne peux pas faire comme eux. Je ne veux pas leur ressembler. Je ne suis pas une pute qu’on baise dans les bois. Je ne veux pas me cacher ce que je fais. Ne pas faire demi-tour, c’est me trahir moimême. Il suffirait que je lui explique. Je ne veux pas contribuer un peu plus à sa frustration par mes avances trompeuses. Le reste de l’humanité s’en occupe déjà très bien. C’est pourtant moi qui ai décidé de l’emmener au M’rij. Puisqu’il n’y a nulle part où aller, les oiseaux se cachent pour copuler. Maudite Constantine et ceux qui voient de l’authenticité dans son archaïsme. Il me dit que c’est la même chose à Alger. J’ai une amie qui y vit seule, n’empêche. Il y en a qui sont bien nées. On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille. Et pour ce qui est des trottoirs, je suis sûre qu’il y en a plus à Alger qu’à Constantine. C’est moi qui ai décidé de l’emmener au M’rij, moi qui ai décidé de faire demi-tour. Je lui dois une explication. C’est une histoire à se faire traiter d’emmerdeuse, comme quand je jase indéfiniment lorsqu’il n’emprunte pas les passages cloutés pour traverser. Ou que je disserte sur la vérité du complexe phallique caché derrière son roulement 36 des R. Je le vois très bien me dire que je ne suis qu’une chipoteuse, toujours à vouloir me faire remarquer. Pourquoi est-ce si difficile pour moi de me conformer? S’il n’y a pas de demi-tour, c’est vrai que je n’aurai plus à donner d’explication. Mais voilà. Je ne suis ni chair ni poisson. Rien ne m’attire. Ni l’Occident, terre promise des uns. Ni l’inertie, doctrine des autres. Entre la facilité de la première et la lâcheté de la deuxième, mon cœur ne balance pas. Car enchaîné à une révolte qui m’est avant tout viscérale. Il ne veut ni fuir ni se cacher. Il me veut vivre sans me trahir. - S’il te plaît, fais demi-tour. Je t’expliquerai après. Si seulement je pouvais échapper à la sueur froide qui me tient lieu de peau, assise à côté de lui. Si seulement je pouvais rentrer seule. Arrivée à proximité de TTéémmooigignnaaggees 180 Degrés mon quartier se rajoute à mon mal l’angoisse des regards: le sien, rouge de reproches, et ceux des voisins, étincelants d’incrédulité. Par peur que ceux qui décident de moi ne m’y prennent en flagrant délit, je descends loin de chez moi. Sans me retourner, je fais quelques pas. Son regard pèse des tonnes sur mes épaules fragiles et honteuses. Il tarde à démarrer, je ne me retourne pas. Je l’entends partir et sens le ronronnement de la voiture se mêler aux battements de mes tempes. Il me manque déjà. Yasmine Gharbi 37 COTNémSToAigNnTaINgeE 38 TTéémmooigignnaaggees Le féminin algérien Je suis une prostituée de naissance, ma maladie congénitale: relation génitale avec un con. Destinée à être la pute d’un seul homme, le plus offrant lors de ma mise à l’encan. J’ai été éduquée telle une geisha… Mais sans art, sans grâce; d’autres critères étant préconisés dans le milieu où mes proxénètes pêchent le client: la réputation et la promesse de soumission. Tout ce qu’on m’apprit avait pour but de me préparer à ma fonction de mère de famille, ma vie d’épouse… Ma dé-vie, ma non-vie de putain dévouée. Souvent, c’est à un mariage: le marché aux putes, qu’une mère négocie, en habile maquerelle, le contrat de sa fille. La beauté, la réputation de fille rangée et l’étroitesse du vagin supposé obturé assure à la jeune fille une«sacrée» dot à dépenser en carcans et linceuls brodés au fil d’or. Puis, le père alourdi par ses couilles prétentieuses qui lui confèrent un pouvoir absolu sur toute la famille lui annonce, sur un ton sentencieux, sans dissimuler son soulagement, qu’on va la marier. Ce n’est pas pour demander son avis, il est comme juge qui annonce sa peine au condamné. Je ne suis pas une sensitive au cœur gâté et capricieux qui se rebelle contre tout. Ce n’est pas le mariage que je remets en cause, mais la fatalité d’une vie à sens unique. Il est vrai que la situation que j’ai imaginée plus haut est quelque peu caduque, aujourd’hui le 39 COTNémSToAigNnTaINgeE mariage n’est plus