par la Monusco pour prévenir les attaques contre les civils. Cette action est perçue tantôt comme dissuasion, tantôt comme offensive: Quand on dit protection des civils, ça suppose la traque des groupes armés qui peuvent déranger la sécurité de la population civile. Plusieurs personnes reconnaissent l’effet dissuasif que jouent les bases de la Monusco. Aussi bien au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, plusieurs personnes citent le caractère de refuge des bases de la mission onusienne: En cas d’attaque, par exemple, ou de crainte de l’attaque, le réflexe de la population a toujours été d’aller se regrouper là où il y a les bases de la Monusco. Cela veut dire que, généralement, les bases de la Monusco sont un lieu de sécurité contrairement aux positions de l’armée congolaise, qui ne peuvent pas du tout être considérées comme telles par la population. Dans un contexte de retrait, et alors que la Monusco a entrepris la fermeture de ses bases, l’absence d’effet dissuasif pourrait poser des risques pour les populations civiles. En 2017, lorsque la Monusco avait décidé de fermer sa base de la cité de Pinga, au Nord-Kivu, la population avait exprimé les craintes d’un retour de l’insécurité. Cela s’est avéré vrai lorsque, face au vide sécuritaire, les groupes armés ont réoccupé la cité. Au-delà de la présence dissuasive, la Monusco a aussi mis en œuvre d’autres mécanismes de protection dans les zones où elle est présente. Il s’agit notamment des mécanismes d’alerte rapide, des patrouilles et de renforcement de capacité des communautés. La Monusco a aussi apporté son soutien à la formation des organisations de la société civile dans différentes parties du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Cela a permis de renforcer aussi les capacités locales en termes de protection, même si cela a aussi contribué à la polarisation de la société civile. Cependant, les moments où la Monusco a failli à ce rôle de prévention sont ceux qui sont les plus cités pour justifier son échec. Des failles de protection à Bukavu en 2004, à Kiwanja et Kanyabayonga en 2008, à Mavivi en 2014 et à Kamananga au Sud Kivu en 2012, à Savo, en Ituri en 2023 sont régulièrement citées pour expliquer comment la Monusco n’a pas réussi sa mission. Un militant des droits de l’homme de la ville de Beni précise: [La Monusco] est surarmée, mais inefficace, par manque de volonté... Je me rappelle qu’en 2017, comme en 2018, d’ailleurs, les rebelles ont déjà tué plus d’une fois des habitants, un carnage à moins de 100 mètres de la base de la Monusco à Mavivi et ailleurs. Dans ces conditions, comment devrait-elle rester? Qui lui fera confiance? Et face à cela, nous pensons qu’il faut qu’elle plie ses bagages. Plus de trois interlocuteurs ont expliqué la naissance de la nébuleuse armée des Raia Mutomboki au Sud-Kivu comme une conséquence du massacre des civils intervenu en présence de la Monusco. Un responsable d’une organisation des droits de l’homme de la ville de Bukavu explique: Deux semaines avant le massacre de Kamananga, il y avait un déploiement de la Monusco. Les FDLR ont massacré des citoyens. Les populations se sont révoltées et ont chassé la Monusco. Toutefois, des responsables de l’ONU au Sud-Kivu s’en défendent. Pour un responsable au sein de l’équipe résiduelle de la Mission des Nations unies à Bukavu, il y a un problème de compréhension du mandat de la mission: La Monusco vient en appui au gouvernement congolais. La sécurité à 100% est impossible à atteindre. On essaye de mitiger les risques de violence. Dans ce cadre, la Monusco, et même dans le cadre de sa stratégie de retrait, accompagne les structures étatiques, notamment le service de protection civile dans le transfert des capacités afin de permettre à l’État de reprendre le rôle de celle-ci dès son départ. Mais cette explication n’est pas complète, comme le résume un responsable de la société civile de la ville de Goma:(Il y a un) manque criant de communication de la part de la Monusco, mais aussi un manque de courage, de communication de la part du gouvernement. Aucun officiel ne vient expliquer. L’échec de la Monusco est partagé entre cette dernière et le gouvernement congolais. Défis de protection des civils: l’illusion de protection? Bien que reconnaissant la présence dissuasive de la Monusco ainsi que ses actions dans d’autres domaines comme la stabilisation ou même dans le«développement», la Monusco peine à forger une image d’une force de protection efficace:[La Monusco] a construit des bureaux, elle a appuyé le fonctionnement de certains services, elle a formé des gens à la protection des droits de l’homme, elle a fait beaucoup de choses, mais vraiment dans le cadre de l’objet principal de son mandat, c’était qu’elle protège les civils et malheureusement, aujourd’hui, les civils ne sont pas protégés malgré sa présence. Ce rapport met en évidence trois facteurs qui influencent les attentes de la population congolaise envers la mission en RDC: sa logistique, sa durée, et sa vulnérabilité à l’instrumentalisation politique. 14 Friedrich-Ebert-Stiftung e.V.
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L' illusion de protection : les missions de soutien à la paix en République démocratique du Congo
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