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Des espaces qui se rétrécissent? La liberté d'expression et le journalisme en temps de guerre : l'impact de la crise sécuritaire sur la liberté d'expression et le débat public en République Démocratique du Congo
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Craignant des représailles, les universitaires et les artistes évitent désormais d'aborder les sujets sensibles liés à la gestion du conflit ou à la gouvernance. Cette situation est encore plus alarmante dans les zones occupées par l'AFC-M23, toute expression libre est anéantie au profit d'une communication de guerre imposée. Fragmentation sociale: Le débat public subit une dégradation qualitative profonde, marquée par une polarisation extrême. Le paysage social se scinde désormais en deux blocs antagonistes d'un côté, ceux qui sautoproclament patriotes en raison de leur soutien inconditionnel au régime. Et de lautre côté, ceux qui sont stigmatisés comme des traîtres dès qu'ils expriment une analyse critique. Cette logique de suspicion mutuelle substitue l'argumentation rationnelle à l'émotion et à la peur, ce qui rend toute discussion constructive sur les solutions à la crise nationale quasi impossible. La liberté d'expression n'est pas seulement un droit civil. C'est aussi un outil de régulation et un mécanisme d'alerte indispensable à la survie de l'État. En étouffant la critique, le pouvoir s'expose à des défaillances systémiques qui compromettent la gestion de la crise actuelle. Si la tendance à la réduction de l'espace civique se poursuit, l'État s'expose à trois catégories de risques opérationnels: Rupture de confiance et crise de crédibilité: une communication officielle perçue comme unilatérale ou déconnectée des réalités du terrain, finit par isoler les institutions de la population. Cette méfiance généralisée peut paralyser l'adhésion aux efforts de défense nationale et favoriser la propagation de rumeurs déstabilisatrices. Radicalisation et déportation du débat: lorsque les espaces de dialogue structurés et modérés disparaissent, le débat public ne s'éteint pas; il se déplace. Il migre vers des plateformes non régulées, les discours de haine, les injures et les stigmatisations ethniques prospèrent sans entrave. Ce phénomène fragilise la cohésion nationale et crée un terreau fertile pour les tensions communautaires que l'État cherche pourtant à prévenir. Aveuglement stratégique et défaillance de la gouvernance: le musèlement des experts et des chercheurs, par crainte d'être étiquetés antipatriotes, entraîne un assèchement des apports critiques. Sans une analyse indépendante et lucide des faiblesses opérationnelles des FARDC ou des erreurs de gestion logistique, l'État est condamné à répéter les mêmes erreurs stratégiques, prolongeant ainsi l'inefficacité de sa réponse sécuritaire. Conséquences de la restriction de la liberté dexpression sur la démocratie et la cohésion sociale La restriction de la liberté d'expression ne se limite pas à un enjeu de droits humains; elle affecte profondément la qualité de la gouvernance. En étouffant la critique, elle érode la redevabilité des dirigeants, fragilise la légitimité des institutions et décourage la participation citoyenne. Plus inquiétant encore, elle favorise la normalisation de pratiques autoritaires, justifiées au nom de la sécurité, mais qui servent en réalité de prétexte à une dérive illibérale. Actuellement, la RDC traverse une phase de recul démocratique inquiétant. Le pays semble s'éloigner de l'État de droit pour devenir une« République» l'arbitraire prime, au mépris des textes juridiques fondamentaux. Cette dynamique de violations systématiques des droits et de restrictions des libertés fondamentales porte un coup sévère à la cohésion nationale. L'instrumentalisation politique des forces de l'ordre, l'imposition d'une pensée unique et l'intolérance croissante créent un climat de suspicion. Au lieu de favoriser l'unité, cette approche alimente les discours de haine et les invectives, détruisant le lien social. Or, cette cohésion est le rempart le plus crucial pour une nation en temps de guerre; son effritement fragilise la résilience du pays face à ses agresseurs. Limpératif sécuritaire comme fondement des restrictions à la liberté dexpression Les impératifs sécuritaires sont la principale justification des restrictions observées dans l'est de la République démocratique du Congo. Depuis le début de son mandat, le président Tshisekedi a fait du rétablissement de la paix sa priorité. Toutefois, la situation s'est détériorée: le nombre de déplacés internes a augmenté et les violences contre les civils se sont intensifiées, notamment sous l'action des ADF, puis avec la résurgence du M23, soutenu par le Rwanda. Après la rupture de sa coalition avec l'ancien président Joseph Kabila en 2020, le chef de l'État a consolidé sa majorité parlementaire et a proclamé l'état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri en avril 2021. Si cette mesure visait à lutter contre linsécurité, elle s'est surtout traduite par une militarisation de ladministration et une restriction accrue des libertés publiques. 3