Bartosz Rydli ń ski Souveraineté Européenne Commentaire sur les résultats du sondage mené en Pologne LA SOUVERAINETÉ EUROPÉENNE COMME MULTIPLICATEUR DE SOUVERAINETÉ NATIONALE Dans le langage politique polonais, les termes« indépendance » et« souveraineté » sont très largement utilisés et suscitent des sentiments extrêmement positifs. Cela s’explique par la mémoire impérissable des Polonais vis-à-vis de leur histoire collective tragique. J’évoque ici l’expérience d’un pays qui fut une puissance géopolitique européenne entre le XVI ème et le XVIII ème siècle, puis qui fut rayé de la carte de l’Europe à la fin du XVIII ème siècle. 123 années sans statut d’État, la colonisation par la Russie, l’Allemagne et l’Autriche, ainsi que la répression violente des soulèvements indépendantistes ont façonné le langage politique, la culture et la compréhension collective actuels du patriotisme en Pologne. De plus, les événements de la Seconde Guerre mondiale sont, encore aujourd’hui, sources d’un traumatisme national généralisé, de tous bords politiques. L’attaque de l’Allemagne nazie le 1er septembre 1939 et de l’Union soviétique 16 jours plus tard ont anéanti le nouvel État, qui nourrissait les espoirs de plusieurs générations. Les atrocités commises à l’encontre de la population civile par deux régimes totalitaires, dont la dimension la plus extrême et la plus inhumaine fut l’Holocauste, sont ancrées dans l’histoire, les souvenirs, les craintes et les angoisses des familles polonaises. Par ailleurs, la présence de la Pologne dans la sphère d’influence soviétique pendant près d’un demi-siècle constitue un argument fort, en particulier pour les partisans de droite, en faveur du droit à l’autodétermination et de l’adoption d’une politique indépendante, aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. La vision de la souveraineté nationale a radicalement changé avec l’adhésion de la Pologne à l’OTAN en 1999, puis à l’Union européenne cinq ans plus tard. En s’alliant à l’Occident politique, économique et militaire, la Pologne a renforcé sa sécurité, la pérennité de ses structures publiques et la visibilité des réformes indispensables qui ont fortifié le pays au cours des 32 dernières années. À cet égard, la réussite géopolitique de la Pologne est souvent comparée à la situation de sa voisine, l’Ukraine, qui a effectivement pris son indépendance après la chute de l’Union soviétique, mais qui n’a pas réussi à tirer parti des opportunités offertes par l’européanisation, ni à former des alliances durables lui garantissant indépendance et souveraineté. L’agression russe contre l’Ukraine en 2014 et l’annexion de la Crimée en sont de parfaits exemples. Ainsi, en Pologne, la notion de« souveraineté européenne » est considérée comme un« multiplicateur » de la souveraineté nationale, qui permet de se prémunir contre les menaces d’attaque extérieure et constitue une source de financement des politiques et réformes visant à rattraper l’Occident. C’est plus précisément l’Allemagne qui fait office de référence pour des millions de Polonais en raison de sa proximité géographique et culturelle. L’UNION DES CRISES La pandémie de COVID-19 figure parmi les multiples crises auxquelles l’Union européenne doit faire face depuis quelques années. Lors de chacune de ces crises(économique, de la dette, migratoire et liée à la pandémie), la Pologne a adopté une politique la plus souveraine possible vis-à-vis de Bruxelles, en re-
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Souveraineté Européenne : commentaire sur les résultats du sondage mené en Pologne
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