FES PARIS PLAIDOYER POUR UNE« TRANSFORMATION RÉALISTE » La stratégie de la social-démocratie allemande Par Marc Saxer Novembre 2021 Le 26 septembre dernier, le parti social-démocrate d’Allemagne(SPD) a remporté les élections fédérales allemandes : aux yeux des électeurs, Olaf Scholz était devenu le candidat dont la compétence, les objectifs en matière de justice sociale et la force de conviction permettraient de faire face aux grandes mutations économiques et sociétales que traversera le pays dans les prochaines années. C’est l’unité du parti, faisant bloc derrière son candidat, qui a rendu possible ce succès électoral. Comment le parti est-il parvenu à rassembler le camp des sociaux-démocrates, qui offraient encore récemment le spectacle lamentable d’une social-démocratie divisée en courants opposés, sous la bannière du« respect » ? Quels enseignements peuvent tirer les sociaux-démocrates européens de la campagne du SPD ? TENDRE LA MAIN POUR MIEUX RASSEMBLER La social-démocratie était divisée par deux débats politiques centraux. En matière d’économie, les sociaux-démocrates se déchiraient sur la question de l’héritage de la« troisième voie » qui avait été engagée sous l’ère Schröder. Pouvait-on considérer que les réformes adoptées sous son mandat telles que « l’agenda 2010 », autrement dit le désengagement de l’Etat et le renforcement du marché érigés en principe central de l’organisation économique, avaient engendré une décennie marquée par une forte croissance, une baisse du chômage et des recettes fiscales abondantes ? Ou fallait-il au contraire voir dans les coupes budgétaires dans le système d’assurance sociale la cause d’une aggravation des inégalités et de l’émergence d’un nouveau prolétariat précarisé et marginalisé, ayant favorisé l’essor ultérieur des populistes d’extrême-droite ? En 2019, le SPD est parvenu à mettre un terme à ces querelles internes interminables en adoptant à la quasi-unanimité un texte de compromis sur« l’Etat social ». Après des années« d’errance néolibérale », le SPD a sensiblement glissé vers la gauche de l’échiquier politique, sans toutefois verser dans la radicalité, et ainsi regagné la confiance de millions d’anciens électeurs, qui, auparavant agacés par la« trahison commise par le parti protecteur des travailleurs », s’étaient tournés vers la gauche et la droite radicales ou s’étaient réfugiés dans l’abstention. Dans un deuxième temps, le débat interne au sein du SPD a porté sur la question de savoir si la gauche, en matière de société, devait aujourd’hui représenter les minorités discriminées au sein de la population – personnes victimes du racisme, LGBT – ou bien les travailleurs« blancs » précarisés. En les rassemblant sous la bannière du« respect », le SPD est parvenu à réunir les différents courants divisés sur cette question. Respect à l’égard des personnes victimes de racisme et des personnes queer qui se sentent exclues ; respect à l’égard des travailleuses et des travailleurs qui font tourner le pays pour nourrir les leurs ; respect à l’égard des Allemands de l’Est qui, après la réunification, ont subi le discrédit porté sur ce qu’ils avaient accompli durant leur vie ; respect à l’égard des personnes habitant des régions désindustrialisées et qui se sentent abandonnés ; respect à l’égard du citoyen moyen qui reste attaché à ses habitudes et voit son mode de vie raillé par les citadins branchés des grandes villes. La notion de respect a permis de jeter des ponts entre les gens pour mieux les rassembler. Après ces multiples dissensions entre« représentants de l’aile gauche et néolibéraux progressistes »,« cosmopolites et communautaristes », c’est finalement cette stratégie visant à« jeter un pont entre les différentes réalités sociales » qui a le plus séduit les électeurs. Cette stratégie est cependant bien plus qu’une simple formule de compromis destinée à l’apaisement temporaire des conflits à l’échelle de la société ou d’un parti : elle décrit le rôle stratégique que la social-démocratie doit jouer dans la sphère politique au cours de la décennie 2020. LE RÔLE DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE POUR LA DÉCENNIE À VENIR Les pays occidentaux sont ébranlés par diverses crises : crise financière, crise de la zone euro, crise climatique, crise migratoire, crise de la démocratie et crise sanitaire. Face à cette situation, les réponses politiques qui en découlent redessinent le paysage politique dans ces pays. D’un côté, les conservateurs et les populistes de droite adoptent une position de déni, contestant la nécessité d’un changement en profondeur ou 1
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Plaidoyer pour une "transformation réaliste" : la stratégie de la social-démocratie allemand
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