#3 DÉCEMBRE 2016 Le féminisme chewing-gum et la décolonisation et la décapitalisation des esprits Fungai Machirori Il y a une dizaine d’années, lorsque je poursuivais mes études de premier cycle en journalisme et médias au Zimbabwe, notre classe a suivi un cours obligatoire sur le genre et le féminisme. Pendant une bonne partie du semestre, nous avons étudié les travaux de chercheuses et militantes féministes telles que Simone de Beauvoir, Germaine Greer et Gloria Steinem. Nous avons appris les différentes vagues du féminisme dans le contexte d’une histoire très éloignée de la nôtre, mais que nos études ont rendue universelle. Et par conséquent, du moins dans mon esprit, le féminisme n’avait rien à voir avec moi au-delà du fait de m’avoir permis de réussir mon unité d’enseignement afin de terminer mes études. J’ai continué dans cette voie pendant une bonne partie de ma vie la vingtaine d’âge passée, travaillant au sein de la société civile et m’identifiant comme une« activiste des questions de genre», en alignant beaucoup de mes émotions sur des normes convenues de ce que je qualifierais de colère polie. Ce ne serait que quelques années plus tard, au cours d’une formation avancée en études féministes, que j’allais me compte que je ne savais toujours pas ce qu’était vraiment le féminisme. Pendant longtemps, j’avais résisté à ce que je considérais alors comme un« étiquetage» externe, me rappelant les mots ci-après retirés d’une interview accordée en 1994 par l’écrivain nigérian Buchi Emecheta, qui résonnent encore dans mes oreilles; à la question de savoir si elle se considérait comme une féministe, elle a entre autres répondu:« Je ne me suis jamais qualifiée de féministe.» Mais si vous choisissez de me considérer comme une féministe, c’est votre affaire…»(Mikell G., African Feminism: Toward A New Politics, 2003) J’ai également en mémoire d’autres œuvres telles que le poème« Sisterhood» de Nkiru Uwechia Nzegwu, qui raconte une conversation entre une jeune femme noire domestique et sa« patronne» blanche, qui sont prétendument solidaires dans leur lutte contre le patriarcat; la conversation se termine comme suit: 1
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Le féminisme chewing-gum et la décolonisation et la décapitalisation des esprits
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