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(2022) 26. 13 mai 1972 - 13 mai 2022 : 50 ans
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1972 : la revanche des« battus » La mémoire collective a clairement choisi son camp : les évènements de 1972, qui ont mis fin à la première République, étaient le soulèvement dun peuple contre le néocolonialisme français. D enis A lexandre L ahiniriko L État-PSD nétait pas la rupture tant espérée par le mouvement déman­cipation qui, depuis au moins les années 30, luttait pour la fin de loppression et de la répression coloniale. En dépit de lindépendance de 1960, léco­nomie du pays était largement dominée par les intérêts français. Les grandes compag­nies ainsi que les capitaux étaient encore français. Même dans le fonctionnement de la République, lAdministration fonction­nait avec le soutien des« coopérants », per­pétuant ainsi un système déjà en vigueur du temps de la colonie. A bsence d une véritable indépendance Lenseignement est un exemple tant de fois cité pour fustiger le néocolonialisme fran­çais. Pour lobservateur daujourdhui, il est tout à fait compréhensible que la popu­lation se soulevât contre un système qui perpétuait les aspects les plus honnis de la colonisation. Dailleurs, dans les pratiques du pouvoir, durant la première République régnait encore lautoritarisme. Le Président Philibert Tsiranana était considéré comme lhomme que la France avait choisi pour défendre ses intérêts et ses positions à Madagascar. À cette époque, la Grande île salignait sur le bloc de lOuest à une période la guerre froide battait son plein et obligeait presque tous les pays à choisir leur camp. La présence de base militaire française de Diégo-Suarez ou encore la base de la Nasa à Imerintsiatosika est souvent évo ­quée comme le signe même de labsence dune véritable indépendance. Dailleurs, les accords de coopération étaient jugés comme le symbole par excellence dune indépendance donnée, non pas au profit des Malgaches, mais au bénéfice de lan ­cienne puissance colonisatrice. A rtisans Le jugement est ainsi sévère. Il a été réitéré, voire amplifié par les initiateurs des autres crises sociopolitiques antérieures. 1972 est devenu le symbole du soulèvement du peuple éveillé contre tout autoritarisme. Cest la preuve que les Malgaches sont une population qui chérit la liberté et se donne les moyens pour lavoir. Les évènements de 1972 sont donc essentiellement à caractère politique. Ils nétaient pas une« marche de la faim » durant laquelle lon fustigeait la « mauvaise gouvernance » ayant appauvri le pays, il sagissait plutôt de dénoncer un système politique qui serait à lopposé des aspirations« réelles » de la population. Pourtant, en 1958, la majorité des Malgaches avait choisi le« oui » lors du référendum pour la mise en place de la Communauté française. Par contre, Antananarivo a voté en majorité pour le« non ». Et quand lindé­pendance était acquise en 1960, la capitale la bien accueillie, même si une partie de ses habitants estimait que ses vrais arti­sans étaient les trois parlementaires du Mouvement démocratique de la rénovation malgache(MDRM) revenus au pays en juil­let 1960. D eux camps Cette situation montre bien la relation complexe quentretenait Antananarivo avec le régime Tsiranana. La ville a été longtemps le principal bastion du mouve­ment démancipation malgache. Le natio­nalisme y est même vers le début du XX e siècle avec la VVS. Le MDRM la choisie pour implanter son siège. Les principales figures politiques malgaches des années 40 et 50 y avaient élu domicile. Avec la mise en place de la Loi-cadre à partir de 1956, les rivalités politiques y étaient les plus fortes. Rapidement, deux camps semblent se dégager. Dabord, les partisans dune indé­pendance sans rupture brusque avec la France. Ensuite, ceux qui clamaient une autodétermination« immédiate et totale ». Les nationalistes historiques, du moins ses héritiers, étaient bien évidemment dans le deuxième camp. Le Comité dentente et daction politique(CEAP) comme leur « frère ennemi » du catholicisme politique de lUnion des indépendants de Tananarive (UIT) en sont les principales organisa­tions. Revendiquant les héritages de la Vy vato sakelika(VVS), de Ralaimongo et du MDRM, ils sestimaient les plus légitimés à prendre la place des colonisateurs à leur départ. Seulement, cela nétait pas le cas. Non seulement, le nouvel État a été rem­pli de milliers de coopérants français, mais le pouvoir revenait à un homme taxé de « fidèle parmi les fidèles » à lancienne puis ­sance colonisatrice et son Parti social-dé­mocrate(PSD) issu du Padesm. Cest sur ce point dhistoire quil faut com­prendre les évènements de 1972. Tsiranana est-il réellement l« homme de paille » tel quon la longtemps dépeint ? Rien nest plus simple. Litinéraire de cet instituteur, en 1912 à Anahidrano, dans le district dAntsohihy, montre pourtant quil a long­temps fréquenté le milieu nationaliste his­torique et avait, plusieurs fois, exprimé des positions qui lui sont favorables. É lite côtière Le premier Président malgache a fait ses études à lécole Le Myre de Vilers. Conseiller provincial de Majunga, membre de lAssemblée représentative, en 1946, ce Tsimihety, instituteur de cadre supé­rieur, se rend en France comme bour­sier pour un stage de professeur à lÉcole normale de Montpellier. À cette époque, sous linfluence de linstituteur français Condaminas, il adhère au Groupe détudes communistes et assiste aux réunions orga­nisées par les communisants de la capitale. En 1947, il donne son adhésion au Padesm et devient membre de son comité central avril- mai 2022 | 23