ÉTUDE DÉMOCRATIE ET DROITS DE L’HOMME L’IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES Une enquête auprès de« Jeunes leaders» au Moyen-Orient et en Afrique du Nord Jörg Gertel, David Kreuer Septembre 2021 Cette étude donne un aperçu du groupe des participant.es au programme Jeunes leaders de la Friedrich-Ebert-Stiftung dans la région MENA et de la façon dont ils/elles ont vécu la crise du Covid-19 de l’année 2020. Le coronavirus a directement menacé et parfois emporté la vie d’ami.es et de membres de la famille. Les mesures prises pour endiguer la pandémie ont ébranlé la sécurité de l’emploi, les trajectoires éducatives et la stabilité de la santé mentale de nombreux jeunes. En même temps, un haut niveau de réflexion, d’ingéniosité et d’optimisme est évident. Les Jeunes leaders font état d’une perception de solidarité accrue, de nouvelles formes d’engagement civique, d’une sensibilisation aux questions environnementales et au changement climatique. L’IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES Une enquête auprès de« Jeunes leaders» au Moyen-Orient et en Afrique du Nord Cette étude donne un aperçu de participant.es au programme des« Jeunes leaders» de la Friedrich-Ebert-Stiftung à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord et de comment ils/elles ont vécu la crise du Covid-19 en 2020. La plupart des participant.es au programme sont des jeunes, instruit.es et socialement engagé.es, issu.es des classes moyennes de leurs pays. Si la pandémie de Covid-19 n’a pas été la seule et vraisemblablement pas la plus grave des crises qui ont affecté la vie quotidienne en 2020, son impact négatif a néanmoins été immense. Le coronavirus a directement menacé et parfois emporté la vie d’ami.es et de membres de la famille. Indirectement, les mesures draconiennes prises pour enrayer la pandémie ont ébranlé la sécurité de l’emploi, les trajectoires scolaires et la stabilité de la santé mentale de nombreux jeunes. Les habitudes quotidiennes ont été perturbées, la plupart des familles étant confinées chez elles pendant un certain temps. Les priorités en matière de dépenses se sont déplacées des activités de loisirs vers les produits de première nécessité. En même temps, un haut niveau de réflexion, d’ingéniosité et d’optimisme persistant est évident chez de nombreux jeunes. Ils font état d’une perception de solidarité accrue, de nouvelles formes d’engagement civique appréciées par la société, d’une sensibilisation accrue aux questions environnementales et au changement climatique mondial, et formulent des propositions constructives sur la manière dont l’infrastructure de santé publique de leur pays d’origine pourrait être améliorée. Plus d’information sous ce lien: https://mena.fes.de/fr/projets/etude-jeunesse DÉMOCR AT I E E T DRO I T S DE L‘HOMME L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES Une enquête auprès de« Jeunes leaders» au Moyen-Orient et en Afrique du Nord Table des matières 1. INTRODUCTION 2 2. QUI SONT LES JEUNES LEADERS DE LA FES? 5 3. LES JEUNES LEADERS DE LA FES ET LA PANDÉMIE 8 4. VALEURS, ENGAGEMENT CIVIQUE ET 15 SANTÉ MENTALE 5. CONCLUSION 23 Bibliographie............................................................................................................. 24 Liste des tableaux.................................................................................................... 25 Liste des figures....................................................................................................... 25 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES 1 INTRODUCTION Ce rapport traite de la situation des participant.es actuel.les et des ancien.nes participant.es du programme de renforcement des capacités des jeunes de la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES), pendant la pandémie de Covid-19 en 2020 1 , appelés « Jeunes leaders(JL)»(« Young Leaders» en anglais). Le programme des Jeunes leaders est un programme régional lancé pour renforcer les capacités citoyennes et politiques de jeunes femmes et hommes. Il se propose de promouvoir les valeurs démocratiques à travers une série de formations qui débouchent sur des initiatives locales pratiques, où les participant.es mettent la pensée théorétique en actions. La Friedrich-Ebert-Stiftung sélectionne pour ce programme des jeunes originaires de douze pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Les Jeunes leaders sont des femmes et des hommes âgé.es de 20 à 30 ans, qui sont des membres actifs/actives de partis politiques ou d’organisations de la société civile. Le programme vise à inclure des étudiant.es ou des diplômé.es universitaires qui s’engagent et croient aux valeurs social-démocrates, ainsi que des éléments qui ont mis en œuvre des projets à caractère social ou souhaitent le faire. Selon le pays, la connaissance de l’anglais ou du français est une condition préalable à la participation au programme. Ce groupe représente donc un segment très spécifique des sociétés des pays de la région MENA, à savoir des jeunes des deux sexes, presque en nombre égal, avec une formation académique, et qui s’engagent pour une société démocratique. et la participation s’est faite sur une base volontaire et anonyme. Les participant.es à l’enquête ont pu naviguer entre les traductions arabe, anglaise et française du questionnaire. Par conséquent, leurs réponses en texte libre sont trilingues. Nous n’avons pris en compte que les questionnaires entièrement remplis. Les conclusions suivantes sont basées sur les données de l’enquête de référence(juillet/août 2020), qui traite de la pandémie et de la situation socio-économique des Jeunes leaders, et de quatre mises à jour mensuelles ultérieures(une par mois, de septembre à décembre 2020). Le nombre de répondants était le plus élevé pour l’enquête de base(n=340). Les mises à jour étaient chacune composées de deux sections: une avec des éléments récurrents et une avec de nouvelles questions autour d’un sujet d’actualité. L’enquête de mise à jour de septembre portait sur les valeurs(n=219), celle d’octobre explorait l’engagement civique(n=219), celle de novembre se concentrait sur l’état mental(n=199) et la dernière enquête, plus étendue, de décembre, était consacrée aux questions environnementales et aux perspectives pour 2021 (n=163). La participation n’a cessé de diminuer(de 340 à 