Resumes 311
Resumes
Shulamit Volkov
Les Juifs comme les»mandarins« de la science sous l’Empire et dans la Republique de Weimar. Nouvelles reflexions quant aux causes sociales qui sont ä l’origine de la reussite scientifique des Juifs
Le point de depart de cet article est un article plus ancien de l’auteur publie voici une dizaine d’annees dans la»Historische Zeitschrift« qui analysait les explications retenues alors pour rendre compte du grand succes que remportaient les Juifs dans les sciences naturelles modernes et dans lequel l’auteur soutenait la these selon laquelle c’est un rapport particulier entre l’»ouverture« et l’»exclusion« que subissaient les Juifs engages dans le systeme universitaire allemand qui leur aurait ouvert la voie de la gloire. En raison de la discrimination antisemite en effet, les Juifs travaillaient dans des»niches« particulierement creatrices de la science de l’epoque. C’est ainsi que paradoxalement, ils connurent l’»avantage« de la discrimination. Afin de reevaluer la valeur de ces conclusions, le present article integre deux nouveaux groupes de savants particulierement reconnus, l’un constitue de 12 Juifs et l’autre de 12 non-Juifs. L’origine sociale des savants juifs recouvre celle de la minorite juive dans l’Empire allemand mais s’eloigne en revanche du profil social des non-Juifs etudies en parallele. Tandis que ces derniers proviennent en majorite de la bourgeoisie cultivee, les savants juifs consideres ici sont presque tous issus de la classe moyenne de commercants, ce qui signifie que leurs parents, originaires de la petite classe moyenne, reussirent a leur offrir l’acces au savoir necessaire pour mener a bien des etudes universitaires, ce qui n’est pas sans consequence sur leur carriere. Fritz Rieger a propose de distinguer au sein de la communaute universitaire allemande entre les»orthodoxes« et les»modernistes« et recemment, en se fondant sur le»style de pensee« de chaque savant, on a propose une nouvelle distinction entre les»pragmatiques« d’une part et les»generalistes« d’autre part. Malgre leur position sociale et en depit de leur relative independance vis a vis des traditions culturelles allemandes, les savants juifs consideres dans cet article ne sauraient etre ranges parmi les modernistes, ni non plus d’ailleurs parmi les pragmatiques.
Contrairement ä ce que l’on aurait pu s’attendre, ils n’etaient que rarement critiques envers les opinions dominantes dans leur entourage. Ils appartenaient en definitive a la categorie des»generalistes« et partageaient les preferences culturelles de leurs collegues plus traditionnels. Bien que rejetes aux frontieres du monde universitaire, ils avaient pour ambition tant sur le plan scientifique que social de depasser le statut d’»outsider« qui leur etait impose pour se fondre ä Vl’elite intellectuelle allemande de leur temps.