Maxime Lefebvre Souveraineté Européenne Commentaire sur les résultats du sondage mené en France UN TERME PARADOXAL EN FRANCE Le terme de« souveraineté européenne » met la France devant un paradoxe: la France incarne l’archétype du vieil État-nation souverain construit par la monarchie de l’Ancien Régime et parachevé par la Révolution française; or c’est depuis la France qu’a été lancé ce concept de souveraineté européenne, par Emmanuel Macron qui a lui-même chaussé les bottes de la« monarchie républicaine » à la française. Il faut comprendre pourquoi ce paradoxe n’est qu’apparent et en tirer certaines leçons pour la construction de la souveraineté européenne. LA SOUVERAINETÉ: UN CONCEPT ASSOCIÉ À LA CONSTRUCTION DE L’ETAT NATIONAL FRANÇAIS, MAIS DÉSORMAIS LIÉ À L’AMBITION D’UNE PUISSANCE EUROPÉENNE Jusqu’au discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne le 26 septembre 2017, la souveraineté européenne n’existait pas à proprement parler dans le débat français. Il y avait d’un côté la souveraineté française, et de l’autre des transferts ou des délégations de compétences à l’Europe qui pouvaient se justifier dans l’intérêt de la France. Les zélotes de la construction européenne ont beaucoup argumenté que ces transferts à l’Union européenne ne retranchent pas de la souveraineté à la France, mais au contraire lui permettent d’en récupérer alors que son influence et sa puissance se réduisent sur la scène internationale. C’est le raisonnement qui a sous-tendu l’appui au traité de Maastricht et au projet de la monnaie unique. Avant la souveraineté européenne, le concept généralement porté en France était celui de« l’Europe puissance ». Mais il y a aussi en France beaucoup d’insatisfaction et de déception par rapport à de nombreuses questions liées à la construction européenne: la perte de contrôle national, le déficit démocratique, une supposée« dérive libérale » d’une Europe qui serait le vecteur d’une mondialisation non maîtrisée, l’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale peu populaire en France. Le projet de traité constitutionnel, qui pouvait fâcheusement évoquer la construction d’un Etat fédéral européen, a ainsi été rejeté par les Français en 2005 par une nette majorité de 55 % des suffrages exprimés. Beaucoup de juristes refusent par purisme le concept de « souveraineté partagée »: pour eux, la souveraineté ne se partage pas et ne se délègue pas. Le Conseil constitutionnel français a commencé par rejeter de façon absolue les« transferts de souveraineté »(décision de 1976) avant d’accepter les« transferts de compétences » à condition que les« conditions essentielles de la souveraineté nationale » soient préservées(décision de 1985), et il s’est tenu depuis à cette jurisprudence. Dans le positionnement des forces politiques françaises par rapport au concept novateur de souveraineté européenne, on retrouve les mêmes clivages que vis-à-vis du traité de
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Souveraineté Européenne : commentaire sur les résultats du sondage mené en France
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