163), et la composition des participant.es par pays a fluctué (cf. Figure 1). Le nombre le plus élevé de participant.es provenait de cinq pays: Algérie, Irak, Jordanie, Maroc et Yémen. Que représentent ces chiffres et que nous disent-ils? Pour répondre à cette question, nous devons comprendre: L’ENQUÊTE EN LIGNE DES JEUNES LEADERS DE LA FES Plusieurs centaines de Jeunes leaders(de dix cohortes différentes) ont participé à une série de cinq enquêtes en ligne sur une période allant de la moitié de l’été au début de l’hiver 2020. Ils/elles ont été recruté.es par e-mail par les coordinateurs et les coordinatrices nationaux/nationales du programme – Qui, dans le groupe des Jeunes leaders, a participé? – Comment les Jeunes leaders se positionnent-ils, socialement et économiquement, parmi tous les jeunes de la région MENA? – Comment pouvons-nous faire face à la diminution du nombre de participant.es et aux modifications de la composition par pays des participant.es à l’enquête? 1 Cette étude, visant à fournir un aperçu de l‘impact de la pandémie Covid-19 sur la vie quotidienne des jeunes dans la région MENA, a été conçue conjointement par Jörg Gertel et David Kreuer(tous les deux de l‘Université de Leipzig) pour le compte de la FriedrichEbert-Stiftung. La conception et les résultats de l‘étude ont fait l’objet de discussions approfondies avec Friederike Stolleis, Manuel Gath, Svenja Bode et Henda Maarfi(FES Tunis et Berlin). Premièrement, l’ensemble du groupe des Jeunes leaders est composé- selon le pays- d’un maximum de dix générations d’ancien.nes participant.es et d’une génération actuelle. Cette dernière représente un total de 274 personnes dans tous les pays et les générations plus anciennes comprennent un total de 1 019 personnes(dont 500 de Jordanie qui consti5 INTRODUCTION tuent le groupe le plus important). Ainsi, l‘ensemble de la population des Jeunes leaders dans la région MENA compte 1 293 jeunes. L‘enquête de base(n=340) représente donc 26 pour cent de tous les Jeunes leaders(ou 35 pour cent si on exclut la Jordanie). Cependant, des Interviewé.es supplémentaires se sont joints à l‘enquête ultérieurement et ont rempli une enquête de mise à jour, tandis que d‘autres ont abandonné au cours du projet. Au total, 30 personnes ont contribué aux cinq enquêtes, 53 à quatre et 71 jeunes à trois. Si l‘on compte la participation à au moins une des enquêtes, le total s‘élève à 573 personnes. Par conséquent, près de la moitié(44 pour cent) de tous les Jeunes leaders ont participé au moins une fois au cours de l‘année 2020 à l‘ensemble du projet d‘enquête(avec une proportion encore plus élevée si l‘on exclut la Jordanie, qui est une aberration statistique), ce qui signifie que les résultats sont probablement très représentatifs de l‘ensemble du groupe des Jeunes leaders. Deuxièmement, afin de placer le groupe des Jeunes leaders dans leur contexte social, nous comparerons les résultats de cette étude avec les données de l‘étude sur la jeunesse de 2016(Gertel/Hexel 2018). Il faudrait toutefois garder à l‘esprit que la composition des pays de même que la structure d’âge diffèrent quelque peu. Ici, la structure d‘âge est comprise entre 19 et 30 ans(et dans deux pays jusqu‘à 35 ans) alors que dans l‘enquête de 2016, ce sont des personnes âgées de 16 à 30 ans qui ont été interrogées. Troisièmement, une façon de comprendre et de traiter l‘impact du changement de la structure de l‘échantillon dans l‘enquête actuelle est d‘examiner comparativement la signification de l‘indice de développement humain(IDH) dans chacune des cinq enquêtes 2 . Cela révèle que le score IDH moyen des douze pays est de 0,667(l‘Algérie ayant le score IDH le plus élevé= 0,748 et le Yémen le plus bas= 0,47). L‘enquête de base a montré un score identique(0,667)- donc en pleine conformité avec les moyennes des pays. La valeur de l‘IDH pour le suivi de septembre était de 0,682, 0,675 en octobre, 0,677 en novembre et 0,679 en décembre. Nous concluons donc qu‘en moyenne, la structure changeante des échantil6 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES lons n‘a pas produit de groupes hétérogènes par rapport à l‘indice de développement humain, représentant des aspects de l‘espérance de vie, de l‘éducation et du revenu. Néanmoins, toutes les affirmations que nous déduisons à propos de«la région MENA» sont nécessairement basées sur une construction analytique plutôt que sur une réalité directement accessible et incontestée, qui n‘existe pas. 2 Pour ce faire, nous avons sélectionné l‘IDH de chaque pays, l‘avons multiplié par le nombre de répondants, puis avons additionné toutes les sommes des pays pour chaque période d‘enquête afin d‘obtenir un total; celui-ci a ensuite été divisé par le nombre total de répondants afin d‘obtenir un IDH moyen par période d‘enquête(PNUD 2020). 7 QUI SONT LES JEUNES LEADERS DE LA FES? 2 QUI SONT LES JEUNES LEADERS DE LA FES? Dans cette section, nous utilisons les données de l’enquête de référence pour obtenir une image plus détaillée du groupe de répondants. Des comparaisons avec l’échantillon de l’Étude sur la Jeunesse de 2016 permettent de situer les Jeunes leaders dans le contexte plus large de leurs sociétés. DONNÉES DÉMOGRAPHIQUES La répartition par sexe est presque égale(51 pour cent de femmes- 49 pour cent d’hommes), les répondants ont 27 ans en moyenne, et sont majoritairement célibataires(célibataires 78 pour cent, fiancé.es 5 pour cent, marié.es 17 pour cent). Environ 84 pour cent d’entre eux/elles sont titulaires d’un diplôme universitaire et plus de la moitié des Jeunes leaders ont un travail rémunéré. Cependant, ils/elles vivent encore majoritairement chez leurs parents(61 pour cent); seuls 12 pour cent vivent dans leur propre foyer; 9 pour cent partagent un appartement avec des ami.es, et 8 pour cent vivent seul.es. La grande majorité se considère comme appartenant au groupe des jeunes(92 pour cent) et non à celui des adultes(environ 11 pour cent des femmes et 8 pour cent des hommes interrogé.es). LOGEMENT La taille moyenne d’un ménage de Jeunes leaders est de cinq personnes et leur logement compte en moyenne 3,9 pièces. Parmi les Jeunes leaders, 63 pour cent ont leur propre chambre et 69 pour cent ont accès à l’air climatisé. Ces chiffres sont cependant plus élevés dans les plus petites agglomérations que dans les grandes villes. Les personnes interrogées vivent principalement dans des quartiers privatifs(83 pour cent); certaines vivent dans des logements sociaux(11 pour cent) et une infime minorité dans des quartiers informels(4 pour cent) ou des camps de réfugiés(2 pour cent). Le type de logements les plus fréquents sont es appartements(44 pour cent), suivis des maisons mitoyennes(26) et des maisons individuelles(22 pour cent), des villas(5 pour cent) et des constructions informelles(3 pour cent). La taille de l’urbanisation varie: 36 pour cent vivent dans des localités de moins de 100 000 habitants, tandis que 28 pour cent vivent dans des grandes villes comptant jusqu’à un million d’habitants et les 35 pour cent restants dans des métropoles de plus d’un million de personnes. PROFESSION Plus de la moitié des Jeunes leaders(54 pour cent) ont actuellement un travail rémunéré. Ce chiffre est deux fois plus élevé que celui du groupe correspondant aux jeunes-gens interrogé.es en 2016(25 pour cent), et il a même légèrement augmenté à mesure que l’année 2020 avançait(cf. Tableau 1). Près d’un répondant sur trois des JL fréquentait l’Université au début de 2020, mais cette proportion est tombée à un sur cinq à la fin de l’année- une valeur similaire à celle de l’étude de 2016(17 pour cent). À peine 20 pour cent des Jeunes leaders sont sans emploi de manière provisoire ou permanente(contre 40 pour cent pour l’échantillon de 2016). OBJECTIFS DE VIE, CLASSE ET MODES DE VIE Dans l’enquête de 2016, un«bon emploi» était la priorité absolue(sur quatre options) pour 48 pour cent des personnes interrogées, en particulier pour les hommes(avec un taux de 62 pour cent et de 34 pour cent pour les femmes). Dans l’étude de référence Jeunes leaders, plus des deux tiers,(70 pour cent), ont donné cette réponse et la fréquence est répartie de manière égale entre les sexes. À ce stade de leur vie, les hommes comme les femmes s’intéressent avant tout à leur carrière professionnelle. Une majorité(71 pour cent) des Jeunes leaders se considèrent comme appartenant à la classe moyenne inférieure, tandis que 18 pour cent se positionnent dans la classe moyenne supérieure, et 1 pour cent s’estiment riches. De l’autre côté du spectre de la richesse, environ 10 pour cent se jugent pauvres et 1 pour cent(3 cas originaires de 3 pays différents) voire ultra-pauvres. La position sociale des jeunes adultes dans la société peut être révélée non seulement par leur évaluation de classe mais aussi par leur mode de vie. Inspiré par un cadre méthod8 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES ologique développé par Otte(2005) pour l’Allemagne, on peut distinguer neuf«types de modes de vie» adaptés à la région 3 . Parmi les Jeunes leaders, seuls quatre de ces types semblent être pertinents(cf. Tableau 2): nos Jeunes leaders se situent dans les catégories moyennes et élevées de dotation en ressources et également dans les catégories moyennes et élevées d’ouverture biographique. Les catégories situées dans les positions inférieures respectives sont à peine représentées dans ce groupe. 3 Pour que l‘analyse du mode de vie reste gérable, Otte(2005) se concentre uniquement sur deux dimensions principales du mode de vie, le«temps» et l‘«argent»: La dimension temporelle s‘intéresse à l‘ouverture biographique d‘une personne et à son orientation personnelle vers la«modernité»(un terme plutôt problématique qui nécessite une discussion plus approfondie). La dimension monétaire concerne l’existence d’actifs financiers et d’équipements et donc d’une perspective de ressources personnelles. Alors que la dimension temporelle reflète en partie(une cohorte spécifique) la modernité et en partie(un cycle de vie spécifique) la perspective biographique des modes de vie, le niveau de capital représente l‘accès à des ressources et leur utilisation ainsi que les orientations de valeur(ibid. 452). Otte divise ensuite chaque dimension en trois segments. Il en résulte neuf types de modes de vie. – Le groupe le plus important(27 pour cent) est orienté vers la mobilité ascendante . C’est le groupe qui occupe la position centrale de la matrice des types de modes de vie. Ces personnes sont axé.es sur une carrière professionnelle solide, la famille et la participation au courant dominant de la culture de loisirs moderne. Ils/elles se caractérisent par une hétérogénéité interne. – Suit ensuite le type du libéral de niveau élevé (26 pour cent). Ici, on retrouve la tradition de la bourgeoisie instruite, la libéralité, l’épanouissement professionnel, la consommation de la haute culture à tendance 9 alternative, un sens de l’authenticité et le fait d’être connaisseur en matière de consommation. – Le groupe réflexif (23 pour cent) est décrit comme une avant-garde culturelle et académique avec des propriétés telles telles que la réflexivité, la créativité et la joie d’expérimenter. Ces personnes recherchent un développement personnel indépendant et ont une attitude cosmopolite envers la vie. – Les hédonistes (18 pour cent) apprécient la mode et la musique comme faisant partie de la culture des jeunes et sont caractérisé.es par l’esprit de l’innovation, l’attirance pour le contemporain, la tendance à la consommation, l’extraversion et le goût du spectacle urbain. En ce qui concerne l’auto-évaluation de la classe(principalement classe moyenne inférieure), il est logique de considérer la participation des JL au programme FES comme une action d’autonomisation et une stratégie de mobilité ascendante. La composition interne des quatre modes de vie révèle une structure de genre différenciée. En effet, alors que les positions inférieures concernant la disponibilité des ressources sont plus fréquemment occupées par des hommes, les femmes se retrouvent souvent dans les positions supérieures. Étant donné que les Jeunes leaders masculins occupent fréquemment des emplois rémunérés(cf. profession, classe et objectifs de vie) et qu’ils recherchent l’indépendance personnelle(cf. mode de vie), leur engagement civil semble être en partie motivé par des aspirations de mobilité sociale. QUI SONT LES JEUNES LEADERS DE LA FES? 10 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES 3 LES JEUNES LEADERS DE LA FES ET LA PANDÉMIE La pandémie Covid-19, déclarée par l’OMS en mars 2020, a donné naissance à une expérience sans précédent et mondialement partagée de