ANALYSES ET DOCUMENTS Bureau de Paris Avril 2014 Le Front National(FN), une droite radicale française? Jean-Yves Camus Considéré depuis les années 1980 comme un parti d’extrême-droite ayant constitué le modèle de la troisième vague des partis nationaux-populistes ouest-européens, le FN a entrepris en 2011 une mutation stratégique, sous la présidence de Marine Le Pen. Désormais inscrit dans une démarche assumée de conquête du pouvoir, le parti continue à drainer entre 15% et 18% d’électeurs au plan national, devenant de facto la troisième force politique française. Deux sondages consécutifs réalisés par l’institut IFOP, en octobre 2013 et janvier 2014, l’ont placé en tête des intentions de vote pour les élections européennes du 25 mai 2014, avec respectivement 24% et 23%, devant l’UMP(21%) et le Parti Socialiste(18%). Les succès du FN aux élections municipales des 23 et 30 mars 2014 constituent un événement symboliquement fort, qui ne s’est jamais produit depuis 1995. La porosité croissante des électorats frontiste et conservateur, en particulier UMP, attestée aujourd’hui par les enquêtes d’opinion, pose clairement la question du déplacement vers la droite du centre de gravité idéologique du débat politique français, en même temps qu’elle rend plausible de futurs accords de gestion, au moins au plan local, entre le FN et des candidats de droite. La présente note, rédigée en février 2014, se propose donc de faire un état des lieux du parti incarnant actuellement le« tiers exclu» 1 de la vie politique française. Il s’agira en particulier de définir sa nature: extrême-droite de toujours, frontalement opposée au système démocratique et à ses valeurs mais utilisant un double discours ou bien droite radicale, sincèrement intégrée dans le jeu électoral et critiquant légitimement certains aspects des institutions et du fonctionnement de la société 2 ? Jean-Yves Camus est politologue, chercheur associé à l’Institut des Relations internationales et stratégiques(IRIS), spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe. Directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation jean Jaurès, il est par ailleurs membre du European Consortium on Political Research et membre de la Task Force on Antisemitism, European Jewish Congress. 1 La notion de tiers exclu(ou de pôle exclu en italien) a été théorisée par le politiste Piero Ignazi pour décrire la situation du Mouvement Social Italien(MSI) avant sa transformation en Alliance Nationale en 1995. Considéré comme un parti« infréquentable» en raison de sa filiation historique, le MSI était, comme le FN, tenu à l’écart des majorités parlementaires et des gouvernements. 2 On signalera ici que« extrême-droite» et« droite radicale», équivalents français des termes Rechtsextremismus et Rechtsradikalismus sont, en France, dépourvus de définition légale et sont souvent utilisés comme synonymes. Les politistes français tendent à distinguer l’extrême-droite« nationale- populiste», terme forgé en 1984 par Pierre-André Taguieff et s’appliquant au FN, et l’extrême-droite radicale, composée des groupes extra-parlementaires ou électoralement marginaux. Friedrich-Ebert-Stiftung, 41bis, bd. de la Tour-Maubourg, F- 75007 Paris, Tel.+33 1 45 55 09 96
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten