journée de travail en étant déjà redevable, ce qui annule toute capacité d‘épargne ou d‘investissement. Le rôle des femmes et travail des enfants Dans l‘exploitation artisanale, les femmes occupent une place essentielle, mais elles sont reléguées à des tâches périphériques telles que le tri, le lavage ou le transport du minerai, ainsi qu‘à la gestion de petits commerces aux abords des sites. Leur contribution est indispensable au fonctionnement de l’économie minière locale, mais elle est sous-valorisée: elles ont des revenus moindres, un accès limité aux puits les plus productifs et sont fréquemment exposées au harcèlement ou aux violences. Cette situation reflète une inégalité structurelle qui fragilise encore davantage les ménages. Le travail des enfants reste par ailleurs une réalité persistante, malgré les dénonciations internationales. Des milliers d‘enfants participent à l‘extraction, au transport ou au lavage du minerai, poussés par la pauvreté, l‘absence d‘alternatives éducatives et la pression économique familiale. Si certaines initiatives ont permis de réduire le phénomène dans certaines zones, les causes profondes n‘ont pas été résolues. Ces deux problématiques sont étroitement liées: l’autonomisation économique des femmes permet de limiter directement le recours au travail des enfants. Lorsque les femmes disposent de revenus stables et sécurisés, la dépendance des familles aux revenus complémentaires générés par les plus jeunes diminue. Ainsi, les questions du genre et de la protection de l’enfance doivent être abordées ensemble, comme deux facettes d’une même injustice sociale. Impacts environnementaux et sanitaires Au-delà des enjeux sociaux, l’exploitation du cobalt soulève de graves préoccupations environnementales. Des enquêtes ont révélé une contamination significative de l’eau et des sols par des métaux lourds. Des concentrations élevées de cobalt ont été détectées dans l‘organisme d‘enfants vivant à proximité des sites miniers, provoquant des troubles respiratoires et dermatologiques. Privées d‘une eau potable sécurisée, les populations locales utilisent des sources contaminées pour leurs besoins domestiques et agricoles. Les conséquences économiques sont notables: baisse des rendements agricoles, insécurité alimentaire et accès aux soins plus difficile. Ce paradoxe souligne le fait que la transition énergétique mondiale ne peut être qualifiée de durable si elle s‘accompagne d‘une dégradation écologique locale. Intégration du syndicat dans la question de l’exploitation minière artisanale du Cobalt Le Code minier congolais, même révisé en 2018, continue d‘ignorer celles et ceux qui font vivre l‘exploitation minière artisanale au prix de leur sueur et de leur sécurité. En s‘appuyant presque exclusivement sur des coopératives souvent défaillantes et en ignorant largement les syndicats, il condamne près de deux millions de creuseurs à l‘informalité. Cette situation n‘est plus tenable. Il est urgent de réformer le cadre légal afin de reconnaître explicitement les syndicats comme des acteurs légitimes de l‘organisation du secteur. Des mécanismes de dialogue tripartite, associés à des quotas d‘adhésion, permettraient de renforcer la gouvernance, d‘améliorer la traçabilité et de protéger enfin les droits des artisans, aujourd‘hui abandonnés entre des zones d‘exploitation artisanale(ZEA) insuffisantes et des intermédiaires prédateurs. Au fond, la question est celle de la justice. Une justice distributive au sens le plus concret du terme: qui prend les risques et qui récolte les profits? Aujourd‘hui, les creuseurs, parmi les plus vulnérables, paient de leur santé, de leur vie et de leur avenir, tandis que les bénéfices profitent aux industriels et à l‘État. Ce déséquilibre est moralement inacceptable et politiquement dangereux. Il impose une redistribution réelle des richesses minières, notamment à travers des redevances communautaires de 10% et des prix minimaux garantis pour les minerais issus de l‘artisanat. Cette exigence doit traverser tous les niveaux d‘action: les réformes fiscales au sommet, la gouvernance syndicale sur le terrain et les projets locaux au sein des communautés. Seule cette condition permettra à l’exploitation artisanale minière de cesser d’être un piège de précarité pour devenir un moteur de développement inclusif, notamment dans des provinces comme le Haut-Katanga. La transition énergétique mondiale rend cette situation encore plus urgente. Alors que la demande de cobalt et de cuivre devrait augmenter de plus de 200% d‘ici 2030, les creuseurs congolais sont piégés dans une extrême pauvreté, souvent pour moins de 2 dollars par jour, mettant leur vie en péril. Derrière les discours sur l’économie verte, il y a des corps ensevelis, des familles brisées et des communautés sacrifiées. L’Union européenne, les ÉtatsUnis, la Chine et tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement ne peuvent pas faire abstraction de cette réalité. S‘ils veulent parler de transition juste, ils doivent en assumer le coût et les responsabilités. Un pacte pour un« cobalt responsable» pourrait permettre d‘orienter jusqu‘à 500 millions de dollars de redevances par an vers la formalisation du secteur, la protection sociale et le développement local. Sans cela, la transition énergétique ne serait qu’un vernis moral posé sur une nouvelle injustice globale. Qui paie la note? 3
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Qui paie la note? La situation des exploitants miniers artisanaux en RDC : de l'entonnoir au paradoxe : entre richesse mondiale et pauvrete locale
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