totalement régi et orchestré par la famille mais chose toute aussi dangereuse, il n’est toujours pas un choix lucide et responsable, il est une nécessité, une obligation, une soumission à la pensée unique. Car la société algérienne ne conçoit la femme que cloitrée dans un harem, cette conception est si ancrée dans l’esprit algérien qu’aucune femme ne voit son accomplissement en dehors de sa fonction de mère et d’épouse. La prise de conscience chez moi était aussi douloureuse qu’une gifle en plein visage. Si la douleur physique finit toujours par s’estomper, la blessure infligée à mon égo, à mon être, à mon identité, à mon moi me fait toujours convulser. J’avais 17 ans lorsque ma mère, qui n’est pas la plus conservatrice des femmes, m’avait dit: «Tant que tu vivras sous mon toit, c’est moi qui déciderai pour toi et lorsque tu seras chez ton mari, rabi yssehel...» J’ai eu mal, profondément mal. Ma gorge s’était nouée. J’ai quand même réussi à lui demander si je serai un jour sujet de ma vie. Elle me répondit, très légèrement sans avoir conscience du poids de ses mots, que non. J’ai eu conscience du problème et la première solution que j’aperçus était de me marier pour échapper à l’autorité de ma mère, puis de divorcer pour échapper à celle de son successeur. J’étais jeune, je n’avais encore jamais parlé de ces choses-là et je n’avais encore rien lu à ce sujet. Aujourd’hui, il est hors de question que j’emprunte le chemin que j’avais dessiné à mes 17 ans. Je compte 40 bien prendre ma vie en main et il me tient à cœur que toutes les Algériennes aient une prise de conscience. Je demande au grand patriarche pourquoi il en est ainsi, il me rit au visage, m’explique que je vais me calmer que c’est la jeunesse qui me monte à la tête. Je suis têtue, cela m’empêche de me résigner, de me conformer au désordre établi, de me soumettre à une identité féminine toute faite: l’épouse qui gère son homme et couve ses têtards mutants. Je ne veux pas me fondre dans la moule de l’Algérienne telle que la société l’impose, il ne faut pas se fondre dans le moule! «Parce que tu es une fille.»… Sur le ton de la vérité générale et évidente, condescendante ou regrettable, accusatrice parfois. TTéémmooigignnaaggees Le féminin algérien Enragée, triste et accablée… Voici le sentiment de l’enchaîné, de celui qui n’est pas maître de lui-même. Ils font de nous des esclaves de la fatalité biologique. «Car le plus lourd des fardeaux est d’exister sans vivre.»... Ne vous soumettez pas! Narimane Benmoussa 41 COTNémSToAigNnTaINgeE 42 TTéémmooigignnaaggees Derrière ma poitrine, il y a un cœur Je marchais à Oued El-Hed, cette cité perdue, ce quartier chaud de Constantine, qui faisait frémir un bon nombre de passants, voire de résidents. Ce coin qui, la nuit, laisse s’entretuer de jeunes adolescents et qui leur sert de refuge pour se droguer et s’immerger dans un monde cruel. Un monde dont j’ignorais l’existence et qui devint ma frayeur. Quand le soleil était là, rien n’empêche, ceux-ci abondent en vols et en agressions. Même les femmes y sont triviales dans leurs comportements. Je me rendais là bas, pour mon cours d’allemand une fois par semaine. J’avais une professeur d’une simplicité qui n’excluait en rien l’élégance. Ses longues mains qui prenaient délicatement la craie puis s’en allaient sur le tableau, je me perdais plus à en suivre les gestes gracieux que dans ce qu’elle écrivait. Elle me parlait de Berlin, elle me faisait rêver. Je n’arrivais pas à classer ce rêve. A vrai dire, je ne faisais pas attention à cela. Ma lucidité était accaparée par tout autre chose. J’étais au lycée, cette phase de ma vie qui me voulait vivre des amourettes, cette période qui prônait mes goûts de musique et mon look, qui me voulait rédiger toutes sortes d’écrits innocents, mais dont je ne garde en mémoire qu’une adolescence amorphe. Je souffrais du joug d’une société qui n’acceptait pas mes formes de femmes, et dépravait ma manière de marcher. Mes cheveux, étalés en frange sur le 43 COTNémSToAigNnTaINgeE front s’y déroulaient