ANALYSES ET DOCUMENTS Energie nucléaire – abandon ou renaissance? Bureau de Paris www.fesparis.org Juin 2009 Lutz Mez Depuis 1981, le lobby international du nucléaire tente de conjurer une renaissance du nucléaire. Mais la renaissance n'en finit pas de commencer: depuis 1989, le nombre des réacteurs en service à travers le monde n'est passé que de 423 à 436, soit une progression qui n'atteint même pas un réacteur par an. En avril 2009, on comptera huit réacteurs en service en moins qu’en 2002, année du record historique où l'on dénombrait 444 réacteurs. Les 436 réacteurs développent une puissance cumulée de 370 GW, alors que le parc accuse un âge moyen de 25 ans. Ils sont implantés dans 31 pays, et couvrent environ 14% de la production mondiale d'électricité, et 6% de l'énergie primaire commercialisée. Mais plus des deux tiers de la production d'électricité d'origine nucléaire sont le fait de seulement six pays, les puissances militaires nucléaires que sont les Etats-Unis, la France et la Russie, ainsi que le Japon, la Corée du Sud et l'Allemagne. Selon l'AIEA, 44 réacteurs sont actuellement en construction à travers le monde. 1 Toutefois, onze d'entre eux sont comptabilisés dans les statistiques comme étant« en construction» depuis plus de 20 ans déjà. Seuls les Lutz Mez, Secrétaire général et directeur adjoint du Centre de recherche sur la politique de l’Environnement, Université libre de Berlin, professeur à l’Institut Otto-Suhr de sciences politiques, Université libre de Berlin 1 Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), banque de données PRIS. http://www.iaea.org/programmes/a2/index.html projets de construction en Inde, en Chine, en Corée du Sud, au Pakistan, à Taiwan et au Japon sont récents. Par ailleurs, la Finlande et la France construisent chacune un réacteur. Dans un telle situation, parler d'une« renaissance mondiale» relève d'une certaine audace, car les longs délais de construction engendrent des coûts énormes, et il n'est guère de banque à travers le monde disposée à financer de tels coûts, sauf si le risque financier est supporté par l'Etat. Le Leadtime – le délai qui s’écoule entre la planification ou la décision d’un projet et son entrée en service opérationnel- est aujourd'hui supérieur à dix ans pour une centrale nucléaire. Avec une durée d'exploitation prévue de 40 ans, pour maintenir constant le nombre de centrales à son niveau actuel, il faudrait remplacer 340 réacteurs au total d'ici à 2030. Mais confrontée à un déficit de capacités de formation et à des goulets d'étranglement dans la production, l'industrie nucléaire fait face à des problèmes pratiquement insolubles. Nous n’en sommes plus au niveau d'il y a 30 ans, essentiellement du fait des profondes évolutions de l'environnement industriel. Les centrales nucléaires doivent faire face à la concurrence des secteurs totalement modernisés du gaz et du charbon et aux énergies renouvelables. Entre 2004 et 2007, la capacité des réacteurs en service a augmenté d'environ 2GW par an, et une partie de cette progression est due à des augmentations de puissance. A titre de comparaison, l’accroissement de la capacité mondiale des centrales électriques- tous types confondus – est d'environ 150 GW par
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