Genèse Avril 1971 et le Monima Précurseurs de mai 1972 Sans prétendre refaire l’histoire ni adopter une démarche éloignée de celle de l’historien, sans avril 1971, y aurait-il eu mai 1972 ? L ucile R abearimanana N éanmoins, affirmons d’emblée que les faits s’avèrent plus complexes qu’on ne le pense. Pour expliquer les relations entre les deux évènements, il faut tenir compte de certains facteurs. Le contexte national notamment, ainsi que mai 1968 en France, ont influé sur le cours des faits se déroulant à Madagascar, aussi bien en milieu rural que dans les villes. U ne situation socio politique de plus en plus explosive Derrière une démocratie de façade, insatisfactions et mécontentements grondent, en silence. Sur les Hautes terres, dans la capitale, dans le Vakinankaratra, intellectuels malgaches et jeunes coopérants français analysent la situation dans le pays, interprètent les textes marxistes. Le Mouvement pour l’indépendance de Madagascar (Monima) canalise les souffrances et les volontés de changement s’exprimant dans le Sud du pays. Des relations se nouent entre les uns et les autres entre 1969 et 1971, où éclate le soulèvement dans le Sud. Les initiatives prises par ce parti opposé à l’État néocolonial du Président Philibert Tsiranana et, surtout la répression, violente, aveugle qui s’ensuit, se répercutent forcément sur les autres organisations antigouvernementales. Dans la capitale comme dans d’autres villes, à l’université Charles de Gaulle, à l’école de Médecine, réunions, grèves, arrestations préparent le mai 1972 malgache. Pour ceux qui ont milité pour le retour de la souveraineté de leur pays, ou tout simplement espéré des changements politiques consistants et l’avènement de la liberté en même temps que l’indépendance, les années 60 marquent la déception et la fin des illusions. Le régime pèche par une absence de démocratie et l’administration locale multiplie les violences et les abus, décuplés par rapport à ce qu’elle infli geait aux populations rurales durant la colonisation. Le régime de la première République ne peut se targuer de faire régner la démocratie, même si le parti au pouvoir se dit social-démocrate L e règne sans partage du PSD et l ’ omniprésence de la F rance Le régime de la première République ne peut se targuer de faire régner la démocratie, même si le parti au pouvoir se dit social-démocrate. Derrière un pluripartisme formel se cache la dictature du Parti social-démocrate(PSD). Bon nombre d’organisations politiques modérées se rallient au parti du président de la République, d’autres se voient dépouillés de leurs membres et ne voient plus leur raison de subsister. Restent deux partis, fondés dans l’ambiance du référendum du 28 septembre 1958 organisé par le Président Charles de Gaulle pour l’adhésion ou non des Territoires d’outre-mer(Tom) à la communauté française, le Parti du congrès de l’indépendance de Madagascar(AKFM) et le Monima poursuivent sans relâche la lutte pour une véritable indépendance. Ils s’opposent à la politique autoritaire, dictatoriale du PSD, qui accapare les postes électifs et nomme des cadres obligés de lui obéir à la tête des institutions administratives. De plus, la présence des assistants techniques français autour du président de la République, dans les ministères, dans les établissements d’enseignement, à la tête des organismes économiques et sociaux, ne peut que fortifier les citoyens malgaches dans l’idée que rien ne change depuis la proclamation de l’indépendance. Quant aux grandes compagnies françaises d’import-export, elles restent en place, de même que la grande colonisation agricole. Au contraire, elles diversifient et intensifient leurs activités, rassurées par un régime qui favorise leurs intérêts. Pour parvenir à ses fins, le pouvoir PSD empêche les citoyens d’émettre leurs idées et d’exprimer leurs mécontentements. Sa monopolisation des sièges et des responsabilités s’accompagne de restrictions des libertés pour les citoyens, surtout dans les campagnes. L es atteintes aux libertés démocratiques La presse, si active depuis l’application de la Loi-cadre de 1956, voit son travail de diffusion des informations et des critiques de la vie publique handicapé par des mesures répressives : saisies de numéros dès leur parution dans la capitale, entraves à leur diffusion en dehors de celle-ci pour les journaux d’opposition. La Poste devient inaccessible à ceux-ci, ses services retenant les exemplaires destinés aux provinces et leurs 30 |
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(2022) 26. 13 mai 1972 - 13 mai 2022 : 50 ans
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