FES PARIS COMMENT ENFIN FAIRE DE L’UNITÉ ALLEMANDE UNE RÉALITÉ Novembre 2019 Par Petra Köpping Le parti d’extrême droite AfD(Alternative pour l’Allemagne), a recueilli respectivement 27,5 % et 23,5 % des voix en Saxe et dans le Brandebourg lors des élections régionales du 1er septembre. Cette percée électorale n’a surpris personne. Elle ne fait qu’entériner les résultats obtenus par le parti aux élections législatives de 2017 et aux élections européennes de 2019. En Saxe, tous les sondages réalisés ces dernières années créditaient l’AfD de 25 % des voix. Ces élections ne sont pas sans rappeler les municipales de Görlitz qui ont vu se former un« front républicain». La majorité de la population souhaitant empêcher le candidat de l’AfD d’accéder à la tête de la mairie, tous les autres partis ont voté pour le candidat de la CDU(Union des chrétiens démocrates) au second tour. Lors des élections régionales, cet « effet Görlitz » a ainsi profité au SPD(Parti social-démocrate) dans le Brandebourg et à la CDU en Saxe. En revanche, la polarisation de l’élection entre deux candidats ou deux partis peut aussi faire gagner des voix à l’AfD : si le parti d’extrême droite a recueilli plus de 9000 voix au premier tour de l’élection municipale, il en a rassemblé plus de 11 000 une fois seul face au candidat de la CDU, vainqueur final du scrutin. Ainsi, l’AfD a pu gagner 2 % à 3 % dans la dernière ligne droite des élections régionales. Par ailleurs, le paysage politique a peu évolué ces derniers mois : l’AfD est particulièrement populaire à l’est du pays, en Saxe et dans le Brandebourg. Cet ancrage s’explique d’une part par des problèmes économiques plus marqués dans ces régions et d’autre part par l’impression d’abandon ressentie par leurs habitants. Il est évident que l’AfD attire de nombreux électeurs d’extrême droite. En effet, le parti a entièrement siphonné le réservoir électoral du NPD(Parti national-démocrate, ultranationaliste) : en 2004, le NPD recueillait encore 9,2 % des voix en Saxe, contre seulement 0,6 % en 2019. Toutefois, la moitié de l’électorat de l’AfD pense également que le parti ne se distancie pas suffisamment des positions d’extrême droite. L’autre moitié peut donc être qualifiée à juste titre d’électorat de droite radicale ou d’extrême droite. On ne saurait y voir un simple effet du hasard en apprenant que cette frange du parti correspond à l’échantillon des habitants de la Saxe, qui, selon le sondage Sachsen-Monitor, affichent des positions xénophobes et d’extrême droite. Cependant, cette explication ne suffit pas à elle seule. Selon l’institut Infratest dimap – dont sont tirés les chiffres ciaprès –, plus de la moitié(52 %) des électeurs de l’AfD craint de« ne plus pouvoir maintenir son niveau de vie à l’avenir ». Seuls 24 % de l’électorat de Die Linke(Parti de gauche) et 17 % des électeurs du SPD partagent cette même inquiétude quant à l’avenir. Et pour cause, aussi difficile qu’il soit de l’admettre : l’AfD est devenu le premier parti ouvrier en Saxe. Désormais, seuls 20 % des ouvriers accordent leur voix à des partis de centre gauche tandis que 41 % d’entre eux votent pour l’AfD, dont la moitié pour des raisons d’inégalité ou de précarité sociale. Parmi ces électeurs se dessine le profil commun à de nombreux ex-Allemands de l’Est qui ont travaillé toute leur vie mais risquent malgré tout de tomber sous le seuil de pauvreté au moment de la retraite; de quoi révolter une grande partie de cette génération de la reconstruction de l’Allemagne de l’Est, en particulier la tranche des 45 à 65 ans, qui sont précisément ceux qui votent le plus souvent AfD en Saxe. La plupart d’entre eux ont lutté pendant cette période, prenant des risques et surmontant les échecs. Or, 78 % de l’électorat de l’AfD, soit une proportion nettement au-dessus de la moyenne des électeurs(66 %), affirment que« les Allemands de l’Est sont à de nombreux égards restés des citoyens de second rang ». Nombre d’entre eux ont dû renoncer à des hausses de salaires et à leurs droits de participation au sein des entreprises après la chute du mur, pour garder leur emploi. Par exemple, ces derniers n’ont pas adhéré à un syndicat et s’abstiennent aujourd’hui encore de critiquer leurs employeurs. A moins qu’ils ne taisent plutôt ce qu’ils pensent. Nombreux sont en effet les électeurs à témoigner qu’« en RDA,[ils pouvaient] tout dire au travail mais[n’avaient] pas le droit de critiquer le gouvernement. Aujourd’hui, c’est l’inverse ». Ils aimeraient que l’État leur garantisse des sa1
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