restrictions et de confinement, de peur et de perte, d’incertitude extrême et de changements radicaux dans les habitudes quotidiennes. S’il est encore trop tôt pour tirer de grandes conclusions historiques sur l’importance de cette pandémie étant donné qu’elle n’est pas encore derrière nous, l’idée principale de cette étude était de documenter les expériences, les pensées et les émotions des personnes interrogées au moment où elles se sont produites. Nous supposons qu’elles reflènt des modèles plus larges issus des sociétés où vivent les répondants, en particulier car ils/ elles ont tendance à être des jeunes gens très connecté.es et instruit.es, politiquement engagé.es et très conscient.es des événements et des débats qui se produisent autour d’eux INFECTIONS La propagation mondiale de la pandémie de Covid-19, avec des dynamiques de poussées et d’accalmies différenciées selon les régions, se retrouve aussi dans la région MENA et n’a pas épargné l’environnement immédiat des Jeunes leaders. Environ un.e participant.e sur dix avait perdu un.e ami.e ou un membre de sa famille suites à la maladie, vers la fin de 2020, et près d’un.e répondant.e sur trois à l’enquête en décembre 2020 avait lui/elle-même été infecté.e. Dans l’ensemble, les données font état d’une augmentation constante des cas(Figure 2). MESURES CONTRE LA PANDÉMIE Lorsque la pandémie s’est déclenchée au début de 2020, de nombreux gouvernements ont été confrontés à une situation similaire. Ils ont dû décider de mesures de santé publique telles que les règles de distanciation sociale, l’annulation d’événements de masse et des couvre-feux de plus en plus stricts pour contenir la propagation incontrôlée du virus SARS-CoV-2. Compte tenu de la grande incertitude initiale 11 LES JEUNES LEADERS DE LA FES ET LA PANDÉMIE concernant les mécanismes de transmission et l’efficacité des diverses mesures de confinement, ces mesures ont été continuellement adaptées et affinées au cours de l’année. Les données révèlent comment diverses mesures ont affecté les Jeunes leaders dans leur vie quotidienne à travers la région MENA. Les cinq mesures les plus courantes et leur utilisation dans le temps sont illustrées dans le graphique(Figure 3). Plusieurs observations peuvent être faites: – L’annulation d’événements, les couvre-feux et les restrictions de réunions ont été presque universellement imposés à un moment ou à un autre au cours de la première vague du printemps 2020. – La plupart des mesures ont été assouplies pendant l’été et ont légèrement diminué à mesure que les taux d’infection baissaient. – En décembre 2020, l’utilisation de masques faciaux et les couvre-feux ont repris avec l’augmentation du nombre d’infections, tandis que d’autres précautions n’ont pas été rétablies dans la même mesure. – Néanmoins, plus de la moitié des personnes interrogées ont été affectées par les multiples mesures pandémiques prises simultanément tout au long de l’année. 12 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES BUDGET-TEMPS La reconstruction des budget-temps des Jeunes leaders en 2020 révèle que le temps moyen passé à la maison par rapport au temps passé à l’extérieur(y compris au travail ou à l’école) a considérablement augmenté avec la pandémie Covid-19: 21,3 heures sur 24 ont été passées à la maison, surtout durant la première vague, contre seulement 13,6 heures avant la pandémie(cf. Figure 4). Ces valeurs n’avaient pas retrouvé leur niveau d’avant la pandémie en décembre 2020 (16,6 heures à la maison). ÉCONOMIE ET DÉPENSES Au cours du premier semestre 2020, la situation économique des familles des Jeunes leaders s’est détériorée de manière assez spectaculaire selon les auto-évaluations. Plus de la moitié(53 pour cent) des familles ont connu une insécurité croissante. C’est ce qu’a révélé l’évolution de la répartition des quatre options de réponses possibles: la proportion de répondants qui jugeaient«très bonne» la situation économique avant la pandémie est passée de 23 pour cent avant la pandémie à seulement 6 pour cent au cours de l’été 2020. La part de ceux et celles qui la trouvaient«plutôt bonne» a baissé de 64 pour cent à 53 pour cent;«plutôt mauvaise» a plus que doublé, passant de 13 pour cent à 31 pour cent; et la part de celles qui la jugeaient«mauvaise» est passée de 0 à 11 pour cent. Nous avons également posé la question suivante:«Vos dépenses mensuelles ont-elles changé pendant la crise?». Chaque personne interrogée devait classer ses quatre dépenses principales parmi 21 rubriques. Les réponses montrent qu’avant la pandémie, les dépenses principales concernaient la nourriture, l’Internet et les sorties entre ami.es. Pendant le pic, selon le pays, les sorties entre ami.es ou les collations locales n’étaient plus possibles et les dépenses pour les aliments de base sont devenues plus importantes. Le loyer du logement et les coûts des téléphones portables sont également devenus une nouvelle priorité. Après le pic, payer ses dettes représentait un problème pour de nombreux Jeunes leaders. À plus long terme, jusqu’à la fin de l’année, le règlement des loyers était devenu plus important. Il est clair que les dépenses ont dû être adaptées à l’évolution des conditions économiques et de l’insécurité. CRISES MULTIPLES ET PERSPECTIVES DE L’AVENIR Pour situer la crise du Covid-19 dans le contexte des défis liés aux moyens de subsistance, deux conclusions sont cruciales. Tout d’abord, la menace du coronavirus n’a pas été considérée comme la seule crise en cours. En fait, la crise économique nationale était considérée comme plus importante que la pandémie par la plupart des Jeunes leaders dans leurs pays. Deuxièmement, cette perception de la crise n’a pas 13 LES JEUNES LEADERS DE LA FES ET LA PANDÉMIE changé de manière significative entre la moitié de 2020 et la fin de l’année. Le changement n’est visible qu’en ce qui concerne la perception des conflits armés par les répondants d’Afrique du Nord, qui s’est estompée au cours de l’année. stable(cf. Tableau 4) malgré l’évolution de la composition de l’échantillon. DÉFIS ET CONSÉQUENCES DU COVID-19 Interrogé.es sur leurs perspectives concernant leur avenir personnel, les répondants- et cela est typique des jeunes- sont majoritairement optimistes(49 pour cent d’optimistes contre 11 pour cent de pessimistes)(Tableau 3). En revanche, les perspectives