Au sujet de la transparence, si les personnes interrogées au sein de la société civile discutent assez aisément du mandat de la Monusco, leur compréhension du mandat de l’EAC-RF, de la SAMIRDC ou encore des interventions ougandaises et burundaises dans l’est de la RDC reste assez vague. Pour les deux missions, leur mandat est compris tantôt comme pour combattre le M23, tantôt comme visant à pacifier l’est de la RDC. Les contacts entre ces missions et les populations ne sont pas aussi aisés qu’avec la Monusco. Il s’ensuit des suspicions d’agenda cachés: Le grand problème est que parfois les gouvernants signent des accords qu’ils cachent à la population et à ses représentants. En principe il devrait s’agir accords gagnantgagnant(...) Cela diminue la suspicion qui est un facteur important dans les relations entre la population et ces forces étrangères qui souvent ne profitent pas de l’appui de la population à cause de ces soi-disant accords cachés(...). Il faut faire tout pour connaître les agendas des États prêts à participer à la composition de la force. Il faut savoir ce qu’ils visent officiellement et ce qu’ils visent officieusement. Le rôle et les intérêts des pays contributeurs constituent également un élément souvent cité comme facteur important à prendre en compte dans une mission. Deux opinions parfois contradictoires sont à signaler. D’une part, une partie considère que les missions étrangères ne peuvent pas venir mourir pour les congolais. Depuis le déploiement de la Monusco, 285 casques bleus ont perdu la vie dans l’exercice de leur mandat. Cette conception justifie la méfiance envers certains contingents onusiens(Indiens, Népalais, etc.). Selon cette logique, les missions africaines sont les plus à même de s’investir dans la recherche de la paix en RDC du fait de leur proximité géographique et culturelle. Une autre opinion porte sur l’intérêt qu’auraient les pays de la région à maintenir une situation d’insécurité dans l’est de la RDC. 5. Conclusion Ce rapport porte sur la perception des missions de soutien à la paix en RDC et particulièrement sur la Monusco et ainsi que les missions de la SADC et de l’EAC. Dans la première partie, il revient sur l’évolution de la présence onusienne en RDC ces 25 dernières années. De la MONUC à la Monusco, il explique comment les missions de l’ONU ont aidé à stabiliser la RDC post-conflit, à soutenir la mise en place des institutions démocratiques pendant la transition et même après. Il note aussi des échecs mémorables de protection de civils qui ont coûté à la mission sa réputation. Ces limites sont dues en partie à la marginalisation politique des missions de maintien de la paix lorsqu’ils se trouvent en tension avec les gouvernements, comme le montre la relation en dent de scie entre la Monusco et le gouvernement congolais. Dans une deuxième partie qui se focalise sur la perception de la population face à la Monusco, ce rapport note que malgré l’action louable de celle-ci dans des programmes de stabilisation, c’est surtout son action et inaction en termes de protection des civils qui définissent la perception du public congolais. Ce rapport conclut que trois facteurs influencent cette perception: la logistique de la mission, la durée de sa présence, et les risques d’instrumentalisation politique. Le rapport questionne aussi l’idée des forces régionales comme alternative aux grandes missions de maintien de la paix. Enfin, alors que les processus diplomatiques se poursuivent, il y a lieu d’interroger le rôle que pourrait à nouveau jouer la Monusco malgré les défis présentés dans ce rapport. Aujourd’hui, elle pourrait être mise à contribution pour monitorer un éventuel cessez-le-feu, servir de force d’interposition et sécuriser les populations. Le 25 avril à Washington(USA), les gouvernements et rwandais se sont engagé à protéger, à faciliter et à promouvoir la capacité de la Monusco ainsi que des forces et mécanismes régionaux à agir conformément à leur mandat, y compris, le cas échéant, pour un mécanisme de vérification convenu et une force d’interposition afin de faciliter l’exécution de bonne foi des présents principes par les participants et les groupes armés non étatiques. Toutefois, pour que cela soit possible, il faudra que la Monusco travaille sur ses faiblesses structurelles, présenter un mandat clair et limité dans le temps pour éviter de se heurter encore une fois à la méfiance de la population. L‘illusion de protection. Les missions de soutien à la paix en RDC 17
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L' illusion de protection : les missions de soutien à la paix en République démocratique du Congo
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