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Les inégalités de genre dans les politiques du logement en France
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tions dhabitat et le blocage des parcours résidentiels. aussi, être une femme est un facteur déclenchant ou aggravant de lune de ces cinq dimensions de mal-loge­ment. Cette note se propose ainsi dapprofondir certaines dentre elles afin dexplorer les mécanismes qui font que les femmes sont en première ligne du mal-logement et de montrer de quelle façon les politiques du logement pour­raient mieux répondre aux vulnérabilités spécifiques de ce public. Un accès au logement complexe pour les femmes Laccès au logement tant à la location(parc privé et parc social) quà lachat est aujourdhui difficile, notamment sous un double effet : laugmentation du nombre de per­sonnes pauvres(INSEE, 2025) 4 et laugmentation des inégalités(Observatoire des inégalités, 2025) 5 . Ces effets sont démultipliés pour les femmes 6 . En effet, elles sont généralement plus pauvres en moyenne que les hommes (INSEE, 2024) 7 , plus souvent dans des emplois à temps partiel(INSEE, 2022) 8 , sur-représentées au sein des familles monoparentales(INSEE, 2018) 9 et moins souvent proprié­taires que les hommes(Bessière& Gollac, 2020). Dès lors, linsuffisance des ressources, couplée aux discriminations et préjugés quelles peuvent subir(notamment pour les mères seules avec des adolescents qui peuvent être perçus comme des« fauteurs de troubles »(Bourgeois, 2019), ou inversement comme« vulnérables »), alimentent les difficul­tés subies pour accéder à un logement. Les politiques publiques peuvent mobiliser différents le­viers pour prendre en compte les difficultés spécifiques daccès au logement des femmes. Dabord, il est possible dagir directement aux racines du mal logement, soit en enrayant les différences de revenus entre hommes et femmes(par exemple avec une amélioration des conditions de rémunération des emplois à temps partiels) ou bien en sensibilisant les notaires et avocats à la transmission de patrimoine égalitaire(Bessière& Gollac, 2022). Ensuite, les différentes instances qui travaillent sur laccès au loge­ment doivent prendre en compte les discriminations que subissent les femmes. Par exemple, il serait intéressant de renforcer les campagnes publicitaires faisant connaître le rôle du Défenseur des Droits et la possibilité de le saisir en 4  Selon lINSEE, 9,8 millions de personnes étaient sous le seuil de pauvreté en 2023, soit 15,4 % de la population française. Cest 600 000 personnes de plus quen 2022 et 1,2 million de plus quen 2017. 5  En 2022, les 10 % les plus fortunés touchaient 24 % de la masse des revenus, mais possédaient 48 % de lensemble du patrimoine(chiffres de 2024). 6  Selon une étude réalisée à Paris en 2018, pour accéder à la location dans le parc privé, un homme seul avec enfants aura plus de chances de recevoir une réponse po­sitive quune mère seule : 47 % de réponses positives pour les hommes contre 44 % pour les femmes. 7  En 2021, les revenus individuels des femmes actives sélèvent en moyenne à 23 130 euros par an et sont inférieurs de 24% à ceux des hommes(30 470 euros). 8  En 2020, parmi les personnes en emploi, les femmes travaillent bien plus souvent que les hommes à temps partiel : 27,4% contre 8,4%. 9  En 2018, 83 % des familles monoparentales étaient constituées dune femme seule avec enfants. cas de discriminations en raison du genre. Il serait égale­ment possible de réfléchir à un plan de sensibilisation et de lutte contre les discriminations de genre(avec un focus sur les discriminations à la location), comme a pu le faire dans un cadre général la ville de Bordeaux en 2022 10 . Enfin, un troisième registre concerne les mesures à prendre dans le cadre de politiques de lhabitat. En effet, il est tout à fait possible daugmenter le poids des familles monoparentales dans la cotation 11 , obligatoire depuis la loi ELAN de 2018. Cette dernière, bien quelle ne soit« quun simple outil à la décision » pour les attributions de logements sociaux, reste intéressante pour lutter contre les discriminations(Bour­geois, 2023). Par exemple, alors que la ville de Paris prend en compte certaines vulnérabilités spécifiques des femmes dans sa cotation, elle ne prend toujours pas en compte le critère de monoparentalité. Une bascule vers le mal logement à la suite dune rupture dans le parcours résidentiel : les femmes en première ligne A la suite dune séparation conjugale ou dun divorce(envi­ron 420 000 couples chaque année en France), les femmes sont davantage défavorisées que les hommes. Plusieurs effets peuvent lexpliquer : des revenus qui baissent de manière plus importante(Institut Paris Région, 2025) 12 ou encore des prestations compensatoires(pensions alimen­taires, etc.) reçues qui ne répondent que partiellement aux besoins des femmes avec le« travail domestique » non pris en compte(Silvera, 2021). Ainsi, les femmes ont plus de difficultés à se maintenir dans lancien logement occupé et elles perdent plus souvent le statut de propriétaire. Cela a des conséquences directes : la séparation conjugale peut être à lorigine de procédures dexpulsions locatives 13 . Elle peut également provoquer de nouvelles situations de mal-logement : vivre dans des logements surpeuplés dans le cas de solution de repli ou ne pas pouvoir maintenir de températures adéquates dans le nouveau logement occupé. Dans les cas beaucoup plus graves de violences conju­gales au sein du couple(environ 272 000 personnes qui en étaient victimes en 2025 selon les derniers chiffres du ministère de lIntérieur), les femmes se retrouvent dans lur­gence de fuir le danger et peuvent se retrouver également 10  Le plan 2022 2026, intitulé« Plan de lutte contre toutes les discriminations » est à retrouver ici : Plan de lutte contre toutes les discriminations. Lobjectif 15 se donne spécifiquement pour mission de lutter contre les discriminations dans laccès au loge­ment et dencourager laccès à lhébergement pour les publics empêchés, notamment en renforçant et diversifiant les solutions dhébergement et daccès au logement ou bien en renforçant les liens avec les bailleurs sociaux locaux. 11  La cotation consiste à définir une série de critères dappréciation de la demande (en fonction de la situation personnelle, de la situation professionnelle, du logement au moment de la demande, des ressources de la durée de la demande) et à leur appli­quer une pondération afin dattribuer une note à chaque demande. Chaque territoire peut développer son propre module de cotation. 12  Entre 2014 et 2020, en Ile-de-France, lannée de la séparation, le niveau de vie médian diminuait de 14,2 % pour les femmes, contre 6,2 % pour les hommes soit, en moyenne, une perte annuelle de 3 500 euros pour les premières contre 1 600 euros pour les seconds. 13  Dans un contexte plus général daugmentation des expulsions locatives(30 500 réalisées avec le concours de la force publique en 2025), notamment sous leffet de la loi« anti-squat » de Kasbarian-Bergé. Les inégalités de genre dans les politiques du logement en France 2