L’économie de la protection à l’est de la RDC: Du contrat social de survie au risque de prédation systémique Dans les zones de l’est de la RDC où l’autorité de l’État est défaillante, les groupes Wazalendo ont instauré une économie de la protection. Ce modèle repose sur un contrat informel par lequel une sécurité immédiate est fournie en échange de ressources locales. Faute de financement étatique structuré, ces mécanismes autonomes de subsistance sont devenus le fondement de l'action de ces mouvements. Cette dynamique s'adapte aux spécificités géographiques, mais se généralise par le biais de pratiques souvent illégales: • Soutien logistique et collectes : Dans le Nord-Kivu (Masisi, Rutshuru) et le Sud-Kivu(Fizi, Uvira), les populations contribuent directement en vivres ou par le biais de collectes communautaires qui ne sont pas encadrées par la loi. • Fiscalité routière parallèle: sur les axes stratégiques (Goma-Beni, Uvira-Bukavu), l'érection de barrières permet de contrôler les flux économiques et d'exiger des frais de passage, transformant ainsi la mobilité en une ressource financière. Un modèle sous haute tension entre légitimité et illégalité Si ces pratiques offrent une certaine réactivité face aux menaces, elles se heurtent toutefois à des limites juridiques et structurelles majeures. • Fragilité juridique: ces prélèvements bafouent les principes de légalité fiscale et entravent la liberté constitutionnelle de circulation, ce qui s'apparente souvent à de l'extorsion au regard du droit pénal; • Risque de dérive prédatrice: lorsque les ressources s'épuisent ou que la concurrence entre groupes s'intensifie, la contribution volontaire devient une contrainte, brisant le lien de confiance avec les civils. • Pérennisation du conflit: cette autonomie financière crée une dépendance aux revenus de guerre. Le contrôle territorial ne sert plus seulement à assurer la défense, mais devient une fin économique en soi, incitant à la prolongation des hostilités. L’enjeu n’est pas l’abolition brutale d’un système dont dépendent certains équilibres sécuritaires, mais sa mutation profonde. Pour stabiliser la région, il est impératif d'encadrer les dynamiques communautaires, de substituer les prélèvements informels par des mécanismes de financement transparents et légaux, de restaurer l'autorité de l'État en garantissant la libre circulation des biens et des personnes sur certains axes routiers, et de créer des alternatives économiques viables pour les combattants, afin de briser le cycle de l'économie de guerre et de préparer une transition durable vers la vie civile. Entre État de droit et pragmatisme sécuritaire: L’épreuve du terrain en RDC La Constitution de la RDC est sans ambiguïté: elle sanctuarise le droit à la vie et confère le monopole de la force aux seules forces régulières(FARDC et PNC). Pourtant, la persistance des conflits dans l’est du pays révèle une déconnexion profonde entre ce texte sacré et la pratique sécuritaire. Si toute délégation de la force à des entités non étatiques est proscrite en théorie, l’émergence des Wazalendo instaure en pratique une gouvernance hybride où l’efficacité immédiate prime sur la rigueur légale. Un arsenal législatif face au régime d’exception Bien que le droit congolais criminalise sévèrement la constitution de milices privées, l’intégration informelle de groupes d’autodéfense aux opérations militaires crée une véritable zone d’ombre juridique. Dans les zones de tension comme le Masisi, Beni ou l'Ituri, cette collaboration sur le terrain fragilise la cohérence du système judiciaire national. Faute de statut légal clair, ces supplétifs échappent à la hiérarchie officielle et transforment les zones de combat en espaces d'exception où le droit s'efface devant l'impératif militaire. Entre légitimité de résistance et dérives prédatrices L’ancrage des Wazalendo au sein des communautés est marqué par une ambivalence croissante. À Beni et à Uvira, par exemple, ils jouissent d'une certaine légitimité, étant perçus comme un rempart populaire face aux agressions extérieures et au terrorisme des ADF. En revanche, leur image de résistants se ternit en Ituri et au Nord-Kivu. Les rapports documentent en effet une recrudescence d'abus: barrages routiers illégaux, taxes forcées et conflits de compétence avec les autorités locales, qui transforment la protection en prédation économique. Le vide institutionnel: Le défi de la redevabilité Le problème majeur réside dans l’absence de mécanismes de contrôle. Contrairement aux FARDC, régies par la justice militaire, les Wazalendo n'ont pas de juridiction disciplinaire propre. Ce déficit de responsabilité favorise l'impunité: les victimes civiles se retrouvent sans recours possible face à des groupes qui exercent une autorité de fait, mais sans mandat légal. Le cas d'Uvira en est un exemple tragique. Suite au retrait du M23, la ville est devenue le théâtre de représailles systématiques contre les civils soupçonnés de collaborer avec l'ennemi. Ces atteintes délibérées à l’intégrité physique constituent de graves violations du droit international humanitaire(DIH) susceptibles d'être qualifiées de crimes de guerre. L’absence de coordination a par ailleurs conduit à des affrontements directs entre les Wazalendo et les FARDC, notamment pour le Le défi des Wazalendo 4
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Entre défense du territoire et autorité de l'État : le défi des Wazalendo
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