pour la société en général n’étaient considérées comme brillantes que par un répondant sur quatre et comme mitigées par la plupart(40 pour cent). Pour la majorité, l’évaluation de leurs propres perspectives correspondait à l’évaluation des projections de la société(c’est-à-dire que les chiffres en gras dans chaque tableau totalisent plus de 50 pour cent). En décembre 2020, la part des optimistes était légèrement plus faible mais la distribution globale est restée remarquablement Au cours de l’enquête de septembre, nous avons demandé aux personnes interrogées d’évaluer comment divers domaines de la vie publique et privée avaient été affectés par la pandémie (cf. Figure 5). Du point de vue des Jeunes leaders, la situation économique du pays, la confiance accordée au gouvernement et aux médias officiels ont été évaluées de manière assez négative, tandis que la solidarité au sein de la famille des répondants ont donné lieu à des réponses mitigées, tandis que les perspectives d’avenir, leur situation économique et la liberté de la presse ont été plus souvent perçues comme altérées. Dans le même cycle d’enquêtes, les répondants ont évalué un 14 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES certain nombre d’affirmations relatives à la pandémie. Certains points font apparaître des accords forts entre les différentes catégories de répondants et les pays, tandis que d’autres sont plus controversés(cf. Figure 6). Les Jeunes leaders sont pour la plupart convaincu.es que les préoccupations des jeunes n’ont pas été suffisamment prises en compte pendant la crise, et que le ou les États n’ont pas(ou plutôt pas) réagi de manière appropriée à la pandémie. Par ailleurs, les réactions de la société à la pandémie ont surpris positivement environ un.e répondant.e sur trois. Les réponses aux questions relatives à la transparence de l’information et à la protection de la confidentialité des données étaient variées et à l’image des débats qui ont lieu sur ces questions dans de nombreux pays du monde. L’enquête de base s’est terminée par une question ouverte: «Si vous réfléchissez à la situation actuelle de Covid-19, quels types de questions, défis, possibilités et problèmes de votre vie quotidienne méritent d’être mentionnés?» Les réponses ont été de longueur variable et ont couvert un éventail de problèmes. La représentation visuelle suivante(Figure 7) montre les mots les plus fréquemment utilisés par l’ensemble des répondants, ce qui donne une première impression des principaux problèmes. Pour une analyse plus systématique, nous avons procédé à une analyse de contenu qualitative à l’aide d’un logiciel de codage(Maxqda). Dans un processus inductif, les idées mentionnées dans les réponses en texte libre ont été transformées en catégories auxquelles d’autres citations similaires pouvaient alors être associées. Une distinction fondamentale a été faite entre les problèmes et les défis d’une part et les conséquences de ces problèmes d’autre part. Les codes qui en résultent représentent le contenu de ce que les jeunes ont écrit à un niveau plus global. Une fois encore, les codes les plus fréquemment attribués sont affichés avec de plus grandes tailles de police. Les principaux problèmes(cf. Figure 8) sont effectivement d’ordre économique et concernent le manque ou la perte d’opportunités de carrière. De nombreux répondants ont observé que les systèmes de santé publique étaient dépassés 15 par la situation. Ils/elles ont aussi trouvé les structures politiques inefficaces ou injustes et se sont plaints d’un manque de sensibilisation dans la société. Sur le plan personnel, l’isolement, la mobilité limitée et le fait de travailler ou d’enseigner à domicile ont été fréquemment cités comme des problèmes. Les conséquences qui en résultent sont extrêmement préjudiciables, à quelques exceptions près(cf. Figure 9). Cette illustration montre parfaitement ce que la situation de pandémie sans précédent en 2020 a signifié pour les jeunes, et plus particulièrement pour les Jeunes leaders qui ont un bon niveau d’instruction et sont activement engagé.es, dans les pays de la région MENA. LES JEUNES LEADERS DE LA FES ET LA PANDÉMIE 16 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES 17 VALEURS, ENGAGEMENT CIVIQUE ET SANTÉ MENTALE 4 VALEURS,ENGAGEMENT CIVIQUE ET SANTÉ MENTALE Les enquêtes mensuelles de mise à jour nous ont permis non seulement de répéter certaines questions pour suivre l’évolution dans le temps mais aussi d’aborder certains sujets de manière plus détaillée. Ces sujets ont été définis d’un mois à l’autre, sur la base des réponses précédentes, des intérêts de recherche spécifiques de l’équipe du projet et des questions d’actualité. VALEURS(SEPTEMBRE 2020) La question sur les valeurs a été reprise de l’Étude de jeunesse de 2016(Gertel/Kreuer 2018). Comme nous supposons que les valeurs sont très stables, même en situation de crise, cela sert principalement à comparer les Jeunes leaders à leurs pairs dans les sociétés de la région en général. Trois idées et réalisations semblent être cruciales pour les répondants(cf. Tableau 5): – Être financièrement indépendant.e des autres – Toujours agir en étant soucieux/soucieuse de l’environnement – Profiter de la vie autant que possible Ces déclarations représentent trois orientations de valeurs clés au sein de ce groupe de je r pour un environnement durable et profiter de leur jeunesse. En outre, les items suivants obtiennent un score moyen de 9,0 points et plus: 4 «Développer mon imagination et ma créativité»;«Mener une vie consciemment saine»;«Être diligent.e, travailleur/travailleuse et ambitieux/ ambitieuse»;«Pouvoir choisir mon partenaire»;«Avoir un partenaire en qui je peux avoir confiance»; et«Viser plus de sécurité». Ces aspects renforcent l’idée que l’obtention de la sécurité économique par le biais du travail créatif est primordiale, surtout lorsqu’elle est combinée à une orientation vers un mode de vie sain et respectueux de l’environnement avec un partenaire de confiance.