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Eurobonds et citoyenneté européenne
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FES BRIEFING EUROBONDS ET CITOYENNETÉ EUROPÉENNE Andrea Boitani et Roberto Tamborini Avril 2020 Ce printemps, lEurope va changer Pino Daniele,« Questa primavera » LURGENCE La pandémie de coronavirus aura un impact négatif très fort sur les économies de lUnion européenne. Le niveau de cet impact dépendra à nen pas douter de la durée de la pan­démie et des mesures de restriction en train dêtre progres­sivement appliquées par les différents pays européens aux activités de production et à la circulation des personnes, ces Etats faisant ainsi preuve de leur incapacité à apprendre de lexpérience des premiers pays touchés par le virus. Les retom­bées économiques du coronavirus dépendront également du niveau et de la rapidité des mesures adoptées pour soutenir léconomie. Ce ne sont pas des mois que nous avons devant nous mais seulement quelques semaines. Une décision doit absolument être prise avant Pâques. Les États-Unis ont approuvé au niveau fédéral des mesures de soutien à la hauteur de deux milliards de dollars, à laquelle sajoute une injection de liquidités illimitée de la FED. En Eu­rope, après quelques hésitations, la BCE a adopté le« Pro­gramme dachat durgence en cas de pandémie »(PEPP) dont lenveloppe globale sélevait au départ à 750 milliards deuros en 2020. Cependant, elle a ensuite relativisé ce montant en déclarant que les achats seraient effectués« dans la mesure nécessaire » et quils seraient« proportionnés » afin dat­teindre les« objectifs du mandat ». Par ailleurs, la BCE a tem­porairement assoupli les normes de supervision des banques afin de réduire limpact dun resserrement du crédit. En re­vanche, les décisions de la Commission en matière de dé­penses publiques se sont limitées à la suspension du pacte de stabilité(cest-à-dire les normes qui imposent des contraintes en matière de déficit et de dette publique des États membres, notamment ceux de la zone euro) et à la mobilisation de 37 milliards deuros afin dapporter un soutien en liquidités aux petites entreprises et au secteur de la santé. Un tel montant est, à lévidence, tout à fait insuffisant, même pour ne faire face quexclusivement à la situation durgence actuelle, dans la mesure celle-ci affecte non seulement le secteur de la santé, mais également les revenus de millions de travailleurs indépendants ou précaires, et, entre autres, de salariés de pe­tites et très petites entreprises, qui ont connu un arrêt brutal en raison de la pandémie. CE QUE NOUS NE VOULONS PAS Pour sortir de cette impasse, des instruments plus puissants ont été proposés afin de protéger lUnion européenne, ou du moins la zone euro, dune nouvelle crise potentiellement beaucoup plus grave que celles de 2008-2009 et de 2011­2012. Certains commentateurs ont affirmé la nécessité de recourir aux eurobonds ou coronabonds, des titres de dette européenne garantis par une nouvelle« capacité fiscale » de lUE. Nous pensons que cest le chemin à suivre. Néanmoins, cette proposition suscite de nombreuses objections, en par­ticulier de la part des pays dEurope du Nord, ce qui pourrait freiner, voire même empêcher ladoption dune bonne solu­tion dans les délais nécessairement courts quimpose la crise sanitaire et économique. Sans volonté affichée de porter un regard critique sur la légiti­mité politique et éthique de ces objections, nous pensons que celles-ci sont imputables, dune part, à la sous-estimation de la portée et des coûts de la pandémie, et, dautre part, à la surévaluation de la capacité fiscale nationale pour y faire face. Le résultat est un lourd cas daléa moral qui risque daffecter à la fois les citoyens nationaux et ceux de lEurope dans son ensemble, car tout pays qui ne sera pas en mesure de faire face par tous les moyens possibles à la crise sanitaire et éco­nomique représentera une lourde menace pour lui-même et pour les autres. En vue de dépasser ces objections, nous avons conçu une proposition relative à lémission deurobonds permettant 1