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Les inégalités de genre dans les politiques du logement en France
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dans des situations très problématiques de mal-logement et sexposent à des abus de faiblesse. Ainsi, comme pour laccès au logement, les politiques publiques doivent se saisir des difficultés spécifiques des femmes à se maintenir dans le logement en cas de rup­tures conjugales. Dabord, il faut que laccès au logement social cesse dêtre un« parcours du combattant » avec des difficultés à tous les étages de la procédure dattribution. En effet, il nest pas rare que le document demandé par les bailleurs sociaux pour justifier de la séparation 14 soit difficile à obtenir à cause des délais de la justice, bloquant ainsi les femmes. Cumulé au fait quelles ne soient pas considérées comme prioritaires, il est difficile pour elles dobtenir un logement social. Afin daméliorer leur situa­tion, la ville de Paris a décidé dès 2014 dintégrer dans sa grille de cotation la variable de séparation(+ 40 points). Dans un autre registre, une politique du logement am­bitieuse pour répondre aux nécessités de décohabitation des femmes victimes de violences conjugales doit dabord porter sur les besoins en hébergement durgence. Il faut urgemment augmenter le nombre de places au sein de ces structures et en financer massivement. Selon la Fédération Nationale Solidarité des Femmes(FNSF), il faudrait à mi­nima créer 15 000 places dhébergements supplémentaires, alors que près de 40 % des femmes victimes de violences en demande dhébergement seraient sans solution. Il est également envisageable de construire des structures non mixtes 15 afin que les femmes accueillies se sentent en sécurité. Dans une vision de relogement pérenne de ce pu­blic, les bailleurs sociaux peuvent eux aussi avoir un rôle à jouer. En effet, ils peuvent donner la priorité aux femmes victimes de violences, soit via la mobilisation du contingent « public prioritaire » de lEtat ou bien en plaçant le critère « victime de violences » à un niveau élevé de la grille de cotation. Enfin, sur le côté législatif, il faut poursuivre et améliorer la loi du 26 mai 2004 qui donne la possibilité de faire expulser le conjoint coupable de violences, afin que les victimes puissent se maintenir dans leurs logements et quelles naient pas à payer le prix de leur courage. Bien queffective, cette disposition pourrait être accentuée, no­tamment si lensemble de lécosystème de protection des victimes fonctionnait correctement. Cela passe par un ren­forcement des formations à destination des professionnels et acteurs(juges, forces de lordre, travailleurs sociaux) et que les victimes aient confiance en la solution proposée. Une exposition accrue des femmes dans le cadre dun hébergement chez un tiers Lorsquon est sans logement personnel, le dernier« filet de sécurité » avant la rue est généralement lhébergement chez un tiers(cela peut-être chez un ami, un membre de la famille ou une connaissance). Sur les 4 millions de mal logé·es, on estime que plus de 600 000 personnes vivent de manière contrainte chez un tiers, soit deux fois plus que le nombre de sans domicile. Facette relativement méconnue du mal-logement en raison de son caractère« souterrain », lhébergement chez les tiers est majoritairement une solu­tion de repli pour les femmes(Fondation pour le logement, 2026) 16 . Toutefois, dans le cadre de ces hébergements, ces dernières sont bien plus sujettes que les hommes à certaines situations de précarité, voire dexploitation ou de maltraitance. Rarement gratuit, être accueilli demande des contreparties financières ou de services, comme garder les enfants par exemple. Dans certains autres cas, la contre­partie imposée est sexuelle. Selon lenquête Hebtiers du Samu social de Paris, 21 % des personnes sans logement personnel hébergées chez un tiers en Ile-de-France, au cours des 12 derniers mois au moment de létude, ont été au moins une fois dans lannée harcelées ou violentées sexuellement par leur hébergeur(Observatoire du Samu Social de Paris, 2026) 17 . Pour lutter contre ce mal-logement invisible dans lequel les femmes sont en première ligne, deux voies complémen­taires doivent être empruntées. Dabord, il sagit de satta­quer aux causes à lorigine de ce phénomène en expansion, en raison à la fois du développement des précarités indivi­duelles, des dysfonctionnements structurels du marché im­mobilier et des insuffisances des politiques publiques. En­suite, il faut apporter de laide et du soutien aux personnes concernées, afin de les accompagner au cours de cette période et de leur permettre dobtenir un logement auto­nome. Pour les pouvoirs publics, plusieurs leviers existent : renforcer lhébergement solidaire et citoyen(en finançant des associations qui sen chargent), officialiser cette pra­tique(en faisant évoluer cet hébergement vers le système de la colocation) ou bien en renforçant la domiciliation (car sans adresse administrative, laccès au logement est presque impossible). 14  Il sagit dune ordonnance de non-conciliation établie par le juge aux affaires fa­miliales. 15  Sur le modèle des Haltes Femmes à Paris(gérées par le Samu Social) destinées uniquement aux femmes sans domicile souhaitant sextraire temporairement de la rue. 16  Selon lenquête logement de 2020, 55 % des personnes qui déclarent être héber­gées chez un tiers étaient des femmes(alors quelles ne sont que 52 % dans la popu­lation générale). 17  Le champ de létude comprend les personnes majeures(ou non reconnues mi­neures) qui ont fréquenté un accueil de jour en Île-de-France et qui ont été hébergées chez un tiers au cours des 12 derniers mois(8 760 personnes) au moment de len­quête(septembre 2024 mars 2025). Les inégalités de genre dans les politiques du logement en France 3