FRIEDRICH-EBERT-STIFTUNG – LES TRAVAILLEURS INFORMELS, MAJORITÉ DE L’OMBRE AVANT-PROPOS La transition de l’économie informelle à l’économie formelle revêt une importance stratégique pour des centaines de millions de travailleurs et d’unités économiques dans le monde entier, qui travaillent et produisent dans des conditions précaires et vulnérables et sont souvent exposés à la pauvreté, à l’insécurité et à de graves déficits en matière de travail décent. Les décideurs politiques, les universitaires et les organisations de travailleurs et d’employeurs reconnaissent maintenant que la forte prévalence de l’informalité sous toutes ses formes constitue un défi majeur pour la réalisation d’un développement durable. Dans cette optique, le développement de connaissances sur la nature et les caractéristiques de l’emploi informel est essentiel pour soutenir l’action et les processus de dialogue nationaux. L’informalité est présente dans tous les pays, quel que soit leur niveau de développement socio-économique, même si elle est plus marquée dans les pays en développement. Dans la plupart des pays africains, plus de 80 pour cent et jusqu’à 95 pour cent de la population active gagne sa vie en travaillant dans l’économie informelle. L’informalité dépasse le marché du travail et s’infiltre dans de nombreux domaines de la vie des individus. Elle détermine la manière dont la population vit et interagit avec l’État et accède aux services publics. Elle conditionne l’approche de la solidarité des individus lorsqu’ils ne bénéficient pas de régimes de protection sociale qui sont pratiquement confinés à l’économie formelle. En Afrique, la pandémie de Covid-19 a touché des sociétés dans lesquelles une majorité de la population ne pouvait pas bénéficier d’un soutien social pendant les périodes de confinement et de réduction des activités économiques. Elle a aggravé les conditions de nombreuses personnes vivant dans l’informalité. Lorsque des membres de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) m’ont rendu visite en 2017 et proposé un projet de recherche conjoint sur le lien entre l’informalité et la protection sociale, j’ai tout de suite accepté d’y prendre part car ce point est au cœur des défis en matière de travail décent auxquels est confrontée la région. Nous avons rapidement formé une équipe composée d’experts de la FES, de l’Institut allemand pour le développement et la durabilité(IDOS) et de l’Organisation internationale du Travail(OIT). Des collègues d’AfroBaromètre ont rejoint cette équipe pour contribuer à la conception d’un questionnaire visant à évaluer le besoin et l’étendue, ou l’absence, de protection sociale en matière de santé pour les travailleurs de l’économie informelle. Le questionnaire d’enquête abordait également les stratégies d’adaptation existantes, les points de vue des travailleurs informels, leur confiance dans les institutions et les formes d’organisation dans l’économie informelle. Il a été testé, plus rapidement que ce qui est habituellement observé dans ce type de coopération interinstitutionnelle, et la première enquête a été réalisée en octobre 2018 au Kenya. Un soin particulier a été porté au fait de recueillir des opinions honnêtes et d’inclure des personnes qui ne sont souvent pas interrogées, en effectuant des entretiens en face à face en langues vernaculaires. À la fin de l’année 2020, il en a été fait de même dans cinq autres pays (le Bénin, l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Zambie). Les enquêtes menées combinaient une étude standard sur l’économie informelle et un sondage d’opinion, c’est-à-dire des faits concrets et des points de vue, des ressentis et des opinions sur la sécurité sociale et la représentation des intérêts dans l’économie informelle. Le même protocole de recherche a été utilisé pour toutes les enquêtes, il a donc été possible de procéder à des comparaisons des résultats entre les pays et de faire apparaître les spécificités des pays, ainsi que des caractéristiques structurelles dans l’ensemble du continent. Avec l’arrivée de la pandémie dans les pays présélectionnés pour les enquêtes, certains retards dans la réalisation des entretiens ont été inévitables. Pourtant, dès que les circonstances le permettaient, les enquêtes ont été poursuivies, en adoptant toutes les mesures de précaution nécessaires. Bien entendu, certaines parties du questionnaire ont été modifiées pour maintenir le protocole technique en place tout en permettant d’ajouter certaines dimensions liées à la pandémie. Le rapport présente le fruit de l’étroite collaboration entre la FES, en tant qu’institution principale, l’IDOS et l’OIT. AfroBaromètre y a grandement contribué, notamment avec son protocole de recherche pour la constitution de l’échantillon d’enquête et la sélection des ménages. Les résultats du rapport ont une grande valeur, aussi bien pour les chercheurs que pour les décideurs politiques, et nous espérons qu’ils seront largement consultés. Je félicite très sincèrement l’équipe qui a travaillé de concert, avec beaucoup de soin, et a réussi à surmonter les nombreux obstacles inhérents à ce type de projets. Je tiens également à faire part de ma gratitude à toutes celles et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à la réussite de ce projet unique. Je me réjouis de poursuivre la collaboration entre nos organisations. Cynthia Samuel-Olonjuwon Directrice générale adjointe et Directrice régionale pour l’Afrique de l’OIT 2
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Les travailleurs informels, majorité de l'ombre : enquête d'opinion dans six pays sur le travail informel en Afrique subsaharaienne
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