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Social-démocratie et sécurité : les leçons de l'élection municipale de Vienne
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FES PARIS SOCIAL­DÉMOCRATIE ET SÉCURITÉ Les leçons de lélection municipale de Vienne Par Robert Misik Décembre 2020 Le SPÖ 1 , le Parti social-démocrate dAutriche, a remporté les élections municipales à Vienne avec un beau résultat totalisant près de 42% des suffrages. Daprès les analyses des comportements électoraux, les sociaux-démocrates ont même attiré 32 000 anciens électeurs du parti nationaliste FPÖ 2 , et ce en particulier dans les quartiers périphériques de la ville, dans les logements sociaux 3 et dans les zones résidentielles autrefois à tendance ouvrière. Lélection a eu lieu dans un contexte marqué par deux éléments majeurs : lépidémie de coronavirus dune part, faisant du besoin de sécurité lémotion politique la plus importante ; leffondre­ment du FPÖ dautre part, qui eut pour effet douvrir un boulevard aux autres partis. Dune manière générale, le score victorieux du parti so­cial-démocrate sexplique par un transfert de voix de cer­tains électeurs en sa faveur : alors quil a perdu la confiance dun certain nombre délecteurs de gauche jeunes, cita­dins et dynamiques, le SPÖ a su dans le même temps ramener dans son giron une petite partie des électeurs du FPÖ(32 000 électeurs sur un total de 250 000). De quoi se réjouir, sans faire montre de triomphalisme toutefois. Il faut maintenant garder la confiance de ces électeurs issus du FPÖ, ces hommes et ces femmes« normaux » vivant dans les quartiers périphériques de Vienne, soucieux de leur sé­curité et attachés à une certaine forme de stabilité. Car, oui, lobjectif de la social-démocratie devrait bien évidemment être de récupérer encore davantage délecteurs au sein de ce segment de la population, sans pour autant perdre de terrain auprès de la vaste catégorie électorale en expansion que représentent les nouvelles classes moyennes. Dautres raisons que la campagne électorale parfaite quils ont réalisée expliquent le succès des sociaux-démocrates à Vienne. Le SPÖ est resté, y compris à lépoque du néolibé­ralisme, un parti urbain de gauche, défendant un secteur public fort et incarnant le bien commun contre lidéologie de marché. En dépit de toutes les critiques quon peut lui adresser, le SPÖ est ce« parti du collectif » qui na pas à rougir de ce quil est. A lévidence, le crédit de cette victoire revient également à la tête de liste, le maire sortant Michael Ludwig. Ce der­nier incarne ce« type normal » dont on peut dire quil nest pas déconnecté du réel et passe pour« lun des nôtres » lorsquil se rend dans les quartiers périphériques, dans les logements sociaux ou la banlieue de Vienne. Tout chez cet homme, dont émane une force rassurante, donne limpres­sion de quelquun de réservé et de prudent ; raison pour laquelle il neffraie personne. Si lon devait interroger lélecteur moyen du FPÖ ou ce­lui des Verts, quil soit hipster ultra-citadin ou électeur au mode de vie plutôt conservateur, tous tomberaient sponta­nément daccord pour dire de Michael Ludwig quil est au minimum« un type bien, tout à fait acceptable ». Michael Ludwig représente en quelque sorte le contraire de toute forme de polarisation. Ceci est utile dune manière géné­rale, et tout particulièrement dans la situation que nous connaissons aujourdhui. Mais cest surtout le besoin de sécurité des citoyens que Michael Ludwig a su incarner. Si ce besoin de sécurité constitue lune des émotions politiques les plus impor­tantes, elle reste souvent sous-estimée, en particulier au sein de la gauche. Rien détonnant à cela : la gauche veut changer la société, elle sest toujours considérée dans son histoire comme un parti du progrès. Parfois révolutionnaire, elle sest toujours vue comme porteuse dun projet de transformation. 1 Sozialdemokratische Partei Österreichs. 2 Parti de la liberté dAutriche ou Parti libéral autrichien(Freiheit­liche Partei Österreichs),. 3 Les« Gemeindebauten » sont des logements sociaux érigés à partir des années 1920 à Vienne par la municipalité sociale-démocrate. Faire bouger les lignes, moderniser, changer le monde et le rendre meilleur sont autant dobjectifs vers lesquels la gauche se sent portée, et ce davantage que vers ce senti­ment plus conservateur de protection et de sécurité. Dans le même temps, cest en sécurisant le quotidien des per­1