À l’attention de l’État-Major Général des FARDC et de la Défense nous recommandons: • Une chaîne de commandement unique, afin de garantir qu'aucune unité Wazalendo ne manœuvre sans la supervision directe et la validation d'un officier FARDC désigné; • L’identification et le filtrage: lancer immédiatement un recensement exhaustif avec biométrie. Ce filtrage permettra d'écarter les profils criminels et de certifier les compétences de ceux qui sont éligibles à une intégration formelle après une formation rigoureuse. • Code de conduite et DIH: imposer des modules obligatoires sur le droit international humanitaire (DIH). Tout manquement ou exaction commis contre des civils doit faire l'objet de poursuites systématiques devant la justice militaire afin de briser la culture de l'impunité. À l’attention des Ministères de l’Intérieur, de la Justice et des Autorités Provinciales nous recommandons: • La libération des axes et le démantèlement des barrières, en ordonnant la suppression immédiate de tout prélèvement forcé sur les axes stratégiques (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri), afin de restaurer la libre circulation des biens et des personnes; • Une gouvernance de proximité: installer des cellules de veille mixtes(autorités, leaders communautaires, société civile) pour signaler les abus en temps réel. • Décommunautariser la sécurité: promouvoir une narration de défense nationale inclusive et non ethnique pour prévenir les conflits intercommunautaires et éviter que ces forces ne deviennent des bras armés identitaires À l’attention du P-DDRCS et des partenaires au développement nous recommandons • De transformer l'économie de guerre en économie de reconstruction, avec l'objectif de la démobilisation et la réinsertion économique: déployer un programme DDR spécifique pour les éléments non intégrables; • Prioriser leur reconversion vers des travaux d'intérêt général(infrastructures, routes) et des coopératives agricoles; • Suivi post-intégration: mettre en place un suivi individuel des démobilisés afin de prévenir toute remobilisation au sein de nouvelles milices. À l’attention des partenaires internationaux nous recommandons • Assistance technique: solliciter une expertise pour la gestion sécurisée des bases de données biométriques et le financement des programmes de transition économique; • Audit et évaluation: soutenir un mécanisme d'évaluation périodique de l'impact de la loi RAD sur la protection des populations civiles et la stabilité régionale; Conclusions L’émergence des Wazalendo dans l’est de la République démocratique du Congo, notamment dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri, révèle une architecture sécuritaire hybride, située à la confluence d’un sursaut communautaire spontané et d’une fragilité structurelle de l’autorité étatique. Dans un contexte marqué par l'agression du M23 et la persistance de groupes armés locaux alimentés par des dynamiques transfrontalières, cette mobilisation a parfois renforcé les capacités de défense territoriale. Toutefois, ce recours à l'informel s'est opéré au prix d'une zone grise institutionnelle. En l’absence d’un cadre juridique robuste, cette informalité opérationnelle génère un déficit de contrôle régalien, exposant les acteurs à des risques juridiques accrus et fragilisant la cohérence du secteur de la sécurité. Sur le plan éthique, l'absence de mécanismes disciplinaires structurés favorise les violations des droits humains, exacerbant le déficit de redevabilité là où ces groupes opèrent aux côtés des forces régulières. Les Wazalendo ne sauraient dès lors être maintenus dans leur configuration actuelle. Ils sont à la fois le symptôme des limites de l'État sécuritaire congolais et un levier potentiel de réforme. Leur transformation en un dispositif juridiquement défini, encadré et économiquement régulé est une condition préalable à une stabilisation durable. Cette transition exige une articulation cohérente entre la Réserve armée de la défense(RAD), le programme PDDRCS et les principes de gouvernance démocratique. Le recours aux Wazalendo traduit une réalité incontestable: face à une menace existentielle, l’État a privilégié une réponse pragmatique pour pallier les insuffisances des forces régulières. Si cette stratégie a permis de contenir l'urgence à court terme, elle entraîne toutefois une recomposition incontrôlée de l’autorité publique à moyen terme. La multiplication des barrières illégales, la généralisation d'une taxation informelle et les heurts sporadiques avec les FARDC témoignent d'une fragmentation périlleuse de la souveraineté nationale. L’enjeu dépasse la simple gestion tactique pour toucher au cœur des fonctions régaliennes, à savoir la capacité de l’État à monopoliser l’usage de la force et à protéger ses citoyens de manière cohérente sur l’ensemble du territoire. Le maintien du statut hybride des Wazalendo est désormais stratégiquement intenable. Une clarification radicale s'impose: une force mobilisée ne peut durablement subsister dans l'entre-deux d'une réserve informelle. Elle doit impérativement être intégrée aux structures loyalistes selon des critères rigoureux ou démobilisés. Toute autre approche entretient une impunité propice à l'autonomisation d'acteurs échappant au contrôle central. Le défi des Wazalendo 6
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Entre défense du territoire et autorité de l'État : le défi des Wazalendo
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