«Faire ce que les autres font», en revanche, ne semble pas du tout attrayant pour les Jeunes leaders. C’est un point qu’ils/elles partagent avec la jeunesse allemande(cf. Albert/Gertel 2018). La plus grande différence positive entre les scores des Jeunes leaders interrogé.es en 2020 et les jeunes de la région MENA interrogé.es en 2016 est liée à leur activité politique et à leur soutien aux personnes marginalisées. À l’inverse, les valeurs qui consistent à Faire attention aux codes de l’honneur et de la honte et sauvegarder les traditions de mon pays d’origine sont plutôt rejetées par la plupart des Jeunes leaders. ENGAGEMENT CIVIQUE(OCTOBRE 2020) Presque toutes les personnes interrogées étaient engagées civiquement avant le début de la pandémie Covid-19(cf. Tableau 6), avec un engagement intensif de 15 heures par semaine en moyenne. On s’y attendait, étant donné qu’un tel engagement est une condition préalable à l’adhésion au programme Jeunes leaders(à l’exception de l’Égypte où les répondants ne faisaient pas partie du programme JL). Cependant, à l’automne 2020, beaucoup avaient abandonné ces activités et ceux/celles qui avaient maintenu leurs engagements avaient dû réduire leurs horaires. Les domaines prioritaires de l’engagement civique sont restés inchangés, avec de fréquents chevauchements(plusieurs réponses étaient possibles). L’enquête d’octobre contenait également une liste de déclarations sur l’engagement civique(cf. Figure 10). La confiance moyenne des répondant.es dans la portée civique et la nécessité de l’engagement social avait même augmenté pendant la pandémie. Cependant, l’engagement régulier a dû être réduit de manière radicale et remplacé par un engagement occasionnel et des formats en ligne. Pour certain.es Jeunes leaders, les opinions politiques ont changé pendant la crise, alors que pour environ la moitié d’entre eux, cela n’a pas été le cas. Le refus le plus significatif a été exprimé à l’égard de la participation aux manifestations politiques depuis le début de la pandémie. Tout comme dans l’étude de 2016, le contraste marqué entre une(faible) mobilisation politique et un(fort) engagement civique peut être constaté pour ce groupe de jeunes. 4 Ceci est lié à la question suivante:«En tant qu‘individus, nous avons des idées et des visions sur notre vie personnelle, nos attitudes et nos comportements. Si vous réfléchissez aux réalisations possibles dans votre vie, quelle importance ont pour vous les points suivants, sur une échelle allant de 1= absolument sans importance à 10= absolument important?» 18 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES 19 VALEURS, ENGAGEMENT CIVIQUE ET SANTÉ MENTALE 20 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES SANTÉ MENTALE(NOVEMBRE 2020) Reprenant les conséquences émotionnelles massives de la situation de pandémie décrites par les participant.es à l’enquête de référence, les entretiens de novembre se sont concentrés sur la santé mentale. L’impact largement négatif des pertes, des craintes et des restrictions est confirmé par la dégradation de l’état de santé mentale rapportée par environ un tiers des personnes interrogées(cf. Figure 11). Néanmoins, même en novembre, un peu plus de la moitié des Jeunes leaders ont évalué leur état de santé mentale comme étant“plutôt” ou“très bon”. Une liste d’affirmations permet de mieux comprendre certains détails de cette évaluation(cf. Figure 12). La plupart des personnes interrogées s’accordent à dire qu’elles se soucient beaucoup de la santé mentale des personnes de leur entourage, d’une part et que les institutions de santé publique sont mal préparées à offrir un soutien psychologique, d’autre part. La sensibilisation de la société aux crises mentales est généralement considérée comme insuffisamment développée(plus de 85 pour cent semblent partager ce point de vue). Les opinions et les expériences étaient plus partagées sur la question de savoir si les antidépresseurs sont utiles ou non. Plus de la moitié des personnes interrogées ont affirmé que leur état de santé mentale s’était amélioré pendant la crise, ce qui semble contredire le constat de difficultés psychologiques prévalant chez les jeunes. Cela peut s’expliquer par la nature profondément ambivalente de 21 VALEURS, ENGAGEMENT CIVIQUE ET SANTÉ MENTALE l’expérience du confinement qui est actuellement discutée par les chercheurs(Latour 2021). Dans une question ouverte, nous avons également demandé aux répondants des idées concrètes pour améliorer les infrastructures de santé mentale dans leurs communautés. Les Jeunes leaders ont formulé de nombreuses suggestions et recommandations réfléchies. Nous résumons les points clés: – Mener des campagnes de sensibilisation dans les médias nationaux, les réseaux sociaux et les écoles. – Créer des groupes d’entraide ouverts et des forums d’échange pour la libre expression et le partage des meilleures pratiques, y compris en ligne. – Créer des centres locaux accessibles avec des conseils gratuits en matière de santé mentale dispensés par des experts. – Créer davantage de possibilités d’exercice physique à l’extérieur, en particulier pour les filles et les jeunes femmes. – Fournir des ressources en ligne sur les techniques de relaxation pour les personnes qui ne peuvent pas sortir ou rencontrer d’autres personnes. – Soutenir les initiatives de jardinage urbain et d’agriculture soutenue par la communauté pour reconnecter les gens avec leur terre et leur nourriture, ce qui réduit le stress et la dépression. – Rendre les séances thérapeutiques plus abordables. – Plusieurs personnes interrogées ont également souligné que le fait de mieux répondre aux besoins fondamentaux des gens contribuerait grandement à réduire le stress et l’anxiété. SYNDICATS,ENVIRONNEMENT, PERSPECTIVES(DÉCEMBRE 2020) Les syndicats des pays de la région MENA sont des partenaires potentiels de la FES. Pour comprendre comment ils sont perçus par les jeunes, nous avons posé deux questions fondamentales sur leur rôle. Il s’est avéré que même les Jeunes leaders affilié.es à la FES ont jugé le rôle joué par les syndicats dans leur société de manière extrêmement négative(cf. Figure 13). Un pourcentage élevé a également déclaré que les syndicats ne jouaient aucun rôle ou qu’ils/elles n’étaient pas sûr.es. Cette situation n’a pas changé de manière substantielle pendant la crise du Covid-19. Par pays, les répondants du Liban, de la Libye, de la Syrie et du Yémen avaient les opinions les plus négatives sur le rôle des syndicats, bien que le nombre de participant.es soit très faible et donc peu informatif. Des attitudes un peu plus positives prévalent en Jordanie et en Palestine. Certain.es Algérien.nes ont