1. Introduction Après plusieurs jours d’affrontements, la rébellion du M23 (Mouvement du 23 mars), soutenue par l’armée rwandaise (RDF) a pris le contrôle de la ville de Goma le 26 janvier 2025. Avant la chute de Goma, cette ville de près d’un million d’habitants et ses environs comprenaient un grand dispositif de défense constitué des forces armées de la République démocratique du Congo(FARDC), de la Mission de la Communauté de développement d’Afrique australe en République démocratique du Congo(SAMIRDC), de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco), des contingents de l’armée Burundaise, des compagnies militaires privées et d’une coalition des milices locales réunies sous le label des Wazalendo(«Patriote» en swahili). Fort de la concentration en hommes et en munitions, le gouvernement avait de quoi parier que « Goma ne tombera pas». Le verrou que représentait la ville de Goma n’a cependant pas tenu. Selon les Nations unies, les affrontements dans la ville ont causé près de 3.000 morts, y compris des civils. Les camps de déplacés comprenant environ 700.000 personnes ont été démantelés. Leurs occupants ont été forcés à retourner dans leurs villages, abandonnés à eux-mêmes et sans assistance humanitaire adéquate. Une crise dans une crise. La prise de Goma a montré au grand jour l’effondrement temporaire du dispositif sécuritaire de l’armée congolaise. S’en est alors suivie la chute d’autres villages et surtout de la ville de Bukavu avec ses plus d’un million et demi d’habitants. Avec la chute de Bukavu, le M23 contrôle entièrement le lac Kivu, une importante portion du Nord et Sud Kivu et ne cache pas son ambition de s’étendre dans d’autres provinces de l’est de la RDC. Une première depuis 1998 et la deuxième guerre du Congo. La défaite de l’armée congolaise est aussi celle des missions et forces internationales venues en appui au gouvernement congolais. Le Nord-Kivu était en effet devenu un véritable hub pour des missions militaires étrangères. La Monusco y dispose d’une grande base. Cette dernière avait, en novembre 2023, lancé l’opération Spring Box dans le but de contrer l’avancée des miliciens du M23 et protéger les villes de Goma et Sake au Nord-Kivu. La SAMIRDC, déployée depuis décembre 2023, avec plus de 4.000 troupes, y était aussi présente avec le même objectif: protéger la ville de Goma et lutter contre les groupes armés. L’enlisement de la crise dans l’est de la RDC ravive le débat sur l’efficacité des missions de maintien de la paix – ou, pour utiliser le langage de l’Union africaine, les missions de soutien à la paix(PSO) – dans leur mandat de protection des civils et la lutte contre les groupes armés. Ce rapport vise à comprendre la perception des Congolaises et Congolais sur le mandat des missions de soutien à la paix dans leur pays. Il s’agira d’examiner leurs regards sur l’efficacité des missions de paix, les raisons de leurs succès et leurs échecs et sur les conditions de retrait responsable. Bien que le Conseil de sécurité de l’ONU ait renforcé le mandat de la Monusco pour lui permettre de répondre efficacement aux défis sécuritaires et d’appuyer le gouvernement congolais, la mission fait face à différentes mobilisations des citoyens et de groupements politiques pour exiger son départ. Depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, le gouvernement congolais n’a cessé de faire appel au soutien militaire aussi bien des organisations régionales qu’au niveau bilatéral pour résoudre la crise. Ces efforts s’avèrent infructueux pour l’instant. Face à différents mouvements de protestations de la population exigeant le départ non seulement de la Monusco mais aussi de la Force régionale des États de l’Afrique de l’Est(EAC-RF), il était important de comprendre la perception des raisons de cohérence des Congolais sur les différentes opérations de soutien et de maintien de la paix dans leur pays. Quoique le rapport de cette recherche porte essentiellement sur la Monusco en raison de sa présence à la fois dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et du Sud-Kivu ou elle garde cependant une présence résiduelle. Ce rapport abordera aussi la perception qu’ont les populations du Nord-Kivu sur les initiatives régionales récentes notamment l’EAC-RF et la Mission des États de la SADC en République démocratique du Congo(SAMIRDC). L‘illusion de protection. Les missions de soutien à la paix en RDC 5
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L' illusion de protection : les missions de soutien à la paix en République démocratique du Congo
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