banalement puis finissaient en boucles, les yeux un peu plus bas; ma poitrine avec un peu trop d’allure sous mon décolleté semblait donner le droit de m’empêcher de porter un chemisier: pas même ça. Je mettais mal à l’aise, je me souviens, mon prof de dessin quand je devais me pencher sur la toile pour y ajouter quelques couleurs. «Mais pourquoi donc est-il si mal à l’aise?» , me demandais-je. En dehors de fantasmes sexuels qui étreignent certains, ma poitrine comme toute autre forme féminine est une nature. Mon prof ignorait peut-être qu’en dessous, il y avait mon cœur. Le cœur y est toujours, tandis que les formes évoluent. Je ne voulais plus les cacher, je tentais d’acquérir ma liberté. Et cette société même qui n’acceptait pas mon idéologie. Qui minimisait mes envies. Qui me posait des barrières là ou il ne fallait pas, comme m’interdire d’entrer au stade, de sortir manger une crêpe avec un groupe d’amis mixtes, ou simplement de m’asseoir sur un des six bancs qui se trouvaient en bas de ma cité, et dont justement personne ne se servait si l’on en excepte quelques usagers incommodants, sciemment maladroits, qui, ignorant poser leurs fesses à l’endroit, les posaient plutôt sur le dossier pour ainsi dire. Cet environnement avoisinant qui m’enserrait m’imposait une identité qui n’était pas mienne. Il cherchait en vain à m’endoctriner. Je voulais, contrairement à tous, renoncer à une croyance dont je n’avais précisément pas besoin. Un sentiment s’imposa: l’abandon. Uniquement, cette série télévisée de Dawson qui m’a appris quelque peu l’amour en liberté, 44 l’amour entre les deux sexes et l’amour homosexuel. Des sujets tabous, sur lesquels je devais me taire. Ne pas savoir pourquoi me taire aussi. Ou surtout, au fond de moi, je procédais seule à démystifier la réalité sociale. Un ostracisme se dégageait de mes enseignants, de mes voisins, de mes camarades et des passants dès que quelque mot m’en échappait. Aujourd’hui, j’arrive mieux à parler et à me distinguer. A retrouver mon identité. Je sais lire aussi, non pas ces livres avec des dessins médiocres, d’un piètre contenu et d’une infime qualité. Non, plutôt, suivre le cours de la vraie histoire depuis et avant Massinissa. Je suis née en Algérie, et je pense que je me dois d’être une Algérienne respectée et aimée. Cependant, on ne peut s’empêcher de remarquer de la violence partout. TTéémmooigignnaaggees Derrière ma poitrine, il y a un cœur Quand l’homme bat son épouse et que le frère peut aussi se permettre de battre sa sœur, comment la femme qui deviendra mère saura-t-elle raison garder, ne sera-t-elle pas folle? Cela n’est qu’un point qui justifie l’enfant à caractère sauvage. Il est envoyé dehors vagabonder, n’importe où et à des heures indéfinissables. Je trouve qu’il est sûr qu’il m’agressera. Comment pouvoir écrire sur un amour passionné? Tout ne m’inspire qu’amour opprimé. Sophia-Lyna Meziane 45 COTNémSToAigNnTaINgeE 46 TTéémmooigignnaaggees L’enversité La vie n’est pas un long fleuve tranquille, tous les jeunes Algériens le savent très bien, beaucoup ont même fini par apprendre, à leurs dépens, que ce n’était qu’un vulgaire oued infect avec son lot d’odeurs pestilentielles. Je généralise peut-être et suis probablement plus proche de la bêtise que d’autre chose. Cela dit, force est de constater que les choses, dans notre pays, ne tournent pas toujours dans le bon sens, du moins dans celui qui nous arrange. Mon témoignage, qui est axé sur le volet éducatif et universitaire, se veut avant toute chose le partage d’une expérience personnelle avec ses enseignements et ses multiples désillusions. Il est aussi et surtout un commentaire et une critique qu’on se doit de commenter et de critiquer. Un baccalauréat littéraire suivi de cinq ans de droit(ayant refait la première année), tel est le résumé d’un misérable parcours universitaire où le mot d’ordre, ressassé d’ailleurs par des générations de juristes et à plus grande échelle d’étudiants, n’était que ce sombre «faites la queue et vous passerez tous», n’ayant pu trouver une fidèle traduction au«Kouffer Tendjeh» qui s’affirme comme le seul système à la fois éducatif et universitaire pouvant prospérer en Algérie. Le K.T.(Kouffer Tendjeh) viendrait-il, d’ores et déjà, sonner le glas du système révolutionnaire du LMD, pour lequel le gouvernement a opté depuis quelques années? Les deux systèmes ne sont-ils finalement pas qu’une seule et même chose? Ou alors, le K.T ne serait là que pour prêter main forte et permettre de LMD à l’uni47 COTNémSToAigNnTaINgeE versité(comprenez Limiter au Maximum les Dégâts)? En fait, je ne sais pas, Dieu sait s’il y a des gens qui savent dans ce pays, et pour tout dire, je crains le pire. J’aborderai du coup un point que je maîtrise, sans prétention aucune, un peu mieux, et au sujet duquel je dispose de plus d’informations. Les étudiants et leur orientation. Cette frange de la société, qui est considérée partout ailleurs comme un véritable trésor qu’on préserve, qu’on soigne, voire qu’on bichonne, représente le seul vrai investissement à long terme. Valeur sûre de tout Etat qui se respecte, les étudiants sont porteurs d’espoir et clé de réussite. Or, l’Algérie n’est en aucun cas ce partout ailleurs. Année après année, la condition estudiantine se détériore, et ce ne sont ni les quelques sous qu’on verse en plus dans une vulgaire bourse ni ces multitudes de résidences universitaires qu’on inaugure en grande pompe çà et là, encore moins ces pôles aux horizons sombres qui feront progresser les choses. Ce n’est que de la poudre aux yeux. L’Algérie de 2010 avec son taux de réussite au bac en perpétuelle progression, flirtant avec les 60%, n’est pas belle à voir. Il y a des drames qui se jouent dans nos universités et qu’on essaie de masquer à coup de chiffres gonflés. Pour vérifier le constat plutôt alarmiste que je dresse, il suffit de se rendre dans un des ces centres universitaires qui fleurissent à tout bout de champ, de passer par le premier département qui vous vient à l’esprit et de débarquer dans une de ces salles bourrées de monde pour poser cette maudite question: «Qui a choisi cette spécialité?» J’ai failli verser quelques larmes devant la détresse de ces étudiantes de l’ENS(Ecole normale supérieure), qui et 48 malgré leur 15 de moyenne ont été orientées vers une spécialité dont elles ne soupçonnaient même pas l’existence. Demandons-leur après de s’investir et de réussir? L’ENS n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, on a tous connu ou connaissons aujourd’hui des gens qui sont en sciences exactes, alors qu’ils sont incapables de résoudre la moindre équation, d’autres qui se spécialisent par contrainte et dans une logique de quota imposée dans la langue de Molière, alors qu’ils ne parviennent même pas à placer deux phrases qui se tiennent. Je suis moi-même dans l’incapacité de fournir une consultation juridique à qui me le demande, alors que je trimballe avec moi une licence et même un CAPA(certificat d’aptitude à la profession d’avocat). J’espère que les futurs médecins ne confondront pas cœur et foie. On en rigole, mais cela fait affreuTTéémmooigignnaaggees L’enversité sement peur. Il est à mon sens urgent de rectifier le tir, travailler à assurer une meilleure orientation est devenu primordial pour l’avenir de l’université et du pays tout entier. C’est l’idée développée par un collectif de jeunes en partenariat avec des associations et des fondations, dont la Friedrich Ebert Stiftung. Ces entités nous donnent le moyen de réaliser des projets conçus et pensés par de jeunes Algériens amoureux de leur pays et soucieux de le voir progresser. Avoir l’occasion de travailler pour le bien de son pays et de connaître des gens qui partagent les mêmes valeurs humaines auxquelles on tient, voilà la chance qu’on a et l’expérience qu’on vit. Osman Chaggou 49 ATETLéImERoiOgnRaAgNe L’autre et moi Le Harrag n’est pas l’autre. Le Harrag était pour moi quelqu’un qui pouvait troquer sa vie contre une autre, au risque de la perdre. Pour moi le harrag était l’autre… l’autre pauvre, l’autre sans éducation, l’autre ignorant, l’autre inconscient. L’autre qui faisait erreur, en croyant qu’ailleurs c’était meilleur, qu’ailleurs c’était le bonheur, qu’ailleurs on gagnait de l’argent sans sueur. Les années ont passé et je me suis deman50 TTéémmooigignnaaggees dée qui suis-je pour les juger? Que connais-je de la vie? Que sais-je du droit? Moi qui ne l’ai jamais connu! J’ai fini par comprendre alors que le pauvre ignorant, inconscient était moi, et que l’autre ça pouvait aussi être moi. Oui, parce que le Harrag est quelqu’un qui pourrait troquer sa vie contre une lueur d’espoir d’une survie. Amina Hadji 51 Témoignage Citoyenneté, où est le mode d’emploi? La foudre est un phénomène naturel qui se produit lorsqu’une tension électrique s’accumule entre les nuages d’un orage et crée ainsi une décharge, subie alors par la terre. Malheureusement, en Algérie, la foudre tombe souvent, même un peu trop et plus que chez nos voisins. Du Nord bien sûr, ceux d’à côté ne comptent pas beaucoup. Il suffira de parcourir les gros titres des journaux pour réaliser l’étendue du phénomène et son impact sur une société qui se divise après chaque coup, et continue à le faire même sous les simples éclairs anodins et le son du tonnerre lointain. La cause est physique bien entendu, car si l’élite travaille durement pour amener le pays à se développer, elle a l’air d’oublier qu’il y a 35 millions d’autres qui vont subir le vent du changement, et qu’ils risquent de ne pas le suivre forcement puisqu’ils n’ont pas été associés à la décision. Cela cause le détachement entre le gouvernant et le gouverné, et installe une brèche entre les besoins et les visions des deux parties. Quittons pour un moment le royaume des cieux et revenons sur terre afin d’examiner de près comment les diverses composantes de la société subissent l’expérience orageuse. D’un côté, le milieu urbain très politisé, au rythme de vie très rapide, reproduit lui aussi le même modèle de comportement du gouvernant, qui d’ailleurs y trouve ses partisans, surtout dans les grandes villes du Nord. De l’autre côté, le monde rural avec sa cadence lente et sa résistance aux changements apportés, et surtout 52 TTéémmooigignnaaggees importés. Or ces deux mondes ne cessent de s’affronter, créant parfois des blagues et des plaisanteries, comme dans le cas des deux villes voisines Oran et Mascara, mais aussi avec des bilans sanglants et pas du tout comiques, comme l’affaire des expéditions punitives en juillet 2001 à Hassi Messaoud, où 500 hommes ont agressé et torturé plus d’une centaine de femmes. Pour finir, je raconterai cette anecdote vieille d’un an. C’était lors de mes vacances de fin d’année à Taghit, dite l’Enchanteresse, oasis saharienne dans la wilaya de Béchar, connue pour ses Ksour, ses palmeraies, mais surtout pour l’hospitalité de ses habitants. J’étais assis à même le sol attendant le bus, quand une femme âgée s’est rapprochée pour s’assoir près de moi. Poussée par la curiosité, elle commença à me demander d’où je venais, mon appréciation sur la région, et me posa des questions auxquelles je répondis avec plaisir, connaissant le caractère curieux des ces gens. Puis, doucement, la discussion dévia vers le comportement des jeunes d’aujourd’hui et leur irrespect des éthiques sociales, induisant un choc culturel important; et là, comme pour l’illustrer par un exemple réel, une jeune fille passa devant nous, vêtue d’un minishort et d’un décolleté, faisant tourner la tête de tout un boulevard de femmes et d’hommes tous âges confondus. On était le 31 décembre, cette fille venait en touriste pour fêter son réveillon. La femme âgée me posa alors cette question: «Avons-nous le droit d’être ainsi libres?» Houari Anès 53 TémoigOnRaAgNe Les Guignols de la langue 20h, j’allume la télé, J’ai le choix entre les guignols sur CANAL+ et le JT sur l’ENTV. Par sursaut nationaliste, du moins je crois, je décide finalement de prendre mon courage à deux mains et de mettre l’ENTV. De plus, guignols pour guignols, je préfère les vrais. Le jingle est déjà une étape difficile à franchir, je m’accroche et un journaliste, bien sapé mais étrangement coincé, commence à parler. J’écoute, j’écoute, mais rapidement je me rends compte qu’en fait je ne comprends pas grandchose à cette logorrhée. Cette télévision s’adresse à moi dans une langue que je ne saisis que vaguement et que l’on 54 TTéémmooigignnaaggees considère comme étant ma langue maternelle. Ils ne connaissent vraiment pas ma mère ceux-là… Et là, question se pose, ou plutôt LES questionS se posENT. Pourquoi me parle-t-on dans ma télé nationale ou au sein de mon école nationale ma soi-disant langue nationale sans la comprendre vraiment? Pourquoi veut-on nous placer dans un moule artificiel avec une identité qui réduit l’étendue de mon histoire à 14 siècles, comme si avant il n’y avait dans cet espace géographique, qu’est mon pays, pas d’humains, pas de civilisations, pas de culture, rien qui ne vaille la peine d’être considéré comme nôtre… Peut-on encore brider le développement de notre langue? Refuser l’innovation? À maintenir coûte que coûte en vie une langue qui bat déjà tous les recordes dans les hit-parades de la longévité linguistique. Est-ce trop demander que d’avoir une télé algérienne parlant algérien? Mais bon, j’arrête ici cette cure de questionnements, je suis trop fatigué pour ça, en plus faut faire vite, les guignols, ceux de CANAL+, vont bientôt se terminer. Larbi Benaïssa 55 TAMTéAmNoRigAnSaSgEeT Légende 03 56 Tamanrasset/ PrésentaionTédmeoli’gantealgieer La soif de dire et de(d’) écrire Cela faisait de très longues années que je n’avais mis les pieds à Tamanrasset. La première fois où je l’avais visitée, c’était à l’occasion d’un reportage, au début des années 80, et je n’ai gardé en mémoire que la virée au tombeau de Tin Hinan, la reine des Toureg, à Abalessa, et les propos d’un haut responsable qui conseillait aux autorités locales de ne pas utiliser le parpaing pour les constructions, mais de privilégier les matériaux locaux. Il est vrai que la pierre, matériau naturel et plus noble, ne manque pas dans la région et qu’elle aurait pu donner naissance à une véritable industrie de la pierre taillée et à la formation de beaucoup de jeunes dans ce métier. Les rares reportages que j’avais lus après ce voyage dans la presse décrivaient une autre Tam, tentaculaire et cosmopolite, où les trafics en tous genres, le banditisme, la drogue et le terrorisme frontalier avaient pris le dessus. C’est donc avec une certaine appréhension que je pris l’avion pour aller à la rencontre d’un groupe de jeunes qui devait participer à un atelier d’écriture sur des thèmes d’une actualité brûlante. 57 TAMTéAmNoRigAnSaSgEeT La ville avait en effet considérablement changé. Ce n’était plus le«bourg» avec son avenue principale où les gens menaient une vie débonnaire et insouciante, où les départs et les retours des caravanes sillonnant le désert étaient les principaux événements et le manque d’eau dans la ville le souci permanent. S’étendant dans tous les sens, Tam s’était développée et le«centre» s’est transformé en «centres». Larges avenues, commerces multiples, mouvement incessant, Tam bat comme un cœur immense sous le soleil printanier en plein cœur d’un hiver particulièrement rude au Nord et des étoiles d’une brillance incomparable la nuit. Tam avait changé, mais son charme était toujours là. Et ses jeunes, dynamiques, branchés, accueillants piaffent d’impatience de voir les conditions de leur vie changer, et surtout d’y contribuer. Le grand sujet était l’arrivée prochaine de l’eau de In Salah, qui allait enfin étancher la soif des habitants. Mais aussi les festivals qui se succèdent à un rythme effréné; Festival de la chanson amazighe, Festival international des arts de l’Ahaggar, Ameni ou le Festival du dromadaire, etc. Dès le premier contact, toutes mes craintes se dissipèrent 58 La soif de dire et dTeém(do’)igéncargire et je ne fus donc pas surpris par la liberté de parole et de ton tout à fait remarquable pour des jeunes éduqués dans le sens de la retenue, de l’économie des mots et de la pudeur, que des sujets aussi actuels que sensibles, aussi complexes que douloureux, comme le phénomène de la harga, la décennie noire, la place de la femme dans la société, l’identité, le chômage ont été abordés et disséqués durant les deux jours de l’atelier d’écriture. Seule la question du terrorisme, pourtant aux portes de la capitale du Hoggar à cause des actions meurtrières de l’AQMI dans les pays de la région sahélo-saharienne, n’a pas retenu l’attention, comme si les jeunes voulaient l’éviter ou… l’oublier. Une quinzaine de jeunes, lycéens, étudiants, chômeurs et cadres dont la moyenne d’âge se situe autour de 20 ans, dont la majorité est issue de Tamanrasset et auxquels se sont joints quelques-uns de Djanet, In Salah, Ghardaïa et Béjaïa ont assisté avec assiduité au débat et ont abordé avec l’animateur et entre eux tous les thèmes proposés, souvent avec une profondeur dans l’analyse, une pertinence dans les remarques et un réalisme dans les propositions qui font montre d’une connaissance approfondie de la réalité et une conscience aigüe dans son 59 TAMTéAmNoRigAnSaSgEeT appréhension. L’esprit du civisme, de tolérance et d’écoute a prévalu même si parfois le ton utilisé était vif, mais nullement agressif, révélateur d’une passion dans l’expression des points de vue et d’un amour pour le pays qu’on veut voir sortir au plus vite des problèmes qui le minent. Les échanges auraient été plus forts et plus passionnants si des femmes, absentes le premier jour, avaient apporté un plus avec leur sensibilité féminine. Ce n’est que dans l’après-midi du deuxième jour, et devant l’étonnement feint de l’animateur, qu’il a été fait appel à deux femmes qui ont«égayé» de leur présence la salle sans peser d’aucune sorte sur le cours de débats qu’elles n’avaient pas suivis dès son début. Tous s’accordent à dire que les problèmes de l’Algérie, aussi complexes soient-ils, ne sont pas insurmontables et qu’il suffit que les gouvernants fassent confiance aux jeunes pour qu’ils contribuent avec leurs connaissances, leur culture et leur patriotisme à leur résolution. Contrairement à une idée répandue, à la question concernant le désir de départ à l’étranger, de manière légale ou illégale, l’écrasante majorité des présents préfère rester au pays et contribuer par des initiatives collectives ou individuelles à son édification et son 60 La soif de dire et dTeém(do’)igéncargire développement. Ils l’expriment parfois de manière imagée comme Ben Hassi Mabrouk qui décrit le jeune à courte pensée comme un jeune qui croit que la harga est une alternative à ses problèmes quotidiens et qui vit dans la conviction qu’une fois sur l’autre rive, il trouvera pour l’accueillir «une grande femme blonde tenant dans une main une rose et dans l’autre main la clé d’un appartement et qui l’étreint de toutes ses forces» . Cette image est atténuée par le fait du «désespoir et du mal de vivre» en Algérie. Cette«rage» de construire leur avenir ici et maintenant n’a d’égal que leur rejet et leur refus de toute exclusion sociale, politique, économique ou culturelle. Comme cet autre qui pense qu’il y a «un grave problème de communication en direction de la jeunesse qui constitue un secteur essentiel de la société en mesure d’apporter de nombreux changements si l’initiative lui était laissée» , mais un troisième constate que «les mesures prises en direction des jeunes» sont restées lettre morte tout comme d’ailleurs sont restées à l’état de promesses les«droits des femmes». Le progrès et le développement par la maîtrise des sciences et des nouvelles technologies est une conviction parta61 Témoignage gée à la condition que soit accordée toute l’attention à«la recherche scientifique efficiente» et à«l’encouragement des créateurs et des innovateurs». C’est-ce que croit, dur comme fer, le jeune poète Mohamed Lamine Toumi qui traduit, avec un sens poétique inné et une maîtrise de la formule juste, le sentiment général des jeunes et de sa génération. Discours du sage réformateur L’injustice semble éternelle dans ma nation Comme si la promesse d’éclaircie était à jamais partie Au-dessus de leurs têtes on l’a suspendue Et de nous et d’elle s’en est éloignée Comme une armée d’invasion dont chaque compagnie Pèse sur les épaules de chaque individu qui la supporte Mais si je regarde vos visages Je vois le visage de l’ombre tremblant La conciliation est votre rejeton et votre géniteur Il est le meilleur géniteur pour vous et ce qu’il a généré Ne soyez pas tristes s’ils ont trahi votre pays Avec toute science, nous trancherons le nœud . Lazhari Labter Alger, le 8 janvier 2011 62 Témoignage zábGô◊G{ IôgÉX ô˘cò˘dɢH ¢üî˘fh Ωƒ˘˘«˘˘dG™˘˘ª˘˘àÛG «˘˘dEG …ò˘˘dG …CG ø˘gP ø˘Y ∂Ø˘˘æ˘˘J»˘˘à˘˘dG AGOƒ˘˘°ùdG ᢢjô˘˘°û©˘˘dG øe É¡æY õ‚GC Éeh É¡°ûjÉY hGC É¡°TÉY …ôFGõL OGôaGC iód QGô≤à°SG’GC ádÉM ¤GE äOGC ÖbGƒY ™ªàÛG OGôaGC ÚH á«≤«≤M IƒØg™æ°U Ée™ªàÛG ᢢ¡˘˘L ø˘˘e ᢢeƒ˘˘µ◊Gh Ö©˘˘°ûdG ÚHh ᢢ˘¡˘˘˘L ø˘˘˘e Ó°†a Gòg Ió°ûH á«æWƒdG πµ°ûe ìôW Ée iôNGC Êɢ©˘J âfɢ˘c …ò˘˘dG ᢢjƒ˘˘¡˘˘dG π˘˘µ˘˘°ûe ø˘˘Y Qƒ¡X ¤GE iOGC ‹ÉàdÉHh ∫Ó≤à°S’G òæe ôFGõ÷G ôFGõ÷G‘ π«ãe É¡d ±ô©j ⁄ á«YɪàLG IôgÉX …Qƒ¶æÃ»àdGh ÜábGô◊GG IôgÉX»gh’GC Iƒ≤Hh È©J Ée Qó≤H á«æWƒdG Ωƒ¡Øeh ≈aÉæàJ’ ¢UÉÿG ‘ á«eƒ«dG IÉ«◊G ∫ÓN øe ôgƒé∏d ßMÓŸG ¿GE iôj á°UÉN ájôFGõ÷Gh áeÉY á«HQɨŸG ÉæJÉ©ªà› ‘ ᢰUÉÿG ᢫˘°Sɢ«˘°ùdG äGQƒ˘˘£˘˘à˘˘dG ɢ˘e ¿CG √ó˘˘æ˘˘Y ±ƒ˘˘bƒ˘˘dG ¤EG Gƒ˘˘Yó˘˘j Ú°VÉŸG ø˘˘jó˘˘≤˘˘©˘˘˘dG ô˘gGƒ˘¶˘dG ¿ƒ˘c ∂dP Öà˘c ø˘Y «˘∏˘Y ±ô˘˘©˘˘à˘˘dGh π˘c ,∫Ó˘≤˘à˘°SÓ˘d ô˘gGƒ˘¶˘dG ó˘≤˘YCG ᢫˘Yɢª˘à˘˘L’G ±hô¶dG â¡HɰûJ ɪ¡e GóM ≈∏Y É¡æe ádÉM ¿ƒbô£j ∫ÉÛG Gòg‘ ڪ࡟G π©L Ée Gògh √ò˘g √ÉŒ á˘jDhô˘˘dG í˘˘«˘˘°Vƒ˘˘à˘˘d á˘˘Ø˘˘∏˘˘àfl™˘˘«˘˘°VGƒ˘˘e º˘K á˘jɢbƒ˘dGh ɢ¡˘æ˘e ó◊G ≈˘∏˘Y π˘ª˘©˘dGh ô˘gGƒ˘˘¶˘˘dG .∂dP øµeGC ¿GE ìÓ°U’E Gh êÓ©dG ™°VƒdG‘ ≥«ªY ´ÉÑJ á«°SÉ«°ùdG äGQƒ£à∏d ¿Éµa 63 Témoignage AGOƒ``°ùdG á``jô°û©dG á``eRGC ‘»˘°Sɢ°SC’G ô˘˘°üæ˘˘©˘˘dG ¿ƒ˘˘µ˘˘j …ò˘˘dG Üɢ˘Ñ˘˘°ûdG AÉ«°TGC Ò«¨J™«£à°ùj ᣫ°ùH IQOÉÑÙªàÛG ≈∏Y çô◊Gh å◊G Öéj Gòd ©ªà›‘ IÒãc Gògh IQɰ†◊Gh á«YƒàdG ô°ûf‘ ÜÉѰûdG ᢫˘eÓ˘YEGh ᢫˘æ˘jƒ˘µ˘˘J äGQhO ¢ù«˘˘°SCɢ˘J ¤EG Oƒ˘˘©˘˘j ¤GE IôµØdG ∫ɰüjGE h á«YƒàdG ô°ûf á«°†b èdÉ©J .™ªàÛG OGôaGC áaÉc óªfi»```gGR ɢ˘¡˘˘«˘˘a âfɢ˘Y ᢢ∏˘˘Môà IÎØ˘˘dG √ò˘˘g ô˘˘FGõ÷G äô˘˘e á«°SÉ«°S äÉYõf ÖѰùH ∂dP ¿Éch»°SÉB ŸG ø˘˘˘˘eC’G‘ ∫Ó˘˘˘˘à˘˘˘˘˘NG ¤EG iOCG ɢ˘˘˘˘e Gò˘˘˘˘˘gh(...) 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H ∂°ùªàe ¿ƒµj ©eh ,°üJh ó«©dG ìÓ``jR 70 Témoignage Üô````¨dGh Üô```©dG »YƒdG ÜÉ«Zh ᫪æàdG QɰûàfGh âbƒdG Qhôe™eh ᢫˘Hô˘©˘dG ɢæ˘Jɢeƒ˘≤˘e ¢Vô˘≤˘æ˘˘J ±ƒ˘˘°S Üɢ˘°ûdG ÚH óYɰüdG π«÷G Gòg ∫ÓN øe ¢ùª∏f øëfh ©˘˘∏˘˘£˘˘Jh ᢢ«˘˘Hô˘˘©˘˘dG IQɢ˘°†◊ɢ˘H I’ɢ˘Ñ˘˘eÓ˘˘dG Ωó˘˘Y â–h ≈ªY’C G ó«∏≤àdG á«æH á«Hô¨dG äGQɰ†ë∏d ‘ ÖdÓëfGG ƒg ∞°SÓC d øµdh ÖëàØàdGG ´Éæb .øjOÉ«ŸG™«ªL ⁄ɢ©ŸG ¢ùª˘W ¤EG ±ó˘¡˘˘j Üô˘˘¨˘˘dG ¿CG ¢ùª˘˘∏˘˘æ˘˘a Ée Gògh á«Hô©dG ¿Gó∏Ñ∏d á«°üî°ûdG äÉeƒ≤ŸGh ¥ôZh ÜÉѰûdG ´É°V GPGE.…ôµØdG hõ¨dÉH ≈ª°ùj ød Üô¨∏d ≈ªY’C G ó«∏≤àdGh•É£ëf’G ôëH‘ øe óLƒj πg?ÜôY ÉæfÉC H QÉîàa’G™«£à°ùf πg ?»HôY ≈∏Y ∫ƒ≤dG™«£à°ùj äÉ«HÉéjGE Ió©H ô¡à°ûJ Üô©dG âfÉc Ëó≤dG‘ ¥Ó˘˘NC’G‘ ∫ó˘˘Ñ˘˘Jh ¿É˘˘eRC’G Qhô˘˘e™˘˘e ø˘˘µ˘˘dh Oô› ɉGE h IOƒLƒe Üô©dG ó©J ⁄ äGOÉ©dGh ÜôY ÉæfGC ∫ƒ≤dG™«£à°ùf Óa.ïjQÉJh ¢ü°üb É˘æ˘ª˘«˘bh ɢæ˘FOÉ˘Ñ˘e ø˘Y É˘æ˘«˘∏˘î˘J ó˘b ɢæ˘fC’ ∞˘°SCÓ˘˘d áª∏µdG Ée πµH Üô¨∏d Ú©HÉJ ÉæëѰUGC h á˘jô˘µ˘a É˘æ˘˘à˘˘«˘˘©˘˘Ñ˘˘à˘˘a.á˘˘Ø˘˘°üdG √ò˘˘¡˘˘d ≈˘˘æ˘˘©˘˘e ø˘˘e .á«bÓNGC h 71 Remerciements Animateurs Chawki Amari, Lazhari Labter Partenaires CCF D’Oran Et plus particulièrement tous les participants: Ali Bouteldja, Riad Bekhchi, Benaissa Larbi, Hayat Remmache, Wafaa Remmache, Souâd Bensaâda, Amina Hadji, Dalila Belkacem, Mouard Belkahla, Faîçal Razkallah, Akram El Kebir, Nabila Nadjet Guermesli, Osman Chaggou, Charaf Eddine Kadri, Mehdi Haddouche, Yasmine Gharbi, Sophia-Lyna Meziane, Narimane Benmoussa, Sabrina Bouchaîr, Sara Bouhair, Anès Houari, Benlahbeb Nasser, Bansaifi Hocine Amir, Benachour Kaîs, Daghiche Moza, Tadjine Med Ali, Nedjar Mehdi, Medjroubi Nawel, Djelouah Amel, Boudraa Amira, Belloum Amani, Rachedi Karim, Habda Lynd, Toumi Med El Amine, Bleila Abderaouf, Mansouri Fatah, Herouini Youssef, Ben Sebgag Mahmoud, Mouloudi Ismail, Herrouini Abdelmadjid, Mestam Med Abderahmane, Felli Mhamed Toham, Keddi Abdesami, Bayaoui Khalifa, Zeballah L’aid, Zahi Mohamed, Benali Mabrouk, Ladfar Laid 72