souligné le rôle positif joué par les syndicats pendant la pandémie dans leur pays. La préoccupation mondiale pour les questions environnementales- allant du changement climatique mondial, de la pollution des océans et de la perte de la biodiversité à des questions plus locales- a trouvé un écho croissant dans la région MENA, avec des médias qui débattent de ces questions, des gouvernements qui reconnaissent les défis et adoptent des politiques, ainsi que des activistes environnementaux qui deviennent plus visibles dans les rues et les institutions. Étant donné le statut des participant.es JL en tant que leaders d’opinion potentiels, nous nous sommes demandé dans quelle mesure ils/elles étaient aussi impliqué.es dans ces causes. Il s’est avéré que la grande majorité des Jeunes leaders sont préoccupé.es par l’environnement et ont personnellement fait l’expérience des conséquences du change ment climatique(cf. Figure 14). Ils/elles ont également reconnu qu’il était difficile de trouver des informations fiables sur ces questions. Environ deux répondants sur trois pensent que les 22 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES 23 VALEURS, ENGAGEMENT CIVIQUE ET SANTÉ MENTALE questions. Environ deux répondants sur trois pensent que les actions individuelles peuvent faire la différence et une proportion similaire envisagerait de prendre part à des manifestations contre le changement climatique. Une majorité d’entre eux/elles ont également indiqué que la prise de conscience de la société semblait s’accroître. Revenons-en à la situation économique personnelle des Jeunes leaders. Étant donné qu’une grande partie d’entre eux/ elles travaillaient avant la pandémie et que beaucoup ont fait état d’une perte de revenus à la suite des confinements et autres mesures, nous avons demandé quelle était l’ampleur de ces réductions. La Figure 15 montre que ce phénomène était répandu mais différencié. Alors que la majorité d’entre eux/elles avaient subi des pertes de revenus à des degrés divers, un groupe important n’avait connu aucun changement et une petite minorité gagnait en fait plus qu’avant la crise. Une corrélation entre le degré de satisfaction de vie des répondants et le statut économique devient évidente dans une autre question posée aux Jeunes leaders en décembre 2020. Le graphique ci-après(cf. Figure 16) illustre trois tendances: mieux les répondants perçoivent la situation économique actuelle de leur propre famille, plus ils/elles sont satisfait. es de la vie en général. En outre, toutes les personnes interrogées, à l’exception des plus précaires économiquement, perçoivent leur propre satisfaction comme étant plus élevée que celle de la société en général, ce qui est cohérent avec l’optimisme concernant les perspectives d’avenir décrit ci-dessus. Enfin, le score moyen de satisfaction à l’égard de la vie des Jeunes leaders, de 4,5 sur 10, est remarquablement bas- ce qui indique que les sociétés de la région MENA ont encore beaucoup de marge de manœuvre pour améliorer la vie des jeunes face à des crises multiples. L’enquête s’est terminée par une question ouverte, demandant aux Jeunes leaders de jeter un coup d’œil sur l’année 2020 et de nous faire part de la manière dont ils/elles envisagent l’année à venir. Ils/elles répondent souvent de manière pensive et avec un optimisme prudent par des phrases du genre:«L’année a été difficile, mais elle nous a aussi permis de tirer des leçons importantes». Bien entendu, l’éventail des expériences personnelles est large et varie également entre les pays ainsi qu’à l’intérieur d’un même pays(les réponses ont été traduites et résumées): – L’année a été intense et j’espère qu’il y aura un retour à la normale. – L’année 2020 a été terriblement difficile, tant au niveau privé que public. Je pense que 2021 sera également une année exigeante pour les jeunes et que le monde souffrira encore des séquelles de 2020. Cependant, de chaque crise découle une opportunité de devenir meilleur.e et plus conscient.e des injustices ancrées dans le système mondial existant. – 2020 m’a obligé.e à revoir mes habitudes et mon mode de vie mais m’a aussi donné l’occasion de réfléchir à ma situation actuelle et à mon orientation professionnelle. J’espère faire mes premiers pas dans la vie professionnelle en 2021 et devenir capable de soutenir mes proches. – Une année triste car j’ai perdu de nombreux membres de ma famille. 24 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES – L’année 2020 a été semblable à des montagnes russes sur le plan émotionnel. Mon père a contracté la maladie et nous avons dû faire face à notre système de santé inadéquat. Néanmoins, je garde l’espoir que les choses vont s’améliorer. – De mal en pis. – 2020 a été riche en événements et émotions inattendues. Cependant, ce choc aura peut-être fait réfléchir les gens, et les occasions de lancer de nouveaux projets sont nombreuses. – Cette année, nous avons été confrontés à la mort, à la douleur, à des problèmes sociaux, mentaux et sanitaires, mais elle a également montré que la recherche scientifique est le seul moyen de se débarrasser de nos problèmes. – Malgré les difficultés, nous avons également appris à faire beaucoup de choses différemment, ce qui nous aidera à reconstruire conjointement nos vies pour un avenir meilleur. – 2020 a été une année difficile, très difficile surtout pour la jeunesse libanaise. Il y a eu un mélange de crises et de problèmes sans précédents, et le Covid était celui qui apparaissant comme le moins sérieux, face au risque de la levée des subventions sur les produits de base à cause de la crise financière. Bien sûr, il y eut par-dessus tout l’explosion du 4 août, le traumatisme ainsi que la dépression nationale qui perdurent... 