1. Tension entre moyens visibles et résultats dans la mise en œuvre du mandat L’incompréhension de la population sur le manque d’action et de résultat de la Monusco provient de la perception visible de sa force. Celle-ci est comprise par comparaison avec les forces de sécurité congolaises souvent souséquipées et qui dépendent en partie de l’appui logistique de la Monusco. Par ses équipements et sa logistique, la Monusco projette une puissance qui contraste avec ses capacités opérationnelles réelles. Un interlocuteur affirme: On peut comprendre les FARDC car elles sont très limitées sur plusieurs plans, mais la Monusco est un ensemble structuré complet. Les FARDC manquent de tout, il y a des endroits auxquels elles ne peuvent pas avoir accès et c’est la Monusco qui leur facilite le transport parfois, mais aucun résultat. La population voit en la Monusco une armée puissante et outillée pour mettre fin aux tueries et à l’insécurité. Il y a une tendance à comparer la Monusco aux FARDC sans prendre en compte les spécificités du mandat des uns et des autres. Parlant des massacres des ADFs dans la région de Beni, d’autres personnes reviennent sur ce qu’ils perçoivent comme l’inadéquation entre la logistique de la Monusco et son incapacité à répondre à des attaques contre les civils: Avec sa brigade d’intervention constituée des Malawites, Sud-Africains et, tout récemment, ici de Kenyans se sont ajoutées, on s’était dit que c’est peut-être une des pistes de solution au problème des groupes armés et surtout aux tueries de la population par les rebelles de l’ADF parce qu’on se disait qu’avec tout leur arsenal militaire et leur technologie, c’est possible qu’ils sachent facilement où se cachent les ADF pour les attaquer, bombarder leurs camps. Mais on a constaté que depuis plus de dix ans malheureusement, on tue des populations et parfois non loin des bases de la Monusco; l’exemple de la base de Mavivi où on a tué des gens à moins de 100 mètres de celle-ci, vers N’zuma, on s’est posé beaucoup de questions. est devenue une force dont personne n’a peur. Elle a tellement duré qu’on ne sait pas pour combien de temps elle était venue car une mission comme celle-là devrait venir pour un mandant précis, elle le fait dans un temps connu d’avance, on l’évalue et elle rentre(...). Elle n’est pas coincée par le temps. Et c’est l’une des raisons de son échec. Cette longue présence nourrit aussi des suspicions sur un agenda caché que la Monusco aurait en RDC: Ça s’empire; et ça donne à croire qu’ils sont ici pour un business. C’est du travail pour eux. Ils ont intérêt que la situation ne change pas. Et peut-être les États qui les envoient aussi. Je crois bien que plusieurs parmi les décideurs dans la force de la Monusco se posent la question de savoir: faut-il que la mission impose la paix ici pour ainsi imposer le chômage à ses agents? Depuis 2014, plusieurs milliers de civils ont été tués par les ADF, un groupe armé originaire de l’Ouganda qui a prêté allégeance au groupe terroriste État islamique. Au vu du bilan humain des massacres perpétrés par les ADF, les Congolais attendaient que la Monusco utilise ses moyens militaires pour combattre ce groupe, comme elle l’a fait contre le M23 en 2013. Des rumeurs sur une supposée complicité entre les contingents pakistanais et les ADF se sont rapidement répandues dans le territoire de Beni qui vit ces tueries régulièrement. Au début de la crise des ADF, les civils appellent la Monusco à agir pour protéger les civils. Les demandes de la population envers elle ont évolué au fil du temps. Ces revendications sont allées de protégeznous! à protégez-nous ou partez! pour finalement devenir partez!. Cette rhétorique anti-Monusco culminera avec des manifestations visant la mission dans les villes de l’est de la RDC. En avril 2021, des manifestations anti-Monusco éclateront simultanément à Beni et à Goma avec un message clair: La Monusco doit disparaître en raison de son inefficacité à protéger les civils touchés par la crise des ADF. 3. Risque d’instrumentalisation de la Monusco dans les débats politiques internes 2. Nexus entre la durée et la perception du bilan de la Monusco La longévité de la Monusco ne sert pas non plus la perception que la population a de son mandat et de son bilan: Elle est ici depuis très longtemps. Je peux dire que la Monusco suscitait de l’espoir quand on l’a vue s’impliquer dans l’organisation des élections de 2006, 2011 et jusqu’en 2012, 2013, on a vu la Monusco travailler. Un membre de la société civile interrogé à Butembo affirme: Regardez le nombre de rébellions qui sont nées après son arrivée, au lieu qu’elle aide à y mettre fin, elles se multiplient; je ne sais pas on est combien il y en a maintenant. Donc elle Les critiques contre la Monusco, portées aussi bien par le gouvernement congolais que par une partie de la société civile ont pris de l’ampleur à la veille des élections de 2023; le gouvernement congolais a alors demandé un retrait accéléré. Dans sa lettre au Conseil de sécurité, le ministre congolais des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, affirme que malgré que le mandat de la Monusco soit sous le chapitre VII depuis 2000, elle a été conciliante, défensive, plus proche des principes du chapitre VI[...] Face à cette énième tragédie, la Monusco a été impuissante et n’a pas pu assurer la protection de la population civile, une de ses principales missions statutaires. Les Nations unies en général et le Conseil de sécurité, en particulier, ne se sont pas suffisamment manifestés pour rassurer la population L‘illusion de protection. Les missions de soutien à la paix en RDC 15
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L' illusion de protection : les missions de soutien à la paix en République démocratique du Congo
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