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Des espaces qui se rétrécissent? La liberté d'expression et le journalisme en temps de guerre : l'impact de la crise sécuritaire sur la liberté d'expression et le débat public en République Démocratique du Congo
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Dans ce contexte, la critique de l'action gouvernementale est souvent assimilée à une menace pour la sécurité nationale. Plusieurs parlementaires ayant dénoncé linefficacité de létat de siège ont ainsi été arrêtés ou poursuivis par des juridictions militaires. Par ailleurs, la surveillance des réseaux sociaux par des services de sécurité, comme le Conseil National de Cyberdéfense (CNC), a conduit à l'arrestation d'opposants pour des prises de position critiques. Ainsi, l'approche sécuritaire adoptée dans l'est du pays tend à restreindre l'espace civique et à fragiliser la liberté d'expression. La politisation du régulateur des médias et ses effets sur la liberté dexpression Les institutions chargées de la régulation des médias et de la protection des libertés publiques en RDC souffrent d'un déficit d'indépendance et de crédibilité. Les mécanismes de nomination, qui impliquent fortement les acteurs politiques, exposent le Conseil Supérieur de lAudiovisuel et de la Communication(CSAC) à des interférences politiques. Plusieurs analyses soulignent que l'origine politique d'une partie de ses membres fragilise son autonomie institutionnelle. En pratique, le pouvoir de nomination du chef de lÉtat dépasse parfois le cadre d'une compétence strictement liée. Lépisode de 2015, marqué par labsence dentérinement des nouveaux membres désignés après lexpiration du mandat précédent, a conduit à une prolongation de fait de léquipe dirigeante jusquen 2022, illustrant ainsi la capacité de blocage de lexécutif. Le renouvellement controversé du CSA en 2022 a ravivé les doutes quant à son impartialité, notamment lors du processus électoral de 2023, marqué par des accusations de déséquilibre en faveur du pouvoir en place. Par ailleurs, la convocation régulière de journalistes et d'artistes pour des propos critiques, comme le musicien Koffi Olomidé en 2024 ou le journaliste Christian Lusakweno, alimente la perception d'un usage restrictif du pouvoir de régulation. Dans ce contexte, le déficit d'indépendance du CSAC affaiblit sa légitimité et contribue à un environnement médiatique marqué par l'autocensure et la méfiance, au détriment de la liberté d'expression et du pluralisme. Lespace numérique: entre liberté et contrôle Lessor des réseaux sociaux a considérablement élargi les possibilités dexpression et de mobilisation citoyenne en RDC. Toutefois, cet espace fait lobjet dune surveillance accrue. Arrestations liées à des publications en ligne, menaces de poursuites judiciaires et restrictions ponctuelles de laccès à linternet traduisent une volonté croissante de contrôle de lespace public numérique. Promulgué en 2023, le Code du numérique réaffirme la liberté dexpression en ligne, tout en la subordonnant au respect de lordre public et des droits dautrui. Il criminalise notamment la diffusion de fausses informations, passible de peines demprisonnement, ainsi que lusurpation didentité. Certaines dispositions, en particulier larticle 360, suscitent cependant des inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains, en raison du risque de restrictions disproportionnées affectant la liberté dexpression, le droit à linformation et la protection de la vie privée sous couvert de lutte contre la cybercriminalité. Cette évolution fragilise le potentiel démocratique du numérique et accentue les dynamiques dautocensure, notamment chez les jeunes et les acteurs non institutionnels, pourtant essentiels à la vitalité du débat public. Conclusion et recommandations La liberté d'expression est un droit fondamental en République Démocratique du Congo, mais elle est progressivement entravée par le recul du processus démocratique et par les contraintes liées à la crise sécuritaire. La crise sécuritaire menace non seulement lintégrité territoriale de lÉtat et la sécurité physique des citoyens, mais elle constitue également un test crucial pour la vitalité démocratique du pays. Dans ce contexte, une restriction excessive de la liberté dexpression au nom de la sécurité risquerait d'affaiblir les institutions, d'éroder la confiance publique et de compromettre les acquis démocratiques. Il est donc impératif de restaurer et d'élargir l'espace civique afin de consolider l'État de droit, de renforcer la stabilité politique et de promouvoir un développement démocratique durable. Pour concilier la préservation de la liberté d'expression et les exigences de sécurité, l'action publique doit se concentrer sur des mesures concrètes protégeant les libertés fondamentales tout en répondant aux besoins en matière de sécurité. Pour ce faire, des recommandations claires et équilibrées sont nécessaires pour garantir que la défense de la sécurité nationale ne se fasse pas au détriment des principes démocratiques. 4