2021 sera plus difficile, et l’éducation en particulier deviendra un privilège. Avec un taux de chômage de 60%, l’émigration des jeunes est sans aucun doute le problème qui se posera en 2021. – Ce fut une année extrêmement difficile, singulière à tous points de vue. J’espère que nous aurons la chance d’améliorer notre situation en tant que société après avoir affronté une maladie comme la Covid-19. Ce qui a rendu l’année plus difficile, c’est la corruption dans ce pays. – La crise ne nous permet pas de voir clairement dans l’avenir. Tout est flou. – Cette année a été une année pleine d’obstacles. Chaque fois que je faisais un ou deux pas en avant, je reculais de dix pas. J’ai souffert d’une grave dépression pendant l’année, mais je suis fier d’avoir réussi à m’en sortir. Nous avons été confrontés à d’énormes défis avant le Corona, comme le chômage- ils ne disparaîtront pas une fois la pandémie terminée. J’espère que nous trouverons tous ce que nous désirons. – Tout ce que je veux, c’est une vie normale. – 2020 a été une année riche en événements qui a remis en question bien des choses que nous considérions comme acquises(voyager, rencontrer d’autres personnes, aller à des fêtes), mais aussi une année qui nous a donné plus de temps pour réfléchir et renforcer la solidarité entre les gens. La crise de 2021 sera difficile à surmonter, mais elle pourrait ouvrir des possibilités de changement. 25 5 CONCLUSION Cette étude donne un aperçu du groupe des Jeunes leaders du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord et de la façon dont ils/ elles ont vécu l’année 2020. La plupart des participant.es au programme sont des membres jeunes, instruit.es et socialement engagé.es, issu.es des classes moyennes de leurs pays. Si la pandémie de Covid-19 n’a pas été la seule, et vraisemblablement pas la plus grave des crises qui ont affecté la vie quotidienne en 2020, son impact négatif a néanmoins été immense. La pandémie a directement menacé et parfois emporté la vie d’ami.es et de membres de la famille. Indirectement, les mesures draconiennes prises pour endiguer la pandémie ont ébranlé la sécurité de l’emploi, les trajectoires éducatives et la stabilité de la santé mentale de nombreux jeunes. Les habitudes quotidiennes ont été perturbées, la plupart des familles étant confinées chez elles pendant un certain temps. Les priorités en matière de dépenses se sont déplacées des activités de loisirs vers les produits de première nécessité. Ces changements peuvent être clairement observés parmi les participant.es et les ancien.nes participant.es au programme Jeunes leaders et ils ont probablement été encore plus graves pour les segments plus défavorisés de la société. Pourtant, en même temps, un haut niveau de réflexion, d’ingéniosité et d’optimisme persistant est évident chez de nombreux/ses jeunes. Ils/elles font état d’une perception de solidarité accrue, de nouvelles formes d’engagement civique appréciées par la société, d’une sensibilisation accrue aux questions environnementales et au changement climatique mondial. De même, ils/elles formulent des propositions constructives sur la manière dont les infrastructures de santé publique de leurs pays d’origine pourraient être améliorées, par exemple. Ces jeunes leaders constituent une importante source potentielle d’inspiration et de changement qui mérite toute forme de soutien et un encouragement accru de la part de la Friedrich-Ebert-Stiftung. CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE Albert, Mathias/ Gertel, Jörg(2018): The FES MENA Youth Study and the German Shell Youth Study, in: Gertel/Hexel(eds): Coping with Uncertainty: Youth in the Middle East and North Africa. London: Saqi Books: 301–317. Gertel, Jörg/ Hexel, Ralf(eds.)(2018): Coping with Uncertainty: Youth in the Middle East and North Africa. London: Saqi Books. Gertel, Jörg/ Kreuer, David(2018): Values, dans: Gertel/Hexel(eds): Coping with Uncertainty: Youth in the Middle East and North Africa. London: Saqi Books: 57–79. Latour, Bruno(2021): Où suis-je? Leçons du confinement à l’usage des terrestres. Paris: La Découverte/ Les Empêcheurs de penser en rond. Otte, Gunnar(2005): Entwicklung und Test einer integrativen Typologie der Lebensführung für die Bundesrepublik Deutschland, in Zeitschrift für Soziologie, 34(6), 442–467. UNDP(2020): Human Development Report 2020. The Next Frontier. Human Development and the Anthropocene. BIBLIOGRAPHIE 24 FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – L‘IMPACT DE LA PANDÉMIE SUR LES JEUNES LISTE DES TABLEAUX 6 Tableau 1 Statut professionnel 6 Tableau 2 Modes de vie 10 Tableau 3 Perspectives d‘avenir en juillet/août 2020 10 Tableau 4 Perspectives d‘avenir en décembre 2020 16 Tableau 5 Valeurs 17 Tableau 6 Engagement civique LISTE DES FIGURES 3 Figure 1 Participant.es par pays 8 Figure 2 Incidence des cas de Covid-19 9 Figure 3 Jeunes leaders affecté.es par les mesures de pandémie 9 Figure 4 Budgets temps 11 Figure 5 Domaines touchés par la pandémie 12 Figure 6 Déclarations sur la pandémie 12 Figure 7 Nuage de mots des réponses 13 Figure 8 Nuage de codes des problèmes 13 Figure 9 Nuage de codes des conséquences 17 Figure 10 Déclarations sur l‘engagement civique 18 Figure 11 État de santé mentale des répondants 18 Figure 12 Déclarations sur la santé mentale 19 Figure 13 Rôle des syndicats 20 Figure 14 Déclarations sur l‘environnement 20 Figure 15 Perte de revenus pendant la pandémie 21 Figure 16 Satisfaction perçue à l‘égard de la vie 2 2 5 8 IMPRESSION A PROPOS DES AUTEURS IMPRESSION Jörg Gertel est professeur d’études arabes et de géographie économique à l’Université de Leipzig. Spécialisé dans les relations entre l’insécurité et l’incertitude, ses recherches portent sur la jeunesse, l’alimentation et les études de marché. Il a coédité Coping with Uncertainty: Youth in the Middle East and North Africa(Gertel/Hexel 2018). David Kreuer est chercheur postdoctoral au Centre Helmholtz pour la recherche environnementale(UFZ) et à l’Université de Leipzig. En tant que spécialiste du Moyen-Orient/Afrique du Nord et chercheur en sciences sociales, il travaille sur le changement social rural, les études sur la jeunesse, le pastoralisme des montagnes et des steppes, et les politiques environnementales. Friedrich-Ebert-Stiftung| Bureau Tunisie 4 Rue Bachar Ibn Bord| 2078 La Marsa| Tunisie Responsable: Friederike Stolleis| FES MENA Youth Study Tel:(+216) 71 775 343| Fax:(+216) 71 742 902 https://mena.fes.de/topics/etude-jeunesse Commande de publications/ contact: Henda.Maarfi@fes.de Traduction de l’anglais: Henda Maarfi Relecture: Amal Lafif-Jedidi L’utilisation commerciale des médias publiés par la FriedrichEbert-Stiftung(FES) est interdite sans autorisation écrite de la FES. Les opinions exprimées dans cette publication sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément celles de la Friedrich-Ebert-Stiftung ou des institutions auxquelles ils sont affiliés. 26 ISBN 978-9938-815-12-2