dispositif structuré, compatible avec l'État de droit, et de répondre à la question suivante: Comment intégrer ces forces dans une architecture sécuritaire cohérente sans engendrer, à terme, une fragmentation irréversible de la souveraineté nationale? Cette note d'analyse utilise une approche qualitative et pluridisciplinaire combinant l'analyse juridique, empirique et politico-stratégique pour évaluer les dynamiques des groupes armés, notamment les Wazalendo, dans l'est de la RDC. La méthode repose sur la triangulation de données, croisant des sources documentaires institutionnelles, des observations de terrain et des études comparatives, afin de valider l'impact sur la sécurité nationale. Cadre analytique et contexte de la crise L’analyse de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC s’appuie sur deux piliers complémentaires: D'une part, la réforme du secteur de la sécurité(RSS) permet d'évaluer la gouvernance, la redevabilité et le contrôle civil des forces armées, et d'autre part, l'économie des conflits permet de décrypter les interactions entre l'exploitation des ressources naturelles, les dynamiques de pouvoir et la fragilité structurelle de l'État. L’instabilité dans cette région est entretenue par la présence d'une multitude de groupes armés, l’exploitation illicite des ressources naturelles et l’ingérence d’acteurs régionaux. Malgré les réformes engagées, la résurgence du M23 en 2021 a mis en lumière les lacunes opérationnelles des FARDC, révélant une crise institutionnelle profonde. L’émergence des Wazalendo: Une réponse pragmatique Face à la résurgence du M23 dans l'est de la République, une réponse pragmatique a émergé, sous l'impulsion explicite ou tacite des autorités congolaises: la mobilisation des Wazalendo. Ce terme désigne une diversité de groupes d’autodéfense locaux, autrefois qualifiés de milices. Leur efficacité repose sur des atouts spécifiques: un ancrage communautaire profond, une maîtrise géographique parfaite du terrain et une capacité de mobilisation rapide. Cependant, cette force d'appoint souffre d'une fragmentation organisationnelle et d'un manque de commandement unifié. Cette situation maintient ces acteurs dans un flou juridique préoccupant, alors que leur rôle opérationnel est crucial sur le front. Les défis de l'hybridation sécuritaire L’étroite collaboration entre les forces régulières et les Wazalendo marque le début d'une hybridation sécuritaire qui présente des risques stratégiques. Elle fragmente la chaîne de commandement et génère une concurrence de légitimité entre l'État et les forces citoyennes. Elle entraîne une dilution de la responsabilité publique et fragilise le principe du monopole de la violence légitime. En s'appuyant sur des forces non formalisées, l'État congolais risque de saper sa propre autorité à long terme, ce qui complexifie les perspectives de stabilisation durable et de contrôle démocratique du secteur de la défense. Cadre légal et institutionnel de l'hybridation sécuritaire: Défis de l’intégration des groupes d’autodéfense « Wazalendo» L’émergence d’une hybridation sécuritaire de fait face aux limites de l’État L’implication des Wazalendo dans l’est de la République démocratique du Congo répond avant tout à une nécessité opérationnelle impérative. Dans les principaux foyers de conflit(Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri), ces groupes opèrent en appui aux FARDC, sans que leur statut, leurs missions ou leur régime de responsabilité ne soient formalisés. L’engagement massif de ces groupes dans les provinces de l’est du pays ne peut être compris que comme une réponse à une insécurité systémique. Cette mobilisation citoyenne a instauré, dans les faits, une hybridation sécuritaire dans laquelle l’État délègue implicitement ses fonctions régaliennes de défense à des acteurs civils. Cependant, cette collaboration repose sur des arrangements locaux informels et précaires, dépourvus de cadre normatif explicite. La Constitution du 18 février 2006, socle de l'ordre républicain, consacre le monopole étatique de la force à travers ses articles 183 et 187. Ces dispositions confèrent respectivement à la police nationale la sécurité intérieure et aux forces armées (FARDC) la mission exclusive de défendre l’intégrité territoriale. En agissant en dehors d'une délégation de pouvoir formelle, l'action des groupes Wazalendo se déploie en dehors de ce schéma constitutionnel. Leur engagement dans des opérations sans délégation de pouvoir formelle et explicite instaure de fait une hybridation sécuritaire. Ce glissement vers une gestion informelle de la défense délègue des fonctions régaliennes à des acteurs civils, sans aucun ancrage normatif, créant ainsi un précédent juridique qui fragilise l'autorité centrale de l'État et l'architecture de la défense nationale. Le défi des Wazalendo 2
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Entre défense du territoire et autorité de l'État : le défi des Wazalendo
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