2. Les missions de soutien à la paix en RDC: une paix toujours fragile Après 25 années de présence ininterrompue en RDC, la Mission d’observation des Nations unies en République démocratique du Congo(MONUC) avant d’être transformée en Monusco(Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC) en 2010 – est la plus vieille mission active sur le continent africain. Elle est aussi parmi les plus larges missions, tant par le nombre de civils et de militaires déployés que par l’ampleur de son budget— plus d’un milliard de dollars américains par an, soit près du triple de celui de l’armée congolaise avant la résurgence du M23 en 2021. Mais elle est également l’une des missions les plus contestées. La Monusco a été critiquée ces dernières années aussi bien par le gouvernement congolais que par une frange de la société civile et des leaders de la région des grands-lacs. Créée en juillet 1999, initialement pour observer la mise en œuvre du cessez-le-feu de Lusaka, la MONUC a ensuite vu son mandat être étendu à l’ensemble des processus de paix ultérieurs, notamment l’accord global et inclusif signé à Pretoria en décembre 2002, qui mit fin à la deuxième guerre du Congo. La MONUC a contribué à des progrès importants notamment ceux liés à la construction des institutions congolaises après le conflit. Elle a joué un rôle dans la quasi-réunification du pays et dans la conduite de la transition de trois ans de 2003 et 2006 sous la supervision de la communauté internationale. Durant cette période, une nouvelle Constitution a été adoptée et promulguée, les premières élections pluralistes et largement démocratiques ont été organisées en 2006, une armée et une police nationales ont vu le jour, et un premier processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion a été mis en œuvre. Ces progrès ont permis de pacifier une grande partie du pays, mais ils n’ont pas conduit à une paix durable. Plus d’une centaine de groupes armés ont continué à opérer dans l’est de la RDC. Le recours à la violence armée pour régler les différends continue à être une pratique au sein de l’élite politique congolaise; l’État, quant à lui, n’arrive toujours pas à garantir la sécurité des populations congolaises et à se défendre contre les agressions extérieures. Cependant, au moment où le gouvernement de transition se met en place, la Monuc éprouve des difficultés à gérer les dissensions au sein de la transition et d’empêcher les massacres commis à proximité de ses positions(Kisangani 2002, Walungu 2003 et Ituri 2002-2004) ce qui a fortement entamé sa légitimité. En mai 2004, une mutinerie conduite par le Colonel Mutebusi, soutenu par Laurent Nkunda, éclate à Bukavu. Dans les semaines qui suivent, des graves crimes sont commis tant par l’armée officielle que par les mutins, selon un rapport de Human Rights Watch(HRW), qui mentionne des exécutions sommaires contre des membres de la communauté banyamulenge par l’armée congolaise, ainsi que de violences sexuelles, des pillages et assassinats des civils par les éléments fidèles à Laurent Nkunda(HRW, juin 2004). La MONUC, bien qu’elle soit intervenue à certaines occasions pour protéger les civils, s’est montrée impuissante. Dans son rapport, HRW recommandait à la MONUC de reconsidérer de toute urgence les règles de l’engagement de la MONUC en RDC afin d’assurer une interprétation élargie de son mandat aux termes du Chapitre VII, lequel mandat consiste à assurer la protection des civils et à contribuer à l’amélioration des conditions de sécurité. Malgré ses recommandations, la mutinerie s’est muée en une nouvelle rébellion, le CNDP, qui a provoqué le déplacement interne de plus de deux millions de personnes, des massacres des civils à Kanyabayonga ou encore à Kiwanja où environ 150 personnes sont tuées en novembre 2008 par les miliciens du CNDP et les représailles des Mai-Mai. Malgré la présence d’une base de la MONUC à Kiwanja, celle-ci est incapable d’empêcher les massacres des civils. On parle déjà d’un drame humanitaire. Toutefois, la MONUC intervient pour faciliter le retrait des rebelles, notamment à Rumangabo et trouver une issue pacifique au conflit. Mais des critiques affluent contre la Mission décrite tantôt comme incompétente, tantôt comme composée de touristes, ou encore comme des affairistes: No Nkunda, No Job, un slogan pour dire à la Mission qu’elle n’a aucun boulot si Nkunda n’existe pas. Des manifestations contre la MONUC sont organisées à Goma. Au-delà des faiblesses internes à la MONUC (difficultés logistiques, ordres contradictoires, etc.), son incapacité à protéger les civils était aussi due à sa marginalisation politique comme le montre ses relations tendues avec l’armée congolaise et l’administration locale à Rutshuru. En effet, des contingents de la MONUC avaient L‘illusion de protection. Les missions de soutien à la paix en RDC 7
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L' illusion de protection : les missions de soutien à la paix en République démocratique du Congo
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