PROTECTION CONTRE LE RISQUE FINANCIER – COMMENT LES TRAVAILLEURS INFORMELS PAIENT-ILS LEURS TRAITEMENTS MÉDICAUX ? 3 PROTECTION CONTRE LE RISQUE FINANCIER – COMMENT LES TRAVAILLEURS INFORMELS PAIENT-ILS LEURS TRAITEMENTS MÉDICAUX ? Rudolf Traub-Merz La protection contre le risque financier est une composante essentielle de la couverture maladie universelle. Elle se définit comme le fait de permettre à tous d’accéder à des services de santé de qualité sans s’exposer à des difficultés financières. « La protection financière est assurée lorsque les paiements directs versés pour obtenir des services de santé n’exposent pas les personnes à des difficultés financières et ne menacent pas le niveau de vie. »(OMS). Les virements gouvernementaux, les cotisations d’assurance, les dons étrangers et les paiements directs sont les quatre principales sources de financement des coûts de santé. Les paiements directs élevés pour se faire soigner peuvent engendrer pour les ménages des coûts supérieurs à leurs moyens et les faire basculer dans la pauvreté. Les transferts fiscaux visant à réduire les coûts de santé ou à financer la gratuité des soins et la couverture étendue de l’assurance maladie sont un moyen privilégié de réduire les paiements directs en cas de maladie et comptent parmi les principales stratégies permettant de protéger les pauvres des risques financiers et de les sortir du cercle vicieux santé-pauvreté. 3.1 SOURCES DE FINANCEMENT DES SOINS MÉDICAUX Les longues distances à parcourir, l’absence de personnel qualifié ou de médicaments ou encore de services qui ne sont pas à la portée de tous en raison de leur coût élevé peuvent expliquer pourquoi les gens s’abstiennent de se rendre dans des établissements médicaux. Mais que se passe-t-il quand ils vont se faire soigner ? Si les services de santé sont fournis gratuitement, il n’en reste pas moins des frais accessoires, tels que le transport, l’absence du domicile, les frais de nourriture et d’autres dépenses, etc. En revanche, si les services de santé doivent être réglés directement par les usagers eux-mêmes, l’insuffisance des ressources peut devenir une préoccupation majeure. Pour comprendre à quel point les coûts des traitements médicaux peuvent peser, nous avons demandé aux chefs de famille« Comment vous ou votre famille avez trouvé l’argent pour payer ce traitement ? » Nous n’avons pas demandé le montant exact et ne sommes donc pas en mesure d’établir un lien entre les dépenses de santé privées et le revenu du ménage. Toutefois, l’identification de la source de financement nous permet de tirer des conclusions sur les difficultés financières auxquelles les personnes doivent faire face lorsqu’elles se font soigner. Nous avons classé les modes de paiement des factures de santé en fonction des différentes sources. Les patients peuvent bénéficier de services de santé sans les payer directement, soit parce qu’aucun frais n’est facturé, soit parce que les paiements sont effectués par le biais d’autres sources, comme l’assurance maladie. Si les ménages doivent payer directement, trois options principales s’offrent à eux : régler les factures grâce à(une partie ou la totalité de) leurs économies. S’ils ne disposent pas de fonds propres, ils peuvent vendre une partie de leurs biens, comme du bétail, des outils, des contrats de vente avant récolte, des bijoux, des équipements ménagers, des véhicules. Ils peuvent aussi s’adresser à des amis, des parents, des voisins, des prêteurs, des banques ou autres pour obtenir un prêt. Une autre option, moins courante, consiste à rechercher une aide financière sous la forme d’un don. On peut s’interroger sur l’opportunité de conjuguer le recours aux formes traditionnelles de solidarité avec la mobilisation de fonds auprès d’opérateurs de l’économie de marché. Mais les formes traditionnelles de solidarité sont basées sur la réciprocité et, si elles offrent une plus grande marge de manœuvre dans les procédures de remboursement que les opérateurs de marché, la pression pour« rendre la pareille » existe néanmoins et ces dettes doivent être réglées avant d’en contracter d’autres. Les différentes manières de régler les factures de santé sont présentées à la Figure 3.1. En Zambie, les patients semblent jouir d’une situation« privilégiée » en cas de maladie. Près de la moitié d’entre eux reçoivent des soins médicaux sans avoir à se soucier des coûts. 26 pour cent d’entre eux peuvent mobiliser leur épargne, tandis que 12 pour cent sont« moins privilégiés » dans la mesure où ils doivent obtenir des espèces en vendant certains de leurs biens ou en contractant un prêt pour pouvoir payer leur traitement(Figure 3.1). Le Sénégal se situe à l’autre extrémité de l’échelle. 2 pour cent seulement bénéficient de services de santé gratuits, tandis que 41,5 pour cent doivent puiser dans leurs économies. 21
Sammelwerk
Les travailleurs informels, majorité de l'ombre : enquête d'opinion dans six pays sur le travail informel en Afrique subsaharaienne
Entstehung
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten