Le mandat offensif de la Monusco En avril 2012, les anciens commandants du CNDP intégrés dans l’armée congolaise et déployés au Nord-Kivu et au SudKivu se rebellent de nouveau. Ils accusent le gouvernement congolais de n’avoir pas respecté les accords du 23 mars 2009, notamment en ce qui concerne le retour des réfugiés tutsi congolais se trouvant dans les camps au Rwanda. Des affrontements ont lieu pendant plusieurs mois dans les territoires de Masisi et de Rutshuru et culminent avec la brève occupation de la ville de Goma, le 20 novembre 2012. L’armée congolaise, en débandade, se replie à Minova dans le Sud-Kivu. La Monusco, pourtant massivement présente à Goma et incapable d’empêcher l’entrée des rebelles, est sous le feu des critiques. Son mandat est remis en cause. Des organisations de la société civile se mobilisent, et la pression internationale pour un mandat robuste s’accentue. Sous la pression des États de la SADC et de la société civile congolaise et afin de répondre aux limites des forces armées congolaises et de la Monusco dans la lutte contre les groupes armés et la protection des civils, le Conseil de sécurité décide, le 28 mars 2013, d’intégrer au sein de la Monusco une brigade d’intervention, la United Nations Force Intervention Brigade(FIB), avec pour mandat de neutraliser les groupes armés. Le Conseil de sécurité donne aussi à cette force la possibilité d’agir seule ou avec les FARDC. La FIB a combattu aux côtés de l’armée congolaise jusqu’à la défaite du M23 en 2013. Cette victoire a renforcé l’image de la mission auprès du public. Elle a suscité également les attentes des populations locales, qui verront désormais que la mission est bien capable de remplir son mandat de protection des civils. Cependant, bien que la mise en œuvre de la FIB soit critiquée par quelques experts qui considèrent qu’elle contrevient au principe de l’impartialité d’une mission de maintien de la paix, plusieurs personnes interrogées dans le cadre de ce rapport retiennent ce moment fort de la mission de l’ONU en RDC. La crise de réputation de la Monusco Au cours des années suivantes, la popularité de la Monusco a diminué drastiquement. Les critiques à l’encontre de la mission pendant la guerre du CNDP, qui s’étaient atténuées en 2013 grâce à ses succès contre le M23, sont revenus avec le début des massacres attribuées aux miliciens du groupe islamiste ougandais ADF, alliés de l’État islamique. La résurgence du M23 en 2021 ainsi que les discours populistes pendant la période préélectorale et électorale de 2023 ont accentué le sentiment anti-Monusco au sein de la population qui reprochait à l’ONU son inaction et son incapacité à protéger les civils malgré un mandat robuste. En outre, les relations entre le gouvernement congolais et la Monusco ont souvent été instables. Après la défaite du M23 en 2013, les tentatives d’opérations conjointes entre le gouvernement congolais et la Monusco ont souvent été bloquées en raison des contraintes liées au respect des règles de«due diligence» sur les questions de droit de l’homme. En 2015, alors que le gouvernement congolais avait désigné les généraux Fall Sikabwe et Bruno Mandevu pour diriger les opérations contre les FDLR conjointement avec la Monusco, cette dernière a exigé le remplacement des deux officiers en raison d’accusations de violations de droit de l’homme commises par eux. Le gouvernement congolais, accusant l’ONU d’ingérence, a décidé de se passer de cette dernière et de mener seule les opérations. Aussi, son incapacité face aux tueries perpétrées par les ADFs dans la région de Beni où la Monusco dispose d’une base importante et des brigades d’intervention rapide n’a fait que contribuer à éroder la réputation de l’ONU en RDC. Les manifestations anti-Monusco les plus importantes ont été organisées à Beni et à Butembo depuis 2019. Enfin, depuis la fin de la première crise du M23 en 2013, la Monusco avait vu ses effectifs drastiquement réduits par le Conseil de sécurité. Avec près de 20.000 hommes et femmes en 2014, la mission ne comptait qu’un peu plus de 11.000 éléments. Sa présence géographique aussi n’a cessé de se réduire au fil des années. Présente initialement dans plusieurs provinces de la RDC, la mission s’était progressivement concentrée dans la partie Est de la RDC où sévissaient encore de nombreux groupes armés. Après la fermeture de ses bases dans les provinces de la Tshopo en 2029, du Kongo Central, du Kasai et Kasaï Central, la Monusco s’est retirée de la province de Tanganyika en juin 2022 et au Sud-Kivu en juin 2024. Elle n’est plus présente que dans les provinces du Nord-Kivu et Ituri. Plan de retrait de la Monusco et interventions régionales En 2020, après une séries de protestations contre la Monusco, le gouvernement et ONU s’étaient accordés sur un plan de retrait progressif et responsable. En 2023, alors que le M23 progressait dans le territoire de Rutshuru et que le sentiment qu’une nouvelle série des manifestations contre la Monusco serait organisée, le gouvernement congolais avait exigé alors un retrait accéléré de la mission onusienne au plus tard en décembre 2024. Cependant, la situation sécuritaire à la base du ressenti contre la Monusco continuait de se détériorer dans le NordKivu et en Ituri. Son mandat avait été prolongé d’un an par le Conseil de sécurité autour de deux objectifs: contribuer à la protection des civils(...) et appuyer la stabilisation et le renforcement des institutions de l’État, notamment dans les secteurs de la sécurité. L‘illusion de protection. Les missions de soutien à la paix en RDC 9
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L' illusion de protection : les missions de soutien à la paix en République démocratique du Congo
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