L’Afrique Centrale, le paradoxe de la richesse Les économies de rente exercent des effets pervers dans la mesure où elles favorisent les pratiques répréhensibles. Les études empiriques montrent que la manne issue de l’exploitation des ressources naturelles prédispose à la kleptocratie. Dans la plupart des Etats de l’Afrique centrale, la vie politique se confond avec l’accès aux ressources rentières et par les modalités de leur redistribution. B. Le cas du Cameroun Un grand mystère entoure l’utilisation de la rente pétrolière au Cameroun. Aborder cette question est un exercice mal perçu par les autorités. En effet, les chiffres sur les recettes pétrolières n’avaient jamais été communiqués officiellement, dit-on, pour ne pas habituer les Camerounais à la facilité (Glaser, 1993). Ce contexte d’opacité a probablement favorisé le détournement des ressources publiques. Encadré 13: Les« fuites» de l’argent du pétrole au Cameroun La Lettre du Continent a produit sur son site Internet 1 des documents impliquant la CIBC et Elf dans la savante évasion, en 1992, de 180 millions de pétrodollars camerounais(un milliard de FF). L’argent, un crédit gagé sur du pétrole futur, s’égaille entre les îles Vierges, la Suisse et le Liechtenstein. Le Cameroun n’en a pas vu la couleur. L’opération a été garantie par Elf. Signataire: Philippe Hustache, directeur financier(1985-1994), devenu depuis directeur général de Dassault… Le même a été interrogé lors du procès Elf à propos de deux virements à Christine Deviers-Joncour, de 14 et 45 millions de FF, via la filiale suisse d’Elf Rivunion: « Nous faisions chaque année plusieurs dizaines d’opérations de ce type. Il n’y avait aucune trace à Paris.[…] Je n’ai pas le souvenir une par une de ces opérations. Je mentirais si j’étais capable de me souvenir de 350 commissions 1 ». À 30 millions en moyenne, cela représente plus de 10 milliards. C. Le cas du Congo La situation dans ce pays est des plus rocambolesque comme le présente l’encadré ci-dessous. La compagnie ELF contrôlerait les 2/3 de la production nationale. La manne pétrolière aurait contribué à l’enrichissement de la classe dirigeante et à l’instrumentalisation des tribus(Ngodi, E., 2005b). En 1997, la Société Nationale de Pétrole au Congo(SNPC) a été créée; depuis lors, c’est elle qui perçoit les redevances pétrolières et non plus le Trésor public, - 100-
Druckschrift
L 'Afrique Centrale, le paradoxe de la richesse : industries extractives, gouvernance et développement social dans les pays de la CEMAC
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten