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Le Sahelistan : pourquoi le Mali n'est pas l'Afghanistan
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FES PARIS LE SAHELISTAN Pourquoi le Mali nest pas lAfghanistan Par Annika S. Hansen et Tobias von Gienanth Septembre 2021 La prise de pouvoir par les talibans en Afghanistan a susci­ de violentes émotions, entre colère, déception et désarroi. Ce ne sont pas seulement les irréductibles soldats de dieu qui se trouvent sous le feu de la critique, mais également la prétendue incurie de leurs adversaires, autrement dit le gou­vernement afghan et son armée, le gouvernement américain, lOTAN et le gouvernement fédéral allemand. Dans tous les médias, des experts autoproclamés expliquent pourquoi cet « échec de loccident » était, longtemps à lavance, depuis vingt ans, prévisible et inéluctable. Cette critique est justifiée, pour une large part. Une analyse sans complaisance de len­gagement international en Afghanistan simpose de toute ur­gence, avec le risque toutefois de jeter le bébé le levier que représentent les opérations de maintien de la paix avec leau du bain. Un concert de voix sélève dès à présent pour établir un paral­lèle immédiat entre les missions dintervention menées dans lHindou Kouch et celles entreprises dans la région du Sahel. En conséquence, elles réclament le retrait rapide des troupes stationnées au Mali. Lengagement de lAllemagne et de la communauté internationale au Mali ne sauraient tomber sous le coup dune argumentation aussi peu circonstanciée. Les opérations de maintien de la paix sont de diverses natures en prenant en compte leur zone dintervention, leur ampleur, leurs missions et les organisations qui les mandatent sur place. A cet égard, il importe de souligner que l« intervention » en Afghanistan à supposer que lon veuille résumer ce concept à léventail complet des moyens qui ont été déployés dans le pays au cours des vingt dernières années a constitué un cas très spécifique. Les connaissances acquises au travers de cette expérience ne peuvent pas, ou alors très marginalement, constituer une généralité applicable à dautres missions. Les opérations de maintien de la paix représentent depuis la fin des années 1940 un levier majeur visant à promouvoir la paix. A lheure actuelle, ce ne sont pas moins de 150 000 personnes qui sont en intervention à travers le monde pour le compte de diverses organisations les Nations Unies(ONU), lUnion afri­caine, lUnion européenne, lOrganisation pour la sécurité et la coopération en Europe(OSCE), lOTAN. Les Nations Unies, de loin lacteur le plus important dans ce domaine, mènent 25 opérations denvergure très variable mobilisant au total environ 75 000 soldats, 9000 policiers et 5000 agents civils. Nombre dentre eux ont reçu des mandats exigeants, com­prenant plusieurs dimensions et une multitude de missions de nature civile, policière et militaire. Au rang de ces missions premières, on retrouve la protection des populations civiles, le développement de structures relevant de lEtat de droit, la réforme du secteur de la sécurité, aussi bien au niveau policier que militaire, et le contrôle du respect des droits humains. Après que les Nations Unies eurent tiré les principales leçons des débâcles quont été, pendant les années 1990, les inter­ventions en Somalie, au Rwanda et dans lex-Yougoslavie, lorganisation est néanmoins parvenue à stabiliser avec succès certains pays qui avaient connu, pour une part dentre eux, des conflits internes dampleur. On peut citer ici les exemples de lAngola, du Liberia, du Sierra Leone et de la Côte dIvoire, sans oublier les pays situés à lOuest des Balkans. Cette liste appelle nécessairement la question suivante : comment définit-on ici le« succès » dune intervention ? Pour le dire simplement, ces Etats ont réalisé ce quune opération de maintien de la paix conçue comme un complément apporté aux efforts considé­rables fournis à léchelle nationale est en mesure daccomplir de manière réaliste : empêcher les conflits violents, dessiner les contours dun système politique démocratique, faire émerger la notion dEtat de droit, mettre en place des services sociaux et offrir des possibilités de développement économique. Depuis vingt ans, nombreuses sont les études scientifiques à parvenir à cette même conclusion : sont menées des opérations de maintien de la paix, on observe une tendance à la baisse notable du niveau de violence, contribuant à une stabilisation durable de la situation post conflits. Mais cette stabilisation nest précisément possible quà la condition que soient réunis dans la zone dintervention un certain nombre de facteurs favorables. Parmi ces facteurs, on retiendra le res­pect dune trêve générale ainsi que labsence dacteurs limi­trophes qui, à visage découvert ou masqués, agissent contre les objectifs de lopération de maintien de la paix. Sagissant du cas de lAfghanistan, le Pakistan, pays limitrophe, a donné 1