Août 2020 La démocratie dans la rue au Mali? Dr. Abdoul SOGODOGO Résumé exécutif et messages clés La présente analyse est une contribution à la compréhension de la crise politique malienne. Depuis la proclamation des résultats définitifs des élections législatives par la Cour constitutionnelle le 30 avril 2020, des manifestations de contestations de ces résultats ont éclaté à Bamako, Kati, Sikasso et Sévaré. Les contestateurs ont fini par se regrouper au sein du mouvement du 5 juin- rassemblement des forces patriotiques et organiser une grande manifestation le 5 juin 2020 pour réclamer la démission du président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, la dissolution de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle. Ce mouvement a lancé une grande campagne de désobéissance civile à partir du 10 juillet sur l’ensemble du territoire national, et ce, malgré la médiation de la CEDEAO et des autorités traditionnelles et religieuses. Les manifestants dénoncent les différences entre les résultats provisoires communiqués par le Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation et ceux publiés par la Cour constitutionnelle. Ils reprochent aussi au régime actuel sa gouvernance et surtout sa gestion de la crise multidimensionnelle(sécuritaire, sociale, scolaire, sanitaire, gouvernance, etc.) que traverse le pays depuis 2012. Dans ce contexte, un« Accord politique» entre les acteurs est nécessaire pour prendre en charge les réformes profondes pour le renforcement de l’État de droit et la démocratie participative. Ces réformes doivent porter sur: • le renforcement des institutions politiques, la préservation de l’État de droit et de la démocratie si chère au Peuple malien; • le renforcement de l’indépendance de la Cour constitutionnelle à l’égard du pouvoir exécutif, précisément du président de la République, qui demeure très influent dans la nomination des conseillers de la Cour, malgré la séparation des pouvoirs; • l’engagement d’une révision constitutionnelle ou une refonte de la Constitution de 1992 afin d’apporter des correctifs nécessaires à une consolidation de la démocratie; • la relecture de la loi électorale pour garantir des élections libres, crédibles, transparentes et apaisées; • la mise en place d’une administration électorale unique, notamment une Commission électorale nationale indépendante(CENI) qui doit être politiquement impartiale et compétente et jouir de toute son indépendance. FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG Mali| AOUT 2020| LA DEMOCRATIE DANS LA RUE